« N’attendez rien. Risquez tout »: le billet de Ralph Emmanuel François à la jeunesse haïtienne

12 AOUT 2020- JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA JEUNESSE
MON BILLET À LA JEUNESSE
N’attendez rien. Risquez tout

Personne ne vous passera de torche ! Vous devez vous-même l’arracher. Je vous le Jure et croyez-moi si vous le voulez, on ne sait même pas où elle est cette torche.

« Ralph, je ne te sens pas en sécurité chaque fois que tu laisses la maison ». Cette phrase, lâchée fréquemment par ma mère, devient une litanie journalière. Et pire encore, je sais qu’elle a raison car on n’est pas trop audacieux à feinter l’intelligence émotionnelle d’une maman. Elle a 68 ans. Elle a la maladie de Parkinson. Elle souffre d’une arthrose cervicale. Elle vit avec des pertes auditives très sévères et elle sait qu’elle risque d’enterrer un deuxième fils. Je n’ai pas la moitié de son courage et je sais que je suis têtu comme elle.

À chaque fois je parle à ma fille de 9 ans, je ne peux rien lui garantir sur ma vie ici en Haïti dans dix ou peut-être quinze prochaines années. Je ne me sens pas exagéré si je disais que vous et moi sommes dans une période où même se projeter parait chimérique. Je sais que beaucoup d’entre vous affronte ce souci parental et cette inquiétude croissante et structurante où chaque retour à la maison devient presqu’une envolée de gloire. Notre amour de la vie et de notre pays risque de nous engloutir. Si je risque une parole durant cette journée du 12 Août 2020, c’est pour vous demander de l’aide. Cela peut paraître un peu bizarre qu’un ainé s’incline dans une lettre afin de solliciter l’appui de plus jeunes, mais je ne cesse de me regarder à travers vous, et du coup j’ai une mortelle envie de vous dévoiler mes erreurs quand j’avais votre âge et conséquemment à vous implorer de ne pas les reproduire.

Notre pari est celui de la décence et de l’empathie « collective ». Vous et moi avons la responsabilité de faire triompher, par élégance et humilité, l’intégrité et l’honnêteté, afin de réinventer le sanctuaire politique Haïtien. J’ai la ferme conviction que la bonne politique est désormais indispensable en ces moments si précieux de notre histoire. Et elle doit être collectivement pensée, développée, mûrie et mise en śuvre. Voilà pourquoi je vous conjure à exercer la pédagogie du consensus. Je veux faire un appel à la transcendance, non à la dichotomie puérile, épuisante et non conclusive ; à l’humilité, non à l’arrogance, la mégalomanie ou le surestime; à l’ authenticité, et non à la superficialité, le malin ou le cosmétique théâtral; et surtout au pragmatisme « collectif », le plus difficile à faire triompher. Notre optimisme est en guerre. Nous avons un pays à réinventer. Au-delà d’être de gauche, de droite ou de centre-gauche ou centre-droit.

Je vous en supplie de rejeter le syndrome de Grasye dans notre fameuse “ Lavi nan Bouk la”. Grasye de manière méchante et préméditée, a utilisé sa connaissance très limitée de l’anglais, pour s’offrir le malin plaisir de mentir à Bòs Masèl, et lui donner seulement 25 Usd, des 350 usd, que Papa Pyè lui a envoyés par chèque. Ils vivent dans le même “bouk” et vivent dans des conditions matérielles d’existence similaires. Mais, comme dirait l’autre chez nous : ” Grasye bon sou Masèl”. Notre défi est de frayer le chemin pour que la décence politique soit notre champion.

Haïti est en situation de coma institutionnelle, en crise de survie, et elle est beaucoup plus pauvre que les chiffres ne le représentent, car notre optimisme s’appauvrit plus vite que que ce que vous et moi vivons actuellement. Le temps est de décider qui sera notre champion : la politique ou le.la citoyen.ne. Vous devez décider si ce sera pire demain ou pas, et ma question à chacun. e de vous: Haïti mourra-t-elle? La semaine dernière, certain.e.s d’ entre vous m’ ont demandé de livrer ma compréhension de l’activisme et j’ ai eu un énorme plaisir à l’ illustrer par une histoire que Reagan a raconté en 1966. Trois maçons, sachant qu’ils sont hautement supervisés, devraient se représenter leurs tâches de manière à l’articuler le plus justement possible à leurs superviseurs. Le premier maçon affirme qu’il donne de la forme aux roches, avec le gravier. Le second enchaîne en disant qu ‘il en train d’élever un mûr, Et le dernier maçon finit pour renforcer que lui, il est en train de construire une cathédrale. Chacun participe à la construction de la cathédrale à sa façon, et chaque tâche confère un sens à a la vision. Pour moi c’est cela l’activisme. Une cohérence globale, consciente vers un idéal partagé et approprié.

L’activisme se joue sur quelques mètres dans une course de marathon. Pas trop vite, pas trop lent. Le temps et l’endurance détermineront le rythme. Il nous faudra Instaurer et renforcer la confiance et l’ambition, à travers la transparence, le courage et l’authenticité. James MacGregor Burns, un scientifique politique nous a prévenu : « Divorcé de l’éthique, le leadership est réduit à la gestion et la politique à une simple technique ». Je suis aussi triste comme je l’ai été il y a dix ans. Je crois qu’il reste encore quelques cartes à épuiser dans le jeu. Et vous êtes ces cartes. Risquez tout, même s’il est possible de sauver peu. Je vous côtoie assez souvent. Je vois du feu dans certains yeux et du chagrin dans certains autres. Je crois que chacun de vous devra donner tout ce qu’il peut, dans la mesure que sa survie le (la) lui permettra. Je crois aussi que vous pouvez bâtir cette alliance générationnelle pour décider de ce que le pays deviendra.

Nous sommes de la génération qui subit avec fracas, méchanceté, violence, et tyrannie le poids de la mauvaise politique ; mais aussi celle de la technologie, de l’innovation, de l’entreprise du changement climatique, et des multiples opportunités que nous n’avons même pas encore inventées. Personne ne vous passera de torche. Vous devez vous-même l’arracher. Je vous le Jure. On ne sait même pas où elle est cette torche. J’ai passé 37 années de ma vie à l’attendre et me voilà revenir aujourd’hui vous dire que ma plus grande faute a été de m’asseoir et espérer. N’attendez rien. Risquer tout, dans la mesure où votre conscience et votre courage vous l’exigeront. Le temps passe vraiment vite et vous serez sans pause. N’agissez jamais à demi-mesure en Haïti car le pessimisme est rationnellement certain, et l’optimisme est émotionnellement incertain car il se joue sur des śufs. Ce que vous et moi décidons aujourd’hui, en ce contexte orageux, déterminera le pays dans lequel vous et moi prendrons notre retraite.

Haïti a besoin de notre empathie, de notre patriotisme, de notre amour, de notre optimisme, de notre activisme et de notre pragmatisme.

Je vous aime. Aidez-moi. Aidez-vous et Aidez-nous !!

Expert en charisme
Activiste politique

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