C’est par le cœur que respire la femme haïtienne

Je me demande s’il existe sur terre une femme plus courageuse que l’haïtienne, un être apte à élever ses progénitures dans les pires conditions sociales. Sans rouspéter elle bat le fer, qu’il soit chaud ou froid. Que le métal soit de bon ou de mauvais aloi. Certainement vous qualifierez cette attitude de « résilience perverse », c’est quand même la marque fabrique de la femme haïtienne. Ces femmes, comme l’argue Dany Laferrière (2010), sont capables de traverser les pires tempêtes de la vie. Même si vous les bouchez violemment les narines pour les asphyxier, elles respireront par le cœur. Moi, je les surnomme « les militantes de l’espoir ». Comment rester indifférent devant leur génialité ?

En vérité je vous le dis, celui qui est aimé d’une haïtienne est à l’abri des coups du sort, pour singer Alfred de Musset (1836). Si vous la traitez avec respect, elle ne vous appartiendra uniquement en temps de paix, quand adviendra la guerre elle se mettra en position pour repousser les assauts . Elle vous supportera dans les bons tout comme dans les mauvais moments. En dépit de vos multiples frasques, sa conduite loyale sera la preuve suffisante de sa bonté, de son amour. Ses prouesses au lit, ah unique en son genre ! Une nuit dans ses bras suffit pour que vous perdiez la tête. Ses fesses saillantes, ses deux cuisses grosses et rondes et sa poitrine ornée de deux superbes tétons durs comme des pierres de mer vous attiseront, et plus jamais vous ne désireriez partir. Si elle vous laisse boire dans son eau, plus jamais vous n’aurez soif.

Existe-t-il un être plus résistant, coriace que les  » Madan sara  » ? Ces femmes qui deux jours après avoir enfanté font appel à toutes les ressources de leur être pour reprendre le pèlerinage sur le dos des camions déglingués afin d’aller écouler leurs produits tirés de la terre et pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants. La pluie, soleil, le vent, les tempêtes, les cyclones, rien ne les ébranle. Comme des pépins de pomme, elle écrase les obstacles. Elles ne sont pas du genre à plier l’échine sous les coups répétés du temps ; toujours prêtes à faire face aux soubresauts de la vie. Leur corps résiste à la misère comme la panthère des neiges résiste au froid. Non, pas besoin de craindre pour leur vie, leur intarissable créativité pour survivre reste un secret pour tout le monde sauf pour la divinité.

Ces femmes souvent battues, humiliées, vilipendées, exploitées par des hommes malandrins, mais qui malgré tout continuent à les cajoler, à les aimer de tout leur amour. La femme haïtienne est la porcelaine qui tombe et qui ne casse pas. Pour tout ce qu’elles ont enduré, on aurait dit qu’elles sont nées sous une mauvaise étoile. Grâce à elles, nous connaissons le goût du plaisir, nos mots obsolètes sonnent dans le vide. Elles nous ont appris à devenir raisonnablement, humainement et socialement responsables. Quand une femme travaille, assurément les chaudières peuvent aller au feu. Tandis que quand nous autres hommes travaillons, il n’y a pas trop d’espoir car trop de bouches à nourrir. Comment ne pas donner une nature divine à l’intelligence de ces êtres qui nous ont donné vie ?

À la maison, la femme est increvable ; lessive, défroisse et cuisine toujours. Le matin, elle est la première à être debout pour préparer le petit déjeuner pour toute la famille. Le soir, la dernière à fermer les yeux dans le souci de s’assurer que tout finit bien. Même si vous l’abandonniez à mi-chemin, jamais elle ne bazardera ses enfants ; assumera le rôle du père en plus de la mère sans pleurnicherie aucune. Au lieu de les larguer, elle aurait préféré s’adonner à de sales boulots, s’oublier pour assurer leur survie. Pour leur faciliter une vie différente de la sienne, elle travaillera sans répit, ne baissera jamais les bras, ne succombera à l’adversité. Ni la lumière ni l’obscurité, ni le chaud ni le froid, ni la sécheresse ni la pluie ne pourront avoir une influence sur sa destinée humaine. Aux dires de Frankétienne (1968), il nous faut apprendre à voir la femme avec un œil différent, non malsain, non pervers.

Nous devons révérer les haïtiennes délaissées par leur conjoint dans un lit de misère avec plusieurs enfants sous leurs bras et qui quand même ont trouvé le courage inouï d’aller vers l’avant. Grâce à des tours de magie financière, elles parviennent à les nourrir et à les vêtir. Elles les ont envoyés dans les écoles et universités huppées du pays quoique habitant dans des conditions inhumaines. Quel panache de ces femmes ! Seules elles accomplissent la mission sacrosainte des chefs de famille : veiller sur ses progénitures. Vénérons-les, elles ont permis à l’amour d’exister. Elles sèment le grain de l’amour pas « parce que » mais plutôt « malgré ». Ce sont elles qui sauvegardent en nous une parcelle d’humanité dans un univers déshumanisé.

À ces hommes qui ne songent qu’à jouer des jambes rien qu’en apprenant qu’ils seront papas, vous êtes des criminels ! Le grand amour s’effondre face à la bourrasque des responsabilités (Apollon,1997). Concevoir un enfant, vous êtes présents, les élever vous brillez par votre absence. Vous ne vous contentez que d’être  »Père » mais jamais  »Papa ». Vous oubliez que l’homme n’a pas uniquement un rôle de concepteur, il doit aussi protéger sa progéniture, fonder une famille saine et heureuse. Vous oubliez qu’avoir une famille c’est assurer la pérennité de son être, donner un sens à sa vie. Être au service de sa famille c’est toujours la comprendre et l’inculquer les valeurs morales et humaines ; déceler ses souffrances pour ensuite les apaiser. C’est aussi assister à sa lutte dans sa quête de bien-être ; la supporter sous la grêle des critiques ; l’aider à surmonter les obstacles, à affronter les brutales réalités de l’existence, à contourner les guets-apens qui jalonnent les sentiers ardus de la vie. Etre à son chevet jusqu’au dernier soupir.

Si ce sont les prouesses des femmes qui conditionnent le devenir de l’être humain sur terre, si ce sont les femmes qui donnent vie, si c’est la compassion, l’amour et le pardon d’une femme dont a besoin une famille pour vivre comme un arbre de racines, le bon Dieu est une femme (Corneille, 2005). Sacha Guitry (…) eut à dire : « Si la femme était bonne, Dieu en aurait une », mais qui lui dit que Dieu n’est pas une femme puisque nous ne faisons que fantasmer sur le sexe de Dieu ? Peut-être que la solitude de Dieu est dû au fait d’avoir trop d’enfants à veiller sur terre, dès lors n’a point de temps pour assouvir ses pulsions sexuelles. Et, les femmes sont les seuls êtres soucieux de leurs enfants au même niveau que Dieu. Quand les femmes ont beaucoup d’enfants, les hommes ne les intéressent guère ; tandis que les hommes, sont toujours à l’affût de nouvelles proies. Cela leur fait perdre la tête et leur brin d’humanité en engrossant par-ci par-là. C’est le signe indéniable que Dieu ne peut être un homme.

Alléluia pour la femme haïtienne !

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