20 ans après, l’enquête se poursuit sur l’assassinat de Jean Dominique

Haïti est en pleine crise sanitaire. De ce fait, pour avoir donné toute notre préoccupation à ce fléau, les Haïtiens, en particulier la communauté médiatique, semblent avoir oublié de commémorer, d’une façon à l’autre, le départ forcé de Léopold Jean Dominique, cette grande figure de proue qui battait corps et âme avec la seule arme qu’il avait : son micro. Ce vendredi 3 avril fait 20 ans déjà depuis que ce modèle médiatique s’est rendu l’âme. Où en somme nous avec les enquêtes ?

Sa voix s’est tue. Plus là physiquement pour faire entendre sa voix. C’est aux locaux de son lieu de travail qu’il est passé de vie à trépas sous la pluie des balles des assassins toujours, jusqu’à date non identifiés. 3 projectiles au fin fond du coeurs. Trépassé sur place avec son fidèle collaborateur Jean-Claude Louissaint. Jean n’a pas eu le temps de bénéficier des interventions médicales. D’une seconde à l’autre il avait déjà rendu l’âme.

Ce fut un goudougoudou médiatique. Le pays tout entier était sous le choc. C’était un professionnel de haut calibre, un maitre dans son domaine qui avait su utiliser ses capacités oratoires à des fins progressistes. Haïti était sa priorité, sinon, il serait peut être toujours en vie.

Les journalistes ont pour seules armes leurs micros, leurs caméras, leurs magnetos et leurs plumes, ayant pour projectiles leur parole, leurs images et leurs écrits. Étant des citoyens qui se donnent pour missions principales de former, d’informer et d’éduquer l’auditoire, les loup-garous politiques s’en prennent à eux quand leurs intérêts sont en jeu. Du coup c’est leurs âmes qu’ils séparent à jamais de leurs corps. C’est sans doute là, la raison de l’assassinat de Jean. Faire taire la voix qui dérangeait, qui dénonçait avec intelligence, avec insolence, avec irrévérence, avec arrogance même quelques fois. Oui, on l’a assassiné pour avoir défendu une cause populaire. Ils ont atteint la voix qui expliquait, grinçait et raillait ; sa voix tremblante, encolérée qui dénonçait l’injustice avec la fougue d’un révolutionnaire.

Depuis le premier jours où il nous a quitté, sa voix ne se conjugue plus au présent, ses verbes ne sont que des souvenirs pieux et ses combats revendicatifs une remembrance lointaine. Quelques mois avant sa mort, il avait annoncé qu’il était prêt à reprendre le chemin de l’exil devant la montée de la violence et de l’intolérance. On ne lui en a pas laissé le temps. Les canards sauvages étaient plus assoifés de sa mort que son départ.

Nous journalistes, toujours intéressé par le « qui », les questions ci-jointes nous taraudent le coeur : 20 ans déjà depuis que l’univers médiatique haïtien ait perdu son fer de lance, s’agissant d’un assassinat, qui a pris cette décision ? Qui a commandité l’acte ? Qui en a payé le prime ? Qui en sont les principaux auteurs ? La justice haïtienne semble ne pas être a la hauteur, après 20 ans, de nous en donner une réponse adéquate. C’est ainsi quand la justice n’a jamais été la priorité d’un pays.

La veuve de Jean Do, Michèle Montas, a pendant une longue période pincé sans relâche les autorités judiciaires et policières afin de voir les assassins de Jean mis sous les vérroux. Elle tenait le dossier à bras le corps, ne laissant aucun répit aux commissaires et juges instruisant l’affaire. Tout ceci pour dire que l’enquête se poursuit, telle est leur phrase d’or.

Les journalistes sont des acteurs qui combattent corps et âme pour changer leur cité. Leur philosophie est simple » combattre au côté du peuple avec leurs micros, leurs plumes, leurs magnétos et leurs caméras, pour donner à Haïti ce qu’ils n’avaient pas pu bénéficier d’elle. » Personne ne peut les arrêter. Quand un journaliste meurt, ses oeuvres servent d’engrais dans l’émergence d’autres. Comme le disait Toussaint Louverture avant sa mort « En me renversant, vous n’avez qu’abattu que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs ; il repoussera par les racines parce qu’elles sont nombreuses et profondes.»

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