Et si on parlait de « Black Lives Matter » dans le contexte haïtien?

Depuis tantôt deux semaines consécutives, le monde en général, les États-Unis en particulier, sont sous le choc. La mort de L’Afro-Américain Georges Floyd, tué par un policier blanc dans un contexte infra humain, a agité bon nombre de gens partout dans le monde. Du coup, des organisations Internationales comme l’Union Africaine, plusieurs personnalités publiques comme Barack Obama, Jamie Fox, et plusieurs peuples se sont soulevés contre le racisme, la brutalité policière, entre autre, dont le monde fait face. Pourtant, Haiti, la première République noire du monde, reste indifférente face à ces mouvements. Et si on parlait de « Black Lives Matter » dans le contexte haïtien ?

D’entrée de jeu, une affirmation scientifique dont on est sûr, c’est qu’il n’existe qu’une seule race humaine sur Terre. La variation de couleur de peau, de cheveux et de forme physique, n’est due qu’à l’évolution physique du corps humain dans un contexte spatio-temporel bien défini. Les ADN de deux êtres humains pris au hasard parmi les 7 milliards qui peuplent la Terre sont identiques à 99,9 % (Bertrand Jordan, 2013). C’est pour ainsi dire que nous n’aurons pas à parler ici de « race noire », » race blanche » entre autres, mais plutôt de « l’homme noir », la « femme blanche » juste comme signe d’identité cutanée.

« Black Lives Matter » est ce que nous pourrions contextuellement traduire en français: « la vie des noirs-res compte ». Ce mouvement dont le monde entier en parle, est-elle une affaire qui veut primer la vie des noirs-res sur celles des blancs-ches ? Si oui, vouloir prioriser une couleur de peau au détriment d’une autre, les contestataires victimes de préjugés de couleurs, ne sont-ils eux aussi devenus racistes ? Le préjugé de couleur qu’ils combattent ? Ou du moins, c’est tout simplement un mouvement qui veut équilibrer le poids de la vie des noirs sur la balance de la vie sociale, économique et culturelle ?

Haiti devrait vraiment en prendre exemple ; première République noire du monde qui a su combattre de plein fouet l’inégalité entre l’homme noir et l’homme blanc sur son territoire et a même apporté son aide à plusieurs pays de l’Amérique latine qui avaient le même problème. Même si Jovenel Moïse, premier citoyen du pays, y reste indifférent.

Pouquoi les Haïtiens-iennes devaient se joindre aux mouvements « Black Lives Matter?

Haiti, étant un pays habité par des mulâtres, quelques blancs et de majorité noirs, la question nous avait été posée de savoir si un équilibre dans la vie sociale, économique et culturelle de toutes ces personnes de différence cutané, ne devrait pas être au centre des débats publics ? Sachant que l’écart entre le train de vie de ces gens est devenue de plus en plus profond.

« Black Lives Matter » en Haïti, quand les plus faibles manifestent pour exiger à l’État de leur faciliter une meilleure condition de vie, alors que plus privilégiés, souvent des mulâtres et des noirs qui se prennent pour des blancs, leur traitent de « nèg sal, tèt grenn, rat pa kaka ». Sispann manifeste. Kite peyi m mache. »

« Black Live Matter » en Haiti quand le sud de la zone métropolitaine est devenu infréquentable, pollué de bandits armés jusqu’au dent par certains de nos hommes politiques et les plus privilégiés du pays.

« Black Lives Matter » en Haiti quand Vladimir Fédé, un jeune revenant à peine du Chili, s’est fait lachement tuer par un policier, alors qu’il s’agenouillait devant lui pour dire qu’il est innocent et qu’il allait cherché sa fille à l’école. Ce cas n’est-il pas similaire avec celui de Derek Chauvin, le policier qui a tué le jeune Floyd ?

« Black Lives Matter » en Haïti quand au XXIe siècle, les plus démunis étant dans l’impossibilité de se procurer de l’eau, se trouvent dans le dilemme entre l’amour de l’eau gratuite qu’apporte la pluie et la haine de l’inondation qui vient avec, alors que l’État ne dit rien.

« Black Lives Matter » en Haïti quand manger devient un luxe au bas de la ville en plein XXIe siècle alors et que dans les quartiers d’en haut, mêmes les chiens en sont rassasiés tellement qu’ils en trouvent en quantité.

« Black Lives Matter » en Haïti quand les plus pauvres sont tombés malades, le seul choix qu’ils en ont est de mourir pour le simple fait que l’unique hôpital qui leur est réservé (l’HUEH) n’a ni de personnel, ni de ressources matérielles nécessaires comme minimum dont dispose tout hôpital digne de ce nom.

« Bkack Lives Matter » en Haiti quand vivre dans la première République noire libre du monde est synonyme de frôler la mort au quotidien.

« Black Lives Matter » en Haïti quand les dread locks sont synonymes de voleurs, pilleurs, drug dealers et que les tèt kale sont parallèlement devenus modèles malgré les maux qu’ils ont fait subir aux pays pendant ces dix dernières années.

« Black Lives Matter » en Haïti quand il n y aucune fierté d’être noir-e dans la première République noire du monde, à un tel point que jeunes comme adultes, femmes comme hommes du pays dépigmentent leurs peaux, comme si être noir-e était synonyme de laideur.

« Black Lives Matter » en Haiti quand les lycées, les écoles communales, pour ne pas dire toutes les institutions scolaires publiques du pays, sont tombées au plus profond de l’abime. Les professeurs sont mal payés, pas de banc, pas de tableau, pas de bibliothèque. Les conditions ne sont nullement réunies pour avoir la même éducation dont bénéficient les plus privilégiés du pays.

L’égalité entre les riches et les pauvres devant la loi, l’égal accès à toute personne indistinctement face aux besoins les plus élémentaires du pays, destruction de la frontière à la fois imaginaire et physique entre les gens de bas et ceux d’en hauts, l’égal traitement de toute personne indistinctement devant la police selon le protocole régissant le fonctionnement de ladite force de l’ordre, devraient et doivent être au centre des revendications du mouvement « Black Lives Matter » dans le contexte haïtien.

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