Fermer les portes des écoles; Un crime contre l’humanité par Jacques Lauture

L’être humain est constitué à la base d’une double transmission; génétique et culturelle. L’accès à la culture se réalise en premier lieu par l’éducation et la formation. Dans ce cadre, l’école joue un rôle fondamental. D’une part, elle est un lieu d’apprentissage pour les jeunes et d’autre part, elle est un lieu de sociabilité et d’échanges. L’éducation primaire et l’éducation secondaire œuvrent dans nos sociétés contemporaines à faire de la population de bons citoyens. L’éducation est le moteur, le poumon, la garantie du développement humain et la transformation intégrale d’une société donnée.

En temps de guerre ou au moment des troubles socio-politiques, les établissements scolaires se doivent être un espace inviolable, protégé. C’est sur cette base qu’en 2009, l’Éducation Internationale a adopté une déclaration selon laquelle «les écoles doivent être des sanctuaires sûrs» et a engagé des initiatives de plaidoyer pour inciter la communauté internationale à prévenir les violations du droit à l’éducation, assurer en tout lieu la sécurité des apprenants, des enseignants, du personnel éducatif et des universitaires. L’éducation est reconnue comme un droit fondamental, peu importe les circonstances, tout doit être fait pour protéger les écoles et le droit des enfants à l’éducation.

En Haïti, le système éducatif est toujours traité en parents pauvres. L’élite politique, historiquement, n’a manifesté aucun intérêt pour ce domaine clé contrairement aux autres pays où on y accorde une priorité absolue. Pour faire ce triste constat, il suffit, d’un côté, de réviser la rubrique de l’éducation des différents budgets nationaux. De l’autre côté, les écoles sont toujours la cible principale envisagée à boycotter par le secteur de l’opposition afin de pouvoir affronter le régime politique au pouvoir.

Depuis plusieurs mois, le pays fait face à une crise socio-politique aigüe. Toutes les activités génératrices de revenu sont paralysées même les écoles ne sont pas exemptes. D’ailleurs, les enfants sont bloqués chez eux depuis le mois de mai 2019 à nos jours. Ils sont tellement traumatisés, ils ne cessent pas de murmurer à l’oreille de leurs parents quand ils vont pouvoir finalement regagner leur banc scolaire. Ce désir acharné devient une obsession pour ces adolescents, ce que je qualifierais de torture psychologique. D’où la mise en cause de l’article 7 du Statut de Rome qualifiant les crimes des droits communs comme des crimes contre l’humanité dès lors qu’ils sont commis sur ordre, « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile: meurtre, esclavage, déportation, incarcération abusive, torture, etc… Au-delà de tout cela, il y a l’avenir d’Haïti qui est hypothéqué puisque le but de l’éducation est que l’enfant devienne une bonne personne, une personne qui fait du bien pour les autres. C’est dans cette perspective que Malcom X a martelé les propos suivants:  »L’éducation est un passeport pour l’avenir, car demain appartient à ceux qui s’y préparent dès aujourd’hui ».

Alors, certain-e-s concerné-e-s vont brandir l’argutie selon laquelle le mouvement va être bénéfique aux enfants cloués chez eux présentement et surtout pour ceux qui n’ont jamais pu goûter au pain de l’instruction. A ceux-là qui donnent foi à cette douce illusion, réveillez-vous. Ce qui se fait actuellement dans l’arène politique n’aboutira pas à une réforme ou une révolution. Ce n’est qu’une lutte pour la prise du pouvoir suivant la formule «ôte-toi que je m’y mette» et rien de plus.

Il est un fait indéniable que le système éducatif haïtien est bancal, il ne s’adapte pas à nos mœurs. Mais, cela ne justifie pas qu’on empêche la transmission du savoir dans la mesure du possible. Il faut signaler que l’école haïtienne a produit des intellectuel-le-s de belle eau en dépit des instructions bâclées qu’ils ont reçues. Donc, l’important, ce n’est pas de tout chambarder, mais d’investir et d’améliorer. A rappeler que nous ne sommes pas le seul pays qui traverse ce moment de turbulence politique; Liban, Chili, Iran, Bolivie pour ne citer que ceux-là, tous sont en ébullition sociale sauf qu’ils laissent un couloir humanitaire facilitant, tant bien que mal, le fonctionnement des écoles. Pour reprendre Hannah Arendt dans son ouvrage titré La Crise de la Culture, «Nous devons fermement séparer le domaine de l’éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique. Et c’est au seul domaine de l’éducation que nous devons appliquer une notion d’autorité et une attitude envers le passé qui lui conviennent…».

Jacques Lauture
Citoyen lambda

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