À quoi sert la démocratie quand on meurt de faim?

Pour ce mardi 19 mai 2020, la réflexion de l’expert en politiques publiques Jameson Léopold est basée sur la démocratie et la faim. Il nous présente à travers ce texte son point de vue par rapport au pouvoir et à ce qui devrait être fait.

Lisons attentivement sa réflexion⤵️

Ce n’est pas de la démocratie dont a besoin Haïti mais d’un pouvoir autoritaire décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l’économie (Moyo, 2009), à la culture qui constitue la base de tout développement. Certains qualifieraient cette thèse d’apologie de la dictature, d’autres répondraient simplement : << À quoi sert la démocratie ou le droit de vote quand on meurt de faim ? >>. Ce à quoi nous apportons une réponse.

Lorsque l’establishment américain a décidé de chasser les Duvaliéristes au pouvoir en 1986, ceci après 29 ans de dictature, l’objectif était d’instaurer un nouvel ordre mondial avec la démocratie comme l’unique voie qui conduirait au développement durable, en jugulant le vol, le crime, la privation de la parole, etc. Tragiquement ce nouvel ordre s’est avéré pire que l’ordre ancien, car la démocratie haïtienne a facilité la dilapidation des biens de l’État et entraîné une corruption sans précédent en Haïti.

Jusqu’ici la liberté de la presse, le seul côté positif de cette démocratie au rabais. Le drame, c’est d’avoir pensé qu’un peuple ignorant et inconscient pouvait faire bon usage d’un système politique qui nécessite un minimum de bien-être individuel et collectif.

Quelle a été l’erreur fatale des Duvaliéristes ? Je suis de ceux qui croient que la démocratie vient après la croissance économique. Et pour parvenir à cette croissance, il faut comme l’argue le professeur Dani Rodrik (2005) un climat politique facilitant les investissements, des institutions en état de marche, une politique de réforme agraire pouvant assurer le respect des droits de propriété, un pays urbanisé, un système éducatif inclusif, etc. La dictature est le seul régime qui entretient une corrélation positive avec tout ça à cause d’absence de rivalités entre plusieurs partis et concordance d’intérêts stimulant l’adoption d’une législation économiquement bienfaisant.

Sur cette base, les 29 ans de dictature des Duvalier ont été un échec. Par le simple fait que leur règne n’a pas permis au pays de faire la transition au développement par la mise en place des institutions assez fortes pour contrecarrer tout assaut. Une dictature sans vision, pouvait-elle atteindre cette dimension ? Tout de go, non.

Quelle a été la réalité dans d’autres pays qui valsaient entre démocratie et dictature ? Abordons d’abord la question de l’Afrique. Trois (3) raisons expliquent pourquoi ce continent a du mal à faire le grand saut vers le développement. La première, après son indépendance il est rapidement recolonisé par l’impérialisme international en usant de l’aide internationale (Mende, 1972), laquelle s’est avérée une catastrophe. La seconde, les dictateurs africains ont passé leur temps à détourner les fonds de l’Afrique (Gelinas, 1994) pour aller s’acheter des villas en Europe et envoyer leurs enfants dans les plus grandes universités du monde. La troisième, les guerres civiles en Afrique, pur produit de l’impérialisme, ont constitué un obstacle à la croissance de l’Afrique. Parce que, comme le postule Paul Collier (2001), pour ce qui est d’assurer le déclin économique, social et moral d’un pays rien ne peut rivaliser avec une guerre civile. Le Rwanda est l’exemple vivant. Et une fois un régime autoritaire, visionnaire et bienveillant s’est installé dans ce pays, il n’a pas pris du temps pour se développer.

Qu’en est-il des pays de l’Asie et de l’Amérique qui ont connu la dictature presqu’à la même époque qu’Haïti ? Si la Chine est devenue en un rien de temps une puissance économique c’est grâce au Grand Timonier Mao Tsé Toung qui a pris la route du Communisme. C’est idem pour l’Indonésie, la Corée, Malaisie, Singapour, le Taïwan de Chiang Kai-Shek et Thaïlande qui ont eux-mêmes imposé au peuple une certaine dictature bourgeoise. Le Chili de Pinochet, la République Dominicaine de Joaquín Balaguer, où la démocratie était absente, ont connu un succès économique fou. Et c’est grâce à cette dictature qu’il est plaisant de vivre aujourd’hui au Chili, en République Dominicaine.

Que dire de Cuba ? Quoiqu’il fait face à un embargo économique, commercial et financier depuis 60 ans, ce gouvernement socialiste a su résister. Il n’existe pas d’analphabètes à Cuba vu que l’éducation est gratuite et universelle. Cuba enregistre le plus faible taux de mortalité infantile du continent américain. Le peuple cubain est exempt de la faim et de la soif, il bénéficie d’un système de santé gratuit à l’accès universel. Force est de préciser qu’à Cuba c’est la démocratie des masses ou la dictature du prolétariat qui prévaut non la démocratie bourgeoise. Imaginez ce pays quand les Américains lèveront l’embargo !

La plupart de ces régimes autoritaires, nous dit Dambisa Moyo (2009), ils doivent leur succès à la présence d’institutions qui ont généré des mesures incitatives pour le marché, protégé les droits de propriété des investissements présents et futurs, et prévenu l’instabilité politique et sociale. Le Chili peut même se glorifier d’être le premier pays d’Amérique du Sud à avoir porté une femme à la présidence.

Pour répondre à notre question principale :<< À quoi sert la démocratie ou le droit de vote quand on meurt de faim ? >>. Strictement à rien, pour le grand peuple qui sont plus de 6 millions à crever de faim. Sinon qu’à instituer une oligarchie médiatique sans qui les détournements des fonds publics n’auraient jamais atteint une telle ampleur. Voilà pourquoi il faut abattre cette démocratie de caste et faire régner l’ordre à travers une dictature des masses.

Jameson LEOPOLD
Expert en Politiques publiques

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Back to top button

Adblock Detected

Please consider supporting us by disabling your ad blocker