Transfert: On s’acharne à bien résoudre les mauvais problèmes, selon Nesmy Manigat

Invité de l’émission “TI KOZE AK TT”, de Theriel Thelus,  le 20 juin dernier à l’occasion du premier anniversaire de TripFoumi Enfo, Nesmy Manigat a répondu en direct et après le direct à plusieurs de nos questions sur l’éducation, le développement, la corruption et l’actualité économique. TripFoumi Enfo présente l’essentiel des questions réponses sur l’actualité économique  de celui qui fut longtemps commentateur de la vie économique, ancien cadre de la BRH, membre du Group Croissance et récemment ministre de l’éducation nationale et de la Formation professionnelle

TT: Professeur Manigat, que pensez-vous de la situation du change et de la  dernière décision de la BRH sur la circulaire 114 ?

Je devrais vous référer à des spécialistes de marché de change, mais étant donné qu’il ne s’agit pas strictement d’un problème de transfert et de change, je vous dirais qu’il nous faut éviter de bien résoudre les mauvais problèmes. A plus de 100 gourdes pour un dollar, le problème n’est ni uniquement au niveau monétaire, ni au niveau de la régulation. Tant que le pays s’enfonce dans un financement monétaire de son déficit qui avoisine les 35 milliards de gourdes, tant que nos dépenses de fonctionnement dépassent nos recettes courantes, tant que nous n’exportons pas, tant que nous ne consommons ce que nous sommes obligés d’acheter en dollar faute de production, on résout les mauvais problème.  Donc, la circulaire, seule, ne stabilisera pas le taux de change.

Transfert: On s’acharne à bien résoudre les mauvais problèmes, selon Nesmy Manigat

TT: Mais, si cela ne résoudra pas les problèmes de fond, pourquoi cette décision et qui sont les gagnants et les perdants de la décision de la BRH ?

C’est une question complexe car il y a beaucoup d’acteurs concernés dans la chaîne D’abord, la BRH gagne en essayant, même tardivement de mettre un peu de discipline et de transparence, bien sûr,  si la circulaire est respectée. Ensuite, il y a les banques  qui vont désormais effectuer le gros des opérations de change avec la diminution du marché parallèle. Par contre leur marge se réduit, car devant appliquer le taux de la BRH. Les maisons de transfert devront se limiter uniquement aux revenus des transferts, n’étant plus habilitées à faire du change. A ce sujet, la tentation de compenser en augmentant leurs frais devrait être grande,  aux dépens de l’expéditeur et du bénéficiaire. Même situation pour les chefs d’entreprises qui disposeront de moins en moins de dollars pour faire eux-mêmes du change, mais pourront toujours se tourner vers les banques. La liste est longue, et j’ai entendu les remarques justifiées de ce que je pourrais appeler la classe moyenne salariée à revenu intermédiaire. En effet, elle pourra toujours recevoir des dollars si elle dispose d’un compte en dollar, mais, elle ne disposera plus de numéraire dollar pour payer certaines de ses dépenses qui se font malheureusement en dollar. La situation est presqu’identique pour ceux qui travaillent au salaire minimum, mais qui en plus ne disposent pas à mon avis de compte en dollar.  Quant aux chômeurs bénéficiaires des transferts, la situation est différente, selon qu’ils soient en milieu urbain ou en milieu rural. Les citadins perdent leur capacité à s’improviser cambistes de rue avec leur dollar, mais en milieu rural, généralement, les transferts étaient régulièrement convertis en gourde pour différentes raisons, à des taux plus bas. Désormais, ces récipiendaires devraient recevoir au même taux fixé par la BRH, si cette dernière arrive à faire appliquer la circulaire.

La dernière catégorie, je dirais ce sont les ambassades étrangères et consulats sans oublier les Organisations Internationales et ONG qui manipulent de grands montants et qui ne pourront plus désormais faire de la vente aux enchères, disons de la spéculation.

TT : Vous avez parlé d’un effort de transparence, à quel niveau ?

NM: Dans la mesure ou la circulaire est respectée, l’expéditeur du transfert saura bien à l’avance à quel taux le bénéficiaire le recevra, qui est celui du jour fixé par la BRH. Naturellement, ce ne sera pas encore la transparence d’une véritable plateforme de change ou toutes les demandes, les offres, les montants de toutes les opérations sont enregistrées en temps réel. J’allais oublier de dire que cela devrait aussi arranger les maisons de transfert à qui la régulation et les normes internationales exigent de déclarer les taux avec lesquels ils opèrent. Tout le monde saura désormais, que c’est le taux fixé de la BRH qui prévaut.  Toutefois, ayant l’expérience des affaires de république, je ne serais pas étonné de voir un nouveau marché parallèle surgir et ce sera une nouvelle casse tête pour les autorités monétaires. Légiférer pour les marchés financiers, n’est jamais chose facile pour les banques centrales.

TT:  Pourquoi pensez-vous qu’il n’y a pas un véritable marché des changes ?

NM : Nous n’avons pas un véritable marché des changes.  Nous sommes encore au stade primitif du marché de change avec les  opérations de base d’un cambiste qui achète et revend, donc uniquement ce que les spécialistes appellent le change manuel, loin des traders, brokers de salles de marché voire des marchés boursiers. Pourtant, J’ai connu à la BRH des spécialistes formés pour encadrer un marché des changes qui avait présenté un projet. Ceci est tombé à l’eau pour différentes raisons, car il y avait beaucoup de résistances. Mais Haïti doit mieux gérer les risques et opportunités liés aux devises. On n’a pas que la dépréciation de la gourde comme défis, il y a d’autres risques liés à la détention des monnaies dans un pays qui importe presque tout et qui dépend autant des transferts. C’est pourquoi un débat  serein est nécessaire dans ce domaine.

TT: Et que suggérez-vous pour avoir ce débat nécessaire et serein ?

Ce débat  doit entre bien cadré par des spécialistes rompus à ce sujet sensible, mais à la fin doit être un débat citoyen. Je suis de ceux qui croient que tout citoyen du 21e siècle doit obligatoirement recevoir une éducation économique et financier, non seulement pour pouvoir participer au débat qui affecte son quotidien, mais aussi pour avoir des comportements et des décisions financières responsables, que ce soit au niveau personnel ou collectif. Les débats économiques autour du budget, de la dépréciation de la gourde et des transferts m’ont donné raison pour le curriculum du nouveau secondaire. L’an dernier, ce sont près de 60 000 élèves du nouveau secondaire qui ont passé le bac et qui ont été exposés aux notions de base sur l’économie et les finances. On peut faire encore mieux en outillant davantage les enseignants et en actualisant le curriculum.

TT : Avez-vous un dernier mot ?

NM : Je prie fort  pour notre gourde. On ne peut plus se tromper de médicament.

TT: Nesmy Manigat, au nom de TripFoumi Enfo, je vous remercie

Vous pouvez revoir le “LIVE”.

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