Et ces jeunes qui traînent sur la route de Delmas, n’auront-ils donc rien?

Sur la route de Delmas, deux classes se croisent. La dernière, la plus critiquée et qui porte le lourd fardeau de la situation suffocante du pays, et celle du véhicule de marque RAV4 qui s’abstient de critiquer les décideurs pour s’en prendre à ceux qui revendiquent de meilleures conditions de vie. Sur le long cette route qui fait jonction entre le Boulevard Jean-Jacques Dessalines et la commune de Pétion-Ville, des kokorat [comme les nomme le rappeur BIC à travers un morceau très populaire] font du va-et-vient pour trouver de quoi se nourrir. Sans incommodité, lorsqu’ils sont venus éponger les vitres de nos voitures pour une pièce, nous nous assouvissons de vivre ce moment comme un signe qui nous met à une hauteur d’importance. Hélas.

Avant les barricades dans les rues, ils étaient sous nos yeux. Nous n’avons éprouvé aucune compassion par rapport à ce qu’ils peuvent endurer tous les jours. Lorsqu’ils se rangeaient en grande pompe aux côtés des politiciens traditionnels qui, en quête du pouvoir, instrumentalisent leur condition de vie, au lieu de catéchiser des initiatives pour que les autorités se penchent sur les revendications des plus vulnérables, nous nous contentons d’admirer le fond dans lequel ils pataugent.

Nous agisons en avale sur les conséquences du problème, au lieu d’aller à la source pour toucher les causes. Les maux restent entiers. Pas de mots pour les qualifier. La route de Delmas reçoit beaucoup plus de jeunes qui, avec une toile, dépoussièrent la voiture des grands commis de l’État que n’importe quel autre endroit. Ce sont eux qui se mettent à la file indienne pour donner service au cortège du ministre de l’éducation nationale, pour une miette en retour. Puisque l’éducation n’est pas faite pour eux.

On dirait que nous éprouvons plus de fierté lorsque nous descendons la vitre de notre voiture pour les faire des dons qui minimisent, qu’à œuvrer pour un meilleur lendemain voire les inviter à se soulever en ce sens.

Couverts de poussières, des vêtements déchirés et une paire de sabots humiliants, ces jeunes sont livrés à eux-mêmes. Des adolescents des rues qui ne savent pas à qui se vouer lorsque la rue devient beaucoup plus agitée. Ils sont les premiers concernés et les plus victimes de l’inflation. Ils n’usent pas les mêmes moyens de transport que nous, à part se plaquer sur le contour du véhicule, si le chauffeur est de bonne humeur.

Nous ne nous soucions vraiment pas de nos prochains. Notre instinct de survie semble enlever notre humanité; oubliant parfois que nos actes nous rattrapent toujours. La situation de l’autre ne nous dit rien, pourvu que cela ne nous entrave. Or ces jeunes gens de la rue, outils des manœuvriers politiques, sont souvent les casseurs de nos vitres ou de nos boutiques lors des mouvements pays lock. La nouvelle Haïti dont nous rêvons ne saura naître de nos injustes comportements. Elle doit-être inclusive et respectueuse des droits fondamentaux de l’homme.

Ces jeunes sur la route de Delmas, ces negligés de la grande foule, ne méritent-ils pas d’aspirer au bien-être?

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