Massacre La Saline: Fédenel Monchery et Pierre Richard Duplan, où sont-ils passés?

Fédenel Monchéry et Pierre Richard Duplan, deux anciens cadres de l’administration publique, respectivement directeur du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales et délégué départemental de l’Ouest, dont leurs noms ont été cités dans le massacre perpétré à La Saline les 13 et 14 novembre 2018, sont portés disparus depuis qu’ils ont été démis de leurs fonctions, le 25 septembre 2019. Alors qu’une interdiction de départ a été émise à leur encontre, ils ont été longtemps protégés par le pouvoir central.

Un retour chronologique sur les faits marquants de cette affaire, un carnage à huis clos.

Les 13 et 14 novembre 2018, des chefs de gangs dont Serge ALECTIS alias Ti Junior, Jimmy JEAN, Ti-Bonm, et Leonel LEXIUS alias Nenel tué le 7 février 2019, ont envahi les quartiers de La Saline en cherchant d’avoir le contrôle de la zone dirigée par d’autres chefs de gangs. Vêtus en noir, ressemblant au corps spécialisé BOID, selon le rapport de l’ONU, faisant croire que c’est une intervention de la police, ces bandits ont attaqué les résidents de la zone à coups de machette, couteaux et armes à feu, leur dénonçant comme des collaborateurs des gangs rivaux.

Décembre 2018, des organisations de droits humains montent au créneau pour dénoncer un massacre d’État.

Le Réseau National de Défense Des Droits Humains (RNDDH) fut le premier à dénoncer un « massacre d’État » à La Saline, dans un rapport publié en décembre 2018. Dans le rapport, le réseau a pointé du doigt des cadres de l’administration publique et des policiers dans le massacre et a fait état de plus de 70 morts. Depuis, d’autres organisations nationales et internationales de droits humains ont emboîté le pas.

Puis viennent en mai et juin 2019, les rapports de la DCPJ et la MINUJUSTH en collaboration avec le haut commissariat des Nations Unies pour les droits humains. La direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a recommandé de mettre l’action publique en mouvement contre le directeur général du ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales, Fednel Monchéry, le délégué départemental de l’Ouest, Pierre Richard Duplan et du policier Jimmy Chérisier alias Barbecue. Ce dernier a été licencié de la PNH.

Selon le rapport de la MINUJUSTH, des témoignages ont laissé croire que Pierre Richard Duplan se serait rendu sur place, avec trois policiers, Jimmy Chérizier alias Barbecue, Grégory Antoine alias Ti greg et Gustave alias Choupit, et s’était adressé aux membres de gangs en leur disant : « Nou touye twop moun, se pa misyon sa yo te bay nou ». Puis, il aurait quitté les lieux à bord de son véhicule. La présence du délégué départemental laisserait croire qu’une possible implication de ces représentants de l’Etat dans les événements, selon le rapport de l’ONU.

Le rapport d’enquête de la DCPJ a été acheminé, le mercredi 8 mai 2019, au cabinet du juge d’instruction Chavannes Etienne. Le 24 juillet 2019, M. Chavannes Etienne a écrit au directeur général de l’Immigration et de l’Emigration, Ciancuilli Joseph, pour interdire Fednel Monchéry (directeur général du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales) et Pierre Richard Duplan (délégué départemental de l’Ouest) de « quitter le territoire de la République par toutes les voies : aérienne, maritime et terrestre », soupçonnés d’avoir joué un rôle dans le massacre de La Saline.

Le 31 juillet, les deux présumés assassins du massacre perpétré à La Saline, Fédenel Monchéry et Pierre Richard Duplan, ont récusé le juge d’instruction, Chavanes Étienne, sur le dossier. Une manœuvre dénoncée par Me Mario Joseph, le patron du bureau des avocats internationaux BAI. Les deux présumés criminels visent à faire traîner le dossier, disait-il. Le président du BAI a également critiqué le juge Chavannes Etienne menant l’instruction de ce dossier. Le juge n’aurait pas dû diffuser la lettre adressée au directeur de l’immigration et de l’émigration interdisant aux deux sieurs de laisser le pays, disait-il, car l’instruction doit être secrète.

Fédenel Monchéry et Pierre Richard Duplan ont été démis, le 25 septembre 2019, de leurs fonctions face aux graves accusations pesant sur eux, ils ont longtemps été protégés par le pouvoir central. Depuis les deux hommes ont disparu dans la nature. C’est comme si justice était déjà rendue, ils sont donc innocents et mènent leur vie paisiblement.

Entre-temps, l’ancien policier Jimmy Chérizier, l’un des présumés assassins du massacre, activement recherché par la police, se joint avec d’autres chefs de gangs pour former une fédération de groupes armés dénommée G9 an fanmi e alye: manyen yonn, manyen tout.

«71 personnes assassinées, 2 autres portées disparues, 11 victimes de viols collectifs, 5 personnes blessées, 150 maisons vandalisées», selon le rapport du Réseau National des Droits Humains (RNDD), publié en décembre 2019. Ces familles et la société haïtienne attendent toujours que justice soit rendue, pour que les auteurs et coauteurs de ce massacre puissent répondre de leurs actes et purger leur peine.

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