La vie dans les tap tap en Haïti, une histoire très complexe

Après plusieurs mois de turbulences, de tohu bohu, d’incertitudes et de pays lock, la vie semble reprendre forme à Port-au-Prince. Le secteur informel ou encore les activités scolaires regagnent timidement du terrain. Le transport en commun est l’un des secteurs vitaux du tissu social haïtien, tant par son importance mais aussi l’apport fourni aux petites bourses où chaque personne possédant un minibus ou une camionnette peut s’estimer chanceux. Quid de la vie dans les bus de transport en commun?

Nous sommes à portail léogâne, en plein cœur de la capitale haïtienne. Malgré l’insalubrité qui bat son plein et l’odeur nauséabonde qui se propage, les petits détaillants étalent leurs produits sous les regards curieux des nombreux passants. À quelques pas, les policiers cantonnés au sous commissariat de portail léogâne, sous un soleil de plomb, essaient de faciliter la circulation.

Dans un rayon de cinq cent mètres, les diverses stations de province sont à leur comble. Nombreux sont les passagers qui se bousculent en quête d’un ticket leur permettant de fuir la jungle port-au-princienne. Une fois remplie, le chauffeur prend place sur son siège et attend qu’un percepteur (Manageur) collecte les frais de stationnement requis. Ces agents, pour la plupart membres des associations syndicales de transport, règnent en maîtres et seigneurs, échappent souvent au contrôle de la municipalité. Plus d’un se demandent à quoi servent ces fonds.

Au pied du centre de santé portail léogâne (CSPL), les bus à l’effigie « School Bus » assurant le trajet Port-au-Prince – Léogâne se préparent à quitter l’espace. Ces bus pour la plupart en très mauvais état et parfois surchargés, desservent contre vents et marées les usagers de la route nationale #2.

La vie à bord de ce moyen de transport sort de l’ordinaire et chaque action suscite de la curiosité. Du jeune homme qui porte un sac dans lequel miaule sans arrêt un chat, à la dame qui raconte ses plus insolites histoires intimes au passager sur le siège voisin totalement désaxé, tout y est pour une aventure particulière.

Le temps d’un instant, tous les yeux sont rivés sur une dame qui se met débout non loin du chauffeur. Décemment vêtue, cette quarantenaire fait partie d’une catégorie d’agents de marketing qui offrent des produits naturels, pharmaceutiques ou cosmétiques à tout un chacun, débute son exposé avec un verset biblique.

Ces phytothérapeutes qui fonctionnent au gré de leur audace et face au laxisme des autorités sanitaires, se transforment en véritable médecins ambulants et assoient leur hégémonie. Les produits de faible qualité et parfois avariés, passent de main en main jusqu’à leurs acheteurs. Les passagers les plus retissants et indécis se voient parfois bénéficier des rabais sur certains produits.

Au regard de ces faits, la population haïtienne est de plus en plus livrée à elle-même. La commission nationale de modernisation du transport public créée dans l’objectif de réguler le secteur, n’existe que dans les annales du passé et passe à côté de la plaque. À quand une vraie réforme dans le transport public haïtien ? L’état ne devrait-il pas prendre le contrôle de ce moyen de communication ?

En somme, l’heure est à l’urgence. De l’augmentation de pertes en vies humaines dans les accidents routiers due à l’état pitoyable des véhicules à l’accumulation de maladies liée à la consommation de médicaments ne subissant aucune vérification de la part des autorités compétentes, l’état doit agir. Des actions concrètes doivent être enclenchées et des mesures drastiques sont nécessaires au risque de voir anéantir toute chance de restructuration partir à néant.

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