L’éducation en Haïti à l’ère de la Covid-19, “Difficultés et opportunités”

Il ne s’agit pas de savoir quand rouvrir les portes des écoles en Haïti, mais plutôt de savoir quelle nouvelle école rouvrir dans ce nouveau monde en devenir. Il ne s’agit pas non plus de se focaliser à évaluer sur une seule année des apprentissages qui n’ont pas eu lieu pour la grande majorité des élèves ou qui ne correspondent plus aux nouvelles réalités, mais plutôt s’assurer de la réussite de tous sur l’ensemble du parcours scolaire. La Covid-19 offre une opportunité de surmonter les nombreuses lacunes du système éducatif haïtien pour enseigner et apprendre autrement, même dans un contexte de précarité aggravée. Les métiers des enseignants et des chefs d’établissement sont bouleversés de manière irréversible. De même que pour les apprenants avec les implications pour les parents, nouvel acteur émergent qui s’est vu octroyer de nouvelles responsabilités.

Qu’il s’agisse des défis posés par les protocoles sanitaires qui obligent à repenser globalement les infrastructures et équipements scolaires, qu’il s’agisse de la formation à distance qui offre de nouvelles possibilités de pratiques pédagogiques et d’interactions didactiques à travers la radio, la télévision, le numérique, qu’il s’agisse des nouvelles possibilités d’accompagner les parcours d’apprentissage des apprenants obligés de devenir de plus en plus autonomes, plus rien ne sera jamais comme avant. Comme le prévoit déjà le nouveau secondaire, la maîtrise du créole, du français et des autres langues, la maîtrise de la culture, de la littératie numérique, financière, de l’éducation au développement durable sont parmi les piliers du chantier curriculaire qui doit préparer le citoyen à participer activement à la vie politique, sociale et économique. Tout ceci appelle à un véritable partenariat national, municipal, local, tant de la part des acteurs étatiques que non étatiques pour innover ou renforcer certaines réformes en cours, car, pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village.

À court terme :

Je continue de suggérer dans le suivi de l’arrêté présidentiel portant réforme du fonctionnement des établissements scolaires de la république (12 mesures) du 1er septembre 2014 de considérer, après le baccalauréat unique, la réduction du nombre d’années de scolarisation de 13 à 12 années. Ceci faciliterait la proposition initiale de passage automatique de tous les élèves non inscrits dans les deux classes d’examens officiels, conditionnée par un plan spécial de rattrapage au niveau du calendrier et du programme d’études de la prochaine année scolaire. Ceci faciliterait que les écoles libèrent les salles de classe qui pourraient dans ce cas, moyennant les protocoles sanitaires requis, accueillir uniquement, et ceci le plus tôt possible, les élèves des 9e année fondamentale et de la terminale du secondaire, compte tenu des défis pédagogiques et physiques limitant actuellement la portée de la formation à distance, pourtant nécessaire. Si cela était possible, j’ajouterais, les élèves du secondaire 3 pour cette réouverture, avec des options de rencontre par groupes tour à tour. C’est une façon d’éviter d’élargir les inégalités scolaires car sinon, certains débuteront l’année scolaire en septembre 2020 et d’autres en janvier 2021, ce qui pourrait signifier la mise à mort lente de l’école publique déjà sous-financée. Les calendriers tels que proposés actuellement risquent d’élargir la fracture entre écoles publiques et privées.

À moyen et long terme :

L’école hybride s’impose comme l’école de la nouvelle normalité. La radio et la télévision surtout doivent faire de plus en plus partie du quotidien des enseignants et des apprenants, en dépit des limitations de connectivité et énergétique. Ceci requiert un investissement massif et intelligent dans des contenus standardisés de qualité pour réduire les inégalités scolaires, dans la mesure où ils sont largement accessibles à la majorité des écoles publiques et privées défavorisées. Ceci exige non pas une simple transposition des contenus traditionnels, mais une ingénierie spécifique de formation à distance pour supporter tous les enseignants dans l’exercice de leur métier, mais aussi dans leur processus de qualification, requalification en vue de l’obtention du permis d’enseigner. La formation à distance qui ignore la formation des directeurs d’école et des enseignants est comme une équipe de football sans entraineur et capitaine. Un vaste chantier curriculaire et de formation qui ne demande plus d’hésitations, en dépit du fait que le financement public d’éducation ait reculé de moitié au cours de ces cinq dernières années, malgré les engagements du Pacte sur l’Education 2016-2020, rendant plus difficile toute mise en place d’une véritable grille salariale qui motiverait les enseignants. Dans ce nouveau monde de l’école hybride (en salle de classe et à distance), agir sur les calendriers scolaires, sans modifier drastiquement les contenus serait gaspiller le momentum actuel et passer à côté de l’histoire.

C’est aussi l’occasion de mettre à profit la loi sur la modernisation de la formation technique et professionnelle en lançant le baccalauréat professionnel du nouveau secondaire avec les futurs lycées techniques. L’économie post Covid-19 nécessitera de nouvelles compétences, notamment numériques qui interpelle tout aussi bien nos universités, les développeurs, etc. La pire erreur serait de se précipiter à offrir des solutions de dépannage pour accommoder l’ancienne école plutôt que prendre le temps de mieux préparer l’avenir. Ceci demandera aussi des ajustements au niveau du cadre légal et normatif du système éducatif dans sa globalité pour harmoniser et mettre à jour l’ensemble des dispositifs actuels.

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