Décès du géographe haïtien, Pierre Jorès Merat

Pierre Jorès Mérat, professeur de carrière à l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), est décédé le mardi 30 Juin 2020. Le départ inattendu de cet enseignant/chercheur a laissé un grand vide à la communauté de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) où il enseignait depuis plus de 20 ans. Professeurs, étudiants, et d’autres proches du défunt le présente comme un dur travailleur, un modèle d’engagement. De la commune de coteaux ou il est né, à la France où il a effectué des études supérieures, Mérat a un parcours assez brillant. Une fois de plus, l’ENS est en deuil.

Le professeur de géographie et d’histoire des Relations Internationales à l’ENS est décédé très tôt dans la matinée du 30 Juin, selon une proche de la famille. Il est parti des suites d’une crise cardiaque. Dans l’après midi, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe, notamment sur les réseaux sociaux où se concentrent ses étudiants et ses collègues professeurs.

« Il incarne le métier d’enseigner. Méthodique, un verbe tellement facile, méticuleux, précis dans le choix des concepts, riche en humour. Il a tout pour faire de ses cours une activité non ennuyeuse. C’est un modèle à copier. Il enseigne son savoir et sa personnalité » écrit Sony Laurole sur sa page facebook, pour saluer la mémoire de ce professeur traversé. « Mérat est de ceux que la mort ne peut pas enterrer dans l’oubli éternel. Et comme l’a si bien dit l’autre, le véritable tombeau des hommes réside dans la mémoire et le cœur », peut-on lire dans cette note qui suscite de nombreux commentaires sur ce réseau social de Mark Zuckeberg.

Sur sa page facebook également, Jeff Bernard explique avoir appris la nouvelle avec larmes aux yeux. « Je ne pleure pas seulement sa traversée, je pleure aussi l’avenir d’Haïti, particulièrement celui de l’ENS. Pour sa culture générale, son sens de l’humour, et sa capacité à nous élargir les horizons, Mérat était un professeur dont je ne négociait pas ses heures de cours », se désole cet étudiant qui ne verra plus son idole terminer son cours de Relations Internationales qu’il avait commencé avant le confinement généré par le Sars Cov-2.

Toujours sur facebook, Josué Muscadin va plus loin. « Plus rien ne sera comme avant sans toi », crie le collègue de travail de Mérat, en publiant le souvenir d’un panel qu’il avait partagé avec le lui le 30 septembre 2016.

« Mérat c’est l’incarnation de l’art d’enseigner. Sérieux et ponctuel, sens de l’humour, il a toutes les armes pour vous inculquer une notion de géographie », témoigne Cléberson Jean-Louis, étudiant devenu son collègue à l’UEH. « C’est le premier professeur qui m’a introduit au commentaire de documents géographiques, notion fondamentale pour l’apprentissage et l’enseignement de cette discipline.

Concernant l’avenir de la géographie en Haïti, ce détenteur d’un master en droit de l’environnement à l’Université de Limoges et d’un autre en géographie à Paris VIII/ENS est optimiste. Cléberson qui enseigne actuellement au Campus Henri Christophe de Limonade (CHCL) de l’UEH explique que Mérat a beaucoup investit dans l’enseignement de la géographie, cette discipline qui commence à se développer peu à peu dans le pays. Depuis le 12 janvier, informe-t-il, il ya un renouveau surtout avec un partenariat entre l’ENS et l’Université Paris VIII qui accouche un master qui forme déjà des dizaines de cadres qui sont à même de participer dans la reconstruction d’Haïti.

Johnn King Thélusma ne verra plus ce professeur dont il adore tellement sa façon d’enseigner. « Unique en son genre, il est un véritable animateur. Il utilise une méthodologie capable de capter tous ses étudiants. Entre humour et géographie, ses cours sont toujours de très belles expériences ! », explique ce géographe en herbe qui a étudié le droit également.

Dans cette avalanche de notes de sympathies qui affluent, la Direction de l’ENS, fondée en 1947 sous la présidence du feu Dumarsais Estimé ne reste pas indifférente. « Enseignant de carrière, Docteur Mérat a travaillé aux départements des Sciences Sociales des Langues Vivantes depuis 1999 et s’est révélé un modèle d’engagement et de droiture pour ses collègues et ses étudiants », peut-on lire dans cette note datée du 2 Juillet 2020 à la communauté de l’Ecole.

A l’unanimité, des gens qui collaboraient de près avec le professeur le reconnaissent comme un homme de principe, un modèle incontestable. En dehors de l’enseignement Mérat prêté ses services à de nombreuses institutions de la place comme, par exemple, le Ministère de la Planification et de Coopération Externe (MPCE) au niveau de l’unité d’observation de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

Fan avéré de Magnum Band, il a suivi en ligne sans le savoir, son dernier concert avec son groupe préféré le Samedi 27 Juin dernier, à l’occasion de son 44ème anniversaire. Cet originaire de coteaux, commune attrayante du département du Sud, ne verra plus performer la bande aux frères Paket ( Dadou tet Tico) qui a hissé le bicolore haïtien à l’ouverture des Jeux Olympiques de 1996.

Après, entre autres, Michel Hector, Achille Dejean, Roger Petit-Frère et Gérard Duplessis, Pierre Jorès Mérat vient de compléter une liste tristement célèbre de cadres perdus par l’ENS en moins de 5 ans. Dans un pays où le métier d’enseigner semble être loin d’être une priorité de l’Etat, le vide laissé par ces gens sera difficile à combler. Désormais, Mérat n’est plus parmi les vivants ! Il fait partie des des Statistiques de sa discipline pour l’année 2020 et à jamais : la mortalité. Ses funérailles seront chantées le Samedi 11 Juin à Pax Villa Sacré-Cœur.

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