Ce que cache la récente visite du Président Jovenel Moïse à la Cour Supérieure des Comptes

La visite du Président Jovenel Moïse à la Cour des Comptes le 21 juillet 2020 est symptomatique. Le Président a sollicité l’urgence pour l’approbation de projets qui y seront soumis. Mais, par-dessus tout, c’est la décrépitude de l’administration publique haïtienne qui est exposée.

Le président Jovenel Moïse a effectué, mardi 21 juillet 2020, une « visite de courtoisie » aux conseiller(ère)s de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA). C’était l’occasion pour le Chef de l’Etat de réclamer à la Cour le bénéfice de l’urgence sur de nombreux projets notamment ceux relatifs à l’électricité.

« Je viens d’effectuer une visite à la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CS/CCA) où je me suis entretenu avec les conseillers. Je tenais à rencontrer les membres de cette importante institution qui est un maillon fort du jeu démocratique », a écrit le président Moïse sur Tweeter

Le president de la CSC/CA, Rogavil Boisguéné, interviewé par Le Nouvelliste a confirmé l’information et précise :
« J’ai dit au président que la Cour n’a aucun problème, qu’elle est prête, à sa demande, à donner un traitement célère à ces dossiers. Toutefois cela se fera dans les limites de la loi ».

Le déplacement du Président à la CSC/CA devrait considérablement impacter l’évolution de nombreux problème. Malheureusement, il n’en est rien. Et, comme c’est toujours le cas. A en croire l’ancien Sénateur Sorel Hyacinthe qui intervenait sur la Radio Télévision Caraïbe à l’émission «Ranmase» ce samedi 1er août 2020, «aucun dossier n’a été acheminé à la Cour pour examen».

Or, depuis la déclaration du Président, la population haïtienne a les yeux rivés sur les membres de la Cour qui pourrait faire «obstacle» à l’exécutif suivant la perception. En demandant le bénéfice de l’urgence pour des projets dejà signés avec l’international qui n’ont jamais été soumis à la Cour pour « Avis favorable », l’on doit se poser des questions.

Par exemple, dans le cas du contrat signé avec Taïwan à hauteur de 150 millions de dollars pour la modernisation du réseau de distribution électrique, la loi fait exigence à ce que la Cour des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) donne son avis avant même la signature. Tel n’est pas le cas, tout a été fait en dehors des règles. Donc, en toute logique, la Cour devra statuer suivant « les limites de la loi». Seront-ils rejetés pour vice de forme ?

D’un point de vue politique, il y a-t-il tort de dire que l’exécutif recherche un bouc-émissaire ? En tenant compte du timing, cette visite a effectué à un moment où la population haïtienne fait face à la pire crise de rationnement électrique de son histoire:« deux (02) mois de black-out pour certaines zones de la capitale». Ajouté à cela, l’attente de l’accomplissement des promesses du président liées à la mise place du « courant 24/24 sur toute l’étendue du territoire.

La mise en déroute de la Sogener S.A qu’on croyait être le mal du pays n’a pas aidé la population haïtienne. Après, il est question de Mazout de mauvaise qualité vendu à l’État haïtien. Par qui? Pourquoi personne ne vas en prison?

Pour une fois, il semble que la Cour n’est plus vassalisée qu’autrefois. Sans quoi, des milliards de dollars du fonds Petrocaribe, du trésor public et d’aides internationales ne seraient volatilisés aussi facilement avec l’approbation des institutions étatiques.
« Tout ce que nous faisons, nous avons la loi comme boussole. Je suis content que le président soit passé pour avoir des informations alors que des gens insinuent que la Cour bloque tout. Ce n’est pas la Cour qui bloque mais la loi. Nous sommes obligés de respecter les dispositions légales », a répondu le président de l’instance de contrôle, ajoutant que la CSC/CA est un livre ouvert.

Fort de tou cela, il paraît fort difficile pour l’exécutif haïtien de parvenir au respect de son engagement rien que pour des raisons techniques. La célérité requise aux membres de la Cour pourrait être analyser comme une forme de pression d’une part; et/ ou un désengagement d’autre part en cas de rejet de la Cour pour non prise en compte des intérêts de l’Etat ou quelques motifs que se soient.

En effet, il est évident qu’au delà de toute considération d’ordre politique ou économique, il y a lieu de dire que les tenants de ce pouvoir comme ses précédents ont un problème grave avec l’application de la loi. La visite du président où il a eu l’occasion d’apprendre que la Cour a renvoyé de nombreux projets de son administration pour des faute de procédure dont 29 pour le compte du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) en est une preuve. Mais derrière tout ça, il y a la corruption comme mobile qui empêche toujours de bien faire. Il serait dupe de croire que toute l’administration publique soit teintée d’incompetants ou du moins tout est le « fruit du hasard ». Mais plutôt, c’est la volonté même de faire autant de «mal» que possible qui s’inscrit dans la durée. Et le Président, au lieu d’opter pour la droiture et le respect des normes ne fait qu’exposer la faiblesse de l’administration publique, renforcer les fossoyeurs de la république, etc. Peut-être, c’est le signe de la reconnaissance d’une défaite politique face aux espoirs de la population haïtienne.

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