Le Parlement haïtien, lieu de législation, champ de tir ou camp d’entraînement militaire?

Parlement, une expression très familière au lexique politique haïtien. Pourtant, son appréhension et sa bonne compréhension restent encore un exercice très difficile dans notre milieu. Cela est peut être du à sa dégradation ou, entre autres, à sa transformation en repères de bandits ou tout simplement un espace ou certains gangsters sont venus cacher tous les quatre ou six ans.

Toutefois, au regard de la réalité actuelle et de son mode de fonctionnement, tout le monde essaie de trouver une réponse à cette question: le parlement haïtien, est-il devenu un champ de tir ou espace d’entrainement militaire ou tout simplement un repère de criminels?

Depuis un certain temps, partout dans la presse et les espaces de discussions, on entend les analystes et certains leaders politiques dire qu’ici en Haiti les institutions sont en faillite, si non sont devenues inexistantes. Les constats montrent que oui, ce discours se révèle vrai. C’est bien malheureux que notre parlement, l’une des plus prestigieuses institutions de l’Etat, n’en est pas exempt. Certains arrivent même à croire que ce dernier souffre d’un cancer, qui, malheureusement est déjà métastasé. 

Les événements récents survenus au parlement haïtien, en particulier au sénat poussent bon nombres d’intellectuels, quoique colonisés ou en voie de libération, à construire des analyses. Beaucoup d’entre eux pensent qu’il faut supprimer l’institution parlementaire. D’après eux, cet organe qui devait être là pour assurer le contrôle du pouvoir exécutif et faire des lois qui répondent et s’adaptent aux exigences de l’heure, est plutôt transformé en espace de marchandage politique.

Selon cette même catégorie, si le parlement ne peut pas répondre à sa mission qui est celle de contrôler et de légiférer, elle est donc inexistante et n’a pas sa raison d’être. Car, c’est extrêmement grave qu’une institution comme l’assemblée des sages se fait briller par un scandale de corruption et de vente de vote pour la ratification d’un premier ministre. « Mesye dam 100 000 dola vèt yo », tel est le nom attribué à un groupe de sénateurs qui s’est fait payer pour voter la déclaration de politique générale de Fritz William Michel.

Si parlementer signifie dans les grandes démocraties «parler pour convaincre, discourir, discuter autour de.. », ici en Haiti, le concept se réfère plutôt à «vandaliser l’espace parlementaire, porter son arme en pleine séance pour menacer ses collègues parlementaires, gifler même s’il le faut un collègue et porter son gilet par balles» dans l’enceinte sacré du parlement.

Ces éléments précédemment évoqués sont considérés comme les signes distinctifs de l’institution parlementaire haitienne. Aujourd’hui, à chaque séance annoncée à la chambre des députés ou au sénat, tout le monde s’attend à une guerre interparlementaire ou à une vente aux enchères face aux membres du cabinet ministériel.. au moins $100,000 pour un vote s’il faut croire les allégations du sénateur Saurel Jacinthe. Certains se font toujours accompagner de leur groupuscule de militants, d’autres leur pare-balles et leurs armes à feu. 

Cela sous-entend que le parlement haïtien, cet espace qui devait être la preuve d’une certaine vitalité démocratique, de tolérance et de capacité à parler pour convaincre, se révèle plutôt un espace de guerre, de marchandage, d’injures, de menaces où les belligérants sont impitoyables. Sénateurs armés, militants armés, policiers, tous sont partie prenante à ces spectacles de très mauvais goût. 

Il est maintenant temps pour Haiti de rentrer véritablement dans l’ère démocratique. Car, trente ans après le départ des Duvalier, le peuple haïtien se fait le malin plaisir de se laisser diriger par anarchophiles, repris de justice et narcotrafiquants. Nous sommes plongés malheureusement avec cécité dans ce bassin d’anarchie, et nous voilà dans la crasse et la misère la plus abjecte pendant que les parlementaires font leur beurre et ne négligent pas parallèlement à transformer l’espace en théâtre de guerre.

Il faut terminer en rappelant que  la mission fondamentale de tout parlementaire n’est pas de brandir son arme et tirer un manifestant comme l’a fait le Sénateur proche du pouvoir Jean-Marie Ralph Féthière, ce n’est pas non-plus de se présenter au parlement avec son gilet pare-balles et s’accompagner d’un groupe de militants pour profaner ou vandaliser l’espace. Leur mission consiste plutôt en le vote de la loi et le contrôle du gouvernement.

D’où ce cri est lancé aux honorables députés et sénateurs de ne pas continuer à descendre  le parlement haïtien plus bas que cet état d’hibernation et d’autocriogénisation. Il faut faire cette piqure de rappel aux parlementaires : Notre parlement ne doit pas être transformé en champ de tir ni en espace d’entraînement militaire, mais plutôt en espace de grands débats contradictoires dans l’intérêt collectif. Il est triste d’attribuer le titre d’honorable à un parlementaire haïtien aujourd’hui. Quand retrouvera cette honorabilité égarée sous les balles des francs tireurs au sein même de l’institution?

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