« Yo pap ka bare nou », par Jameson Léopold

Nous ne sommes plus au temps où il est interdit aux noirs de s’éduquer, d’exercer les professions nobles, de monter leur propre commerce, de s’habiller comme quiconque, de prendre siège aux côtés de quiconque, de rivaliser quiconque. Tout homme qui croit pouvoir berner l’homme noir à nouveau est un fou.

En 1882, M. Schoelcher dénonçait la façon dont procédaient les puissances esclavagistes pour diminuer les peuples : les avilir et les dégrader. Les éloigner de l’éducation qui enrichit la tête (l’appauvrissement culturel), les maintenir dans le chômage qui efflanque le corps, leur faciliter l’accès à la drogue qui paralyse la pensée, en sont les quelques stratégies pour les réduire à leur plus simple expression.

Il faut anéantir en l’homme noir toute sa dignité. Voilà pourquoi George Floyd, cet Américain noir est tué par un policier blanc à Minneapolis comme un cafard qu’on écrase sous ses bottes. «  »Kòm yo paka bare nou ankò », et rien ne pourra arrêter la marche de l’histoire, montrer à l’humanité entière que l’homme noir est encore un bien meuble est le message lancé à travers ce crime odieux.

Pour que cette marche continue pour la plus belle, c’est un devoir au peuple noir d’élire des hommes d’Etat probes et éminents. Motivés par la grande mission de répandre l’instruction dans les couches les plus profondes des communautés noires, leur faire suivre le mouvement ascensionnel du progrès, c’est non seulement défendre les principes éternels de l’humanité, mais c’est encore illuminer d’un rayon de bonheur la nuit ténébreuse de l’ignorance et de l’erreur (Janvier, 1883).Alors encourageons les noirs à rester à l’école assez longtemps.

En vérité je vous le dis, si le noir songe à prendre puissance, il doit se renforcer politiquement, intellectuellement et économiquement. Il ne doit plier que devant deux types de supériorité : celle intellectuelle et économique. Si quelqu’un vous dépasse par l’esprit, le savoir, son mépris peut être avalé. Et pour le rivaliser vous n’aurez qu’à reprendre le chemin de l’école et le dépasser. Si quelqu’un vous est plus avancé économiquement, vous n’aurez qu’à vider toutes les sueurs de votre corps dans le travail pour le rattraper. Cependant si sa richesse provient de mauvaises combines, dites-vous qu’il ne rivalise la semelle de votre chaussure. Continuez votre route.

Quant à l’outrecuidante prétention d’une quelconque supériorité raciale, l’une des plus grandes bêtises humaines, c’est l’affaire des âmes faibles emplies de visions ou de chimères et affolées par la peur de dangers imaginaires (Janvier, 1883) que représentent ceux-là qu’elles avaient maintenus en esclavage depuis plus de quatre siècles. Le noir n’a pas besoin de plonger dans cet océan de fange. Ce sera mépris pour mépris.

Jameson LEOPOLD
Expert en Politiques publiques

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