Arrêtons la lutte et fêtons la Noël dans la crasse

Tous les indicateurs économiques du pays sont au rouge. S’il y a bien quelque chose qui bouge très bien en Haïti, c’est la corruption. Dans tous les niveaux de l’État, elle est la maîtresse des points de vue, des actions de ceux qui sont appelés à nous servir. En 2018, une lueur d’espoir est née d’une lutte importante pour combattre ce fléau qui crée une flagrante inégalité sociale, de l’impunité qui enfonce la population de plus en plus dans une misère atroce. Cette année, nous avions connu des mois de soulèvement où le mot système était au centre des revendications sociales. À bout de souffle, des gens exprimaient leur inquiétude par rapport à leur futur. Une campagne s’est aussi vue jour et opte pour une pause. Un arrêt dans la misère pour fêter la Noël. Et après ?

Le pays n’est pas dirigé. L’État est à nu. Les autorités se paient le prix exorbitant d’un ticket pour une Noël sous la lune de Paris et de Londres, aux frais de la populace qui sombre dans une misère sans précédente. L’insécurité n’est pas encore maîtrisée par les forces de l’ordre. Le parlement se voit alors dans la nécessité de se retirer du Bicentenaire, selon le président du grand corps, Carl Murat Cantave, en raison de l’insécurité. Ce même problème engendre un embouteillage majeur, puisque les usagers de plusieurs quartiers sont diminués considérablement pour d’autres. Pourtant, ce n’est pas encore grave pour renvoyer une fête pour résoudre des problèmes.

Du côté de la diaspora, l’opinion est partagée. Certains ressortissants veulent que la trêve soit observée pour qu’ils retournent au pays, fêter puis repartir, en laissant derrière eux les plaies que connait chaque haïtien quotidiennement, l’impasse que traversent les enfants à La Saline, Bel-air et Martissant, qui ne peuvent jusqu’ici se rendre à l’école.

Parallèlement, il y a cette partie qui ne parlent pas souvent sur les réseaux sociaux comme ceux antérieurement cités, qui pensent que si vraiment il y a volonté de révolter, la population peut avorter cette Noël pour lutter car la joie de gagner la bataille menant à de meilleures conditions de vie est longue et intensément nécessaires pour les haïtiens qui vivent dans la noirceur depuis leur enfance.

Quant à l’opposition, qui peine à réunir des foules que lorsque les leaders sont présents, elle se voit entre continuer de radicaliser leur position et retrouver le président qui attend avec patience que ces joueurs jouent sa carte de dialogue, partagent avec lui quelques boîtes publiques, pour calmer la population. Comme quoi, c’est la solution à tous les maux qui rongent le tissu social.

Quant au président, il se fait une autre figure en attaquant de plein gré des anciens partenaires qui sont actuellement dans l’opposition, Reginald Boulos par exemple. Les Vorbe qui n’étaient jamais dans son équipe sont aussi dans son viseur. Il mobilise tout pour régler son compte avec cet entrepreneur en commençant par suspendre un contrat existé depuis plus d’une dizaine d’années entre l’État et la compagnie privée SOGENER. Après les mandats d’arrêt émis contre les personnes qui gèrent la compagnie, la Direction Centrale de la Police Judiciaire a visité leurs maisons.

Aucune instance ne peut freiner l’exécutif. Le parlement qui a cette prérogative selon les prescriptions constitutionnelles ne peut en décider que si le président décide de convoquer la chambre des députés en session extraordinaire. Le sénat, de son côté, confronte à un déficit de quorum. Les séances qui sont organisées au domicile privé du sénateur Carl Murat Cantave ne sont assistées que par dix sénateurs. Et nous voilà vers une caducité du parlement, la constitution sera muette. Seule la cantique du président aura effet dans cette cathédrale dénudée de justice, de convivialité et d’esprit patriotique.

La trêve consistant à sauver une période de fête ne durera pas seulement la fin de l’année, elle aura sa marque sur le début de l’année 2020. Personne ne sait quand est-ce que la lutte ressuscitera pour mettre un frein à cette vie de couleur inquiétante peinte par nos politiciens qui ne font que s’enrichir des taxes allouées à l’accomplissement de bonnes actions pour développer le pays. Puisque la trêve s’impose, nous sommes en temps de fête, nous allons fêter la Noël. Une fête qui n’éffacera jamais le sang de nos frères qui a coulé, la vie désastreuse que nous menons chaque jour et la terreur qui plane sur nos rêves. Nous allons fêter.

Disons bonjour à père Noël.

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