Grossesse Précoce, un phénomène inquiétant en Haïti

En Haïti, les jeunes sont confrontés à des problèmes de santé reproductive et sexuelle qui aggravent le taux de mortalité. La précocité des relations sexuelles et le manque d’information et d’éducation sexuelle seraient à la base de cette situation. Les grossesses des adolescentes sont devenues monnaie courante dans plusieurs coins du pays . Il est ainsi de plus en plus fréquent de voir des mineurs devenir des parents dans certaines villes du pays, alors que ces jeunes ne sont pas encore mâtures. Un tour dans la commune de la Croix des Bouquets, plus précisément dans un quartier populaire dénommé «  Nan Rakèt » nous a permis de nous en rendre bien compte.

Nous sommes à « Nan Rakèt », quartier de la Croix des Bouquets à l’est de la capitale qui, comme plusieurs autres endroits du pays, végète dans la misère la plus abjecte. Le premier constat est criant. Cette zone précaire, la situation rend les jeunes, les garçons, ivrognes. Les jeunes filles sont livrées à elles même. La majorité d’entre elles sont tombées enceinte de façon prématurée ou sont déjà mère.

Les parents de jeunes mères se sentent, dès lors, contraints, non seulement d’héberger leurs enfants, mais aussi d’élever leurs petits-enfants avec leurs maigres moyens. Ce qui n’empêche toutefois pas aux filles-mères récidiver. Si les filles n’ont pas de choix quand elles accouchent, les garçons, eux, fuient souvent leurs responsabilités en niant les grossesses.

Guerline, 28 ans, a tiré les leçons du passé. Mère de deux enfants qu’elle a eus lors de ses aventures de jeunesse quand elle avait encore moins de 18 ans, elle réside encore sous le toit parental, ses amants d’antan s’étant évaporés.
Tamara, 17 ans, mère d’une petite fille de 2 ans, regrette de n’avoir pas écouté ses parents. «Etre tombé enceinte sur le toit de tes parents, ce n’est pas la meilleur décision. J’avais tellement honte, Honte de ma maman qui s’occupe de moi seule», a fait savoir cette jeune fille qui souhaite élevée sa fille pour ne pas commis la même erreur.

«La grossesse de ma fille m’avait fait beaucoup de mal, se confie la maman de Tamara. Devenir mère trop tôt et, dans certains cas, délaissé par le père de l’enfant qui ne veut pas reconnaitre la grossesse, fragilise ces mineures, contraintes désormais de s’occuper elles-mêmes de leur progéniture», a-t-elle déclaré.

Risques de mortalité

Pour le docteur, obstétricien, gynécologue, Elizé Louissaint, les complications de la grossesse et de l’accouchement sont l’une des principales causes de décès des jeunes filles âgées de 12 à 18 ans. «Les enfants nés de mères plus jeunes (-20 ans) courent un risque plus élevé que ceux nés de mères plus âgées (20-29)», a soutenu le docteur.

En Haïti, 19% des adolescentes ont déjà donné naissance

Les jeunes sont confrontés à des problèmes de santé reproductive et sexuelle qui aggravent le taux de mortalité. Les grossesses précoces et non désirées sont parmi les causes qui alourdissent le décès des jeunes et adolescentes. La précocité des relations sexuelles serait à la base de cette situation, a précisé le docteur. L’éducation sexuelle est restée longtemps un sujet tabou dans les familles haïtiennes. «Responsables au premier plan, les parents sont devenus de plus en plus laxistes au point de ne plus assumer complètement leurs responsabilités, vu la précarité de la vie qu’ils mènent. Par conséquent, leurs enfants adolescents – les filles comme les garçons – n’ont pas les informations qu’il faut et n’arrivent pas à gérer leur sexualité, n’étant pas suffisamment encadrés», commente le gynécologue –obstétricien Elizé Louissaint.

En Haïti, 19% des adolescentes de moins de 20 ans, soit 22% de l’ensemble des femmes en âge de procréer, ont déjà commencé leur vie féconde. La fécondité des adolescentes est une réalité tangible en Haïti. La grossesse précoce est davantage fréquente chez les populations pauvres, moins éduquées et vivant dans les zones rurales. Les facteurs explicatifs de ce phénomène sont nombreux et complexes. «La pauvreté, la promiscuité, le faible niveau d’instruction des adolescentes, les abus et violences sexuels, la migration des jeunes filles des campagnes vers les villes, l’accès limité aux produits contraceptifs, de la croissance et de la bidonvilisation sont les principales causes des grossesses précoces.

Selon une étude commanditée par le Ministère de la Santé Publique en 2012, sur chaque 1000 filles âgées entre 15 à 19 ans, 31% ont eu au moins une grossesse précoce en Haïti. Ces problèmes constituent une préoccupation majeure pour les pouvoirs publics, et ces grossesses se soldent parfois par une interruption volontaire avec des risques de mortalité. La fécondité précoce est 3 fois plus élevée parmi les filles non instruites (27%) que parmi celles ayant un niveau secondaire ou pus (9 %), lit-on dans ce document.

Dans le monde, 194 filles meurent chaque jour suite à une grossesse précoce. Dans les pays en développement, 1 fille sur 3 est enceinte avant ses 18 ans et met sa vie, ainsi que celle de son enfant, en péril.

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