Haïti/Coronavirus: Entre confinement et séquestration

Haïti a recensé ses deux premiers cas le 19 mars dernier. Dès lors, des mesures strictes ont été annoncées par les autorités en vue d’en limiter les dégâts : fermeture d’écoles, d’églises, entre autres. Interdiction formelle de rassemblement d’au moins dix personnes, fermeture de frontières, distanciation sociale, couvre-feu et confinement. Néanmoins, certaines de ces mesures peine d’être appliquées à la lettre ou, au cas où elles seront contraintes d’appliquer par la force, peuvent être plus néfastes que le virus lui-même. Faute de vision de la part de nos autorités publiques.

C’est dans la conférence de presse du président de la République, Jovenel MOÏSE, qu’il a été annoncé que le pays a recensé ses deux premiers cas. Haïti est dès lors passé au stade 2 de cette pandémie . Dès cette annonce, le président Jovenel Moïse a décrété un ensemble de mesures visant à limiter la propagation du virus. Parmi lesquelles, le confinement. Ce dernier, comme on l’attend tous, a pour but d’empêcher la propagation rapide du COVID-19. Presque la totalité des pays de la planète terre adopte la même stratégie. Cependant, peut-on combattre efficacement la pandémie sans s’engager dans la lutte contre l’insécurité alimentaire ? Ne serait-il pas préférable de parler de séquestration au lieu de confinement quand on a contraint une population pauvre à rester chez elle alors qu’elle est privée de tous, mêmes les besoins les plus élémentaires ?

Déjà, est-il nécessaire de rappeler à l’État haïtien que parmi les 11 millions habitants du pays, plus de 6 millions vivent avec 2,41 $ us (250 gds) par jour ? Parmi eux, 2,5 millions sont dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,23 $ us (125 gds) par jour selon plusieurs rapports des organismes internationaux. Rappelons que plus de la moitié de la population nationale vivait sous la dépendance de la diaspora. Avant le COVID-19, cette dernière ne ratait jamais l’occasion d’envoyer à la fois des conteneurs de marchandises et de l’argent vers Haïti. Cette pratique est pour l’instant quasi éteinte. Par conséquent, les transferts venus de l’étranger se raréfient. On peut donc imaginer le nombre de familles qui se trouve dans le pétrin ces jours-ci toujours à cause de ce virus meurtrier.

Un État qui répond quotidiennement à ses fonctions régaliennes n’a jamais existé en Haïti durant ces dernières décennies. l’État tout court est moribond ! Plus la peine de parler de ces gouvernements. C’est pire que des cauchemars politiques. Un plan d’aide aux plus démunis s’avère aussi urgent que l’état d’urgence sanitaire décrété sur tout le territoire national. Comment peut-on contraindre une population avec les lèvres affamées de rester confinée chez elle, séquestrée disons mieux, alors que sa vie entière dépend de ce qu’elle gagne quotidiennement ?

Une équipe de TripFoumi Enfo a été dans certaines rues de la zone métropolitaine, en particulier dans certains marchés publics, pour demander aux petits commerçants leurs avis sur le confinement.

TFE : Pourquoi continuez-vous vos activités commerciales, dans un lieux aussi bourré de personnes de surcroit, alors que l’État vous demande de vous confiner chez vous et restreindre le mieux que possible vos va-et-vient dans les rues ? N’avez vous pas peur du virus ?

Marchands : on en a peur. Car on entend à la radio le nombre de personnes qui sont dejà passées de vie à trépas dans plusieurs autres pays frappés par ce virus. Mais nous autres, on n’a pas d’autre choix que de sortir. C’est mieux de s’exposer au virus pour survivre à la faim que de rester quotidiennement chez nous sans rien manger. Entre ces deux maux, on choisit le moins mal.

À ce sujet, Mike Ryan, chef de l’Organisation Mondiale de la Santé, a confié à l’agence de presse Reuters que « les pays ne peuvent pas se contenter de confiner leurs populations pour enrayer l’épidémie du coronavirus, il faut que d’autres mesures soient prises ».

La semaine derniere, le gouvernement en place, par le biais de certaines de ces institutions, avait fait de vaines tentatives au côté des plus vulnérables en guise de supports alimentaires. Le peuple se plaignait des kits dont il était bénéficiaire, car bon nombre des produits étaient avariés et c’était très misérable en terme de quantité.

l’État doit répondre à ses responsabilités. Car, si cette situation précaire persiste, le pays comptera plus de morts que les pays européens et les États Unis. Non seulement en terme de décès liés à la maladie elle même, mais aussi, d’autres gens mourront pour n’avoir pas de quoi se nourrir et surtout avec la qualité et la quantité d’aliments recommandés pour garder le corps en bonne santé.

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