La servitude volontaire à la Presse internationale par Jacques Lauture

Le 5 Décembre 1492, le navigateur génois, Christophe Colomb débarqua dans la baie du môle Saint-Nicolas, avec les trois (3) bateaux (caravelles) surnommés : la Santa Maria, la Niña et la Pinta. L’arrivée de cette flotte allait provoquer la quasi disparition de tout un peuple, de toute une ethnie. Les conséquences de cette irruption européenne sur la terre de Quisqueya ne sont pas seulement physiques, mais également psychiques. Évidemment, ce bout d’Île aura connu plus de trois siècles d’esclavage féroce avec aux commandes l’Espagne et la France. Jusqu’à aujourd’hui, on peut encore remarquer les séquelles du système esclavagiste à travers les pratiques quotidiennes de certain-e-s hatïen-ne-s. Une bonne partie de la population se noie dans l’aliénation culturelle par faute de la conscience historique. Ce qui résulte d’un bovarysme collectif pour reprendre Jean Price Mars, de qui on a tendance à ignorer l’influence de sa pensée et de ses idées.

La crise identitaire est au cœur du mal-être populaire. Elle n’est pas comme le racontent certains le rejet de l’autre, mais le refus de possession de soi et de devenir autre chez soi. En effet, l’expression « identité culturelle » est comprise comme l’ensemble des éléments de culture par lequel un individu ou un groupe se définit, manifeste son originalité et se distingue d’un autre groupe humain ou d’une autre société. L’anthropologue M. Kilani (2000) écrit : «…L’assignation d’une identité culturelle à l’autre sert à identifier et à séparer le Nous du Eux ».

Durant ces trois derniers mois, Haïti a traversé une zone de turbulence socio-politique au cours de laquelle des antagonistes et/ou leurs partisan-e-s sont monté-e-s au créneau, en utilisant des canaux de communication divers, pour faire entendre leurs revendications à tour de rôle. C’est en ce sens que le 30 novembre 2019, les deux jeunes brillants et audacieux, Pascal Adrien et Jorchemy Jean Baptiste ont été reçus par Florence Viala sur le plateau de France24 pour dépeindre la conjoncture politique d’Haïti. Plus tard soit le 8 décembre,
l’immense Lyonel Trouillot s’est entretenu avec Thiery Fiorile à l’émission Culture d’info sur France info pour se prononcer sur l’état de délabrement du pays. Ces intellectuels précités n’ont pas mâché leurs mots vis-à-vis du régime politique en place dans lequel Jorchemy et Pascal, précisément, faisaient partie dans un passé pas trop lointain. Ils ont accusé, à tort ou à raison, le Président de la République de tous les maux du monde. Les co-auteurs du fameux «TOUTOUNI» et le Lauréat du grand prix du roman Métis en 2011 ont mis à nu la vie politique d’Haïti sur la scène internationale. Au fait, leurs interventions, bien articulées, ont été appréciées par plus d’un. Surtout qu’il existe, ces derniers temps, une tendance qui veut faire croire qu’on est révolutionnaire dès qu’on se réclame de l’opposition. Jean Baptiste et Adrien (devenus deux frères siamois avec l’avènement du notaire Jean Henry Céant, car l’un était chef de cabinet et l’autre porte parole du notaire Premier Ministre d’alors) et Trouillot ont reçu de chaleureux compliments à titre individuel suite à leur performance. La petite histoire raconte que Pascal Adrien a cette bizarre qualité de se trouver un frère/ami à chaque moment de sa vie politique. Au début de sa carrière, c’était Edmond Jean-Baptiste; lors des dernières élections présidentielles, il s’est pris Charlot Jacquelin Junior; pendant qu’il était Chef de cabinet du Sénateur Youry Latortue alors Président du Sénat de la République, il s’est pris Donald Justin et enfin pour fabriquer « Toutouni » il s’est choisi Jorchemy Jean Baptiste.

Mais qu’en est-il de la réputation de la communauté haïtienne vue de l’extérieur? On va dire que ces grands orateurs, nommés antérieurement, ont terni davantage, peut-être inconsciemment, l’image du pays en essayant de démanteler avec acharnement les agissements du gouvernement et ceci, sans langue de bois. Or, un haïtien qui se retrouve en terre étrangère, est, quelque part, un ambassadeur. Ce qui requiert un langage responsable voire diplomatique. Surtout, ils ont été interviewés par une héritière et un héritier de l’un des pays qui sont à la base de nos malheurs. Si seulement ces messieurs savaient que les nouveaux maîtres du monde utilisent à bon escient les médias occidentaux comme outil de défense et de stratégies diplomatiques afin d’atteindre leurs objectifs pervers. Mais hélas!

Il est un fait indéniable que le monde est devenu un petit village grâce à la magie de la
technologie. Mais, toutes les données n’y sont pas accessibles. Il y a des restrictions. Les analystes occidentaux, surtout, utilisent des raccourcis pour opiner sur un drame enregistré dans
leur pays. Certains acteurs savent exprimer leurs ras-le-bol à des chefs d’Etat à travers la presse internationale mais sans dénigrer leur pays natal. Dans cette veine, je vous inviterais à aller écouter le défenseur du panafricanisme, Kémi Séba, dans ses prises de positions radicales, anticolonialistes et pourquoi pas les différentes interventions de l’ancienne Secrétaire d’État des États-Unis, Madame Hillary Clinton suite à la publication des résultats des élections controversées. Vous verrez qu’ils jouent la carte de la prudence afin de ne pas heurter l’intégrité de leur pays. Ils maitrisent parfaitement bien leurs dires. Ils font montre toujours d’un certain sentiment de patriotisme dans leur discours. Ils n’ont pas eu à faire le boulot du reporter ou d’un-e envoyé-e spécial-e. Sur cette note, il serait sage de saluer un journaliste de carrière, M. Guyler C. Delva, qui savait comment décrire, de façon méticuleuse, un évènement à l’agence de presse Reuters. J’imagine que vous avez déjà lu « Ce que parler veut dire » de P. Bourdieu et «Les mots et les choses» de M. Foucault, donc, vous allez pouvoir comprendre ma démarche qui consiste à vous interpeler comme élites nationales.

En dépit de tout, le Président reste, jusqu’à présent, le chef de la diplomatie, le Premier citoyen de la République. Lorsque vous décidez de le chahuter, il faut éviter de commettre des dommages collatéraux. En tout temps et en tout lieu, il faut se rappeler qu’on a une identité propre à nous comme peuple. Dans son texte « De l’identité culturelle. Introduction à la culture Africaine », « Cheik Anto Diop voit la conscience historique comme un élément essentiel à la formation d’une identité nationale, c’est elle qui permet au peuple de se distinguer d’une population dont les éléments, par définition, sont étrangers les uns aux autres. La conscience historique, par le sentiment de cohésion qu’elle crée, constitue le rapport de sécurité culturellele plus sûr et plus solide pour le peuple ». Par-dessus tout, il faut se mettre d’accord pour sauver le Patrimoine moral de la Res publica.

Jacques Lauture
Citoyen Lambda

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