Me Sonet Saint-Louis adresse une lettre ouverte au Premier Ministre, Jouthe pour dénoncer Rosemond Jean

Monsieur le Premier Ministre,
En ses bureaux

Port-au-Prince, ce 24 août 2020

Monsieur le Premier Ministre,

Madame Suzie Pierre, citoyenne américaine, et Monsieur Luckson Ervilus, sont propriétaires d’une maison située à Fragneauville, section communale de Saint-Martin, Commune de Delmas, laquelle leur a été dévolue par succession de leur feu époux et père Monsieur Guito Ervilus, acquise par ce dernier du sieur Jean-Claude Jasmin par acte de vente passé en l’étude du notaire Clermont Dossous en la résidence de Port-au-Prince, juridiction du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince.

Ces derniers habitent leur maison depuis plus de vingt trois (23) ans. Mais récemment ils ont eu la désagréable surprise de voir leur demeure investie manu militari par le Sieur Rosemond Jean qui dit agir pour le compte d’une certaine Katia, sa femme, laquelle prétend être la fille de feu Guito Ervilus.

Monsieur le Premier ministre,

Malgré vos déclarations allant dans le sens du respect de la propriété privée, aucune action tendant à protéger les citoyens victimes des cas de spoliation, de confiscation arbitraire de leurs biens, n’a encore été entreprise par votre administration. Au contraire les gangs opèrent avec encore plus de légitimité et de détermination. Les magistrats du Parquet, représentants du Pouvoir exécutif dans le judiciaire, en raison de leur dépendance à l’égard du ministère de la Justice font preuve d’une plus grande prudence dans les affaires personnelles ou sensibles impliquant les supporteurs du régime ou du gouvernement en place.

Il est bon de rappeler que la propriété privée est garantie par l’article 36 de la Constitution. Notre Charte fondamentale et nos lois interdisent à toute personne de s’accaparer des biens d’autrui par la force et la violence armée. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une société caractérisée aujourd’hui par l’absence de l’État de droit, où la Justice est inopérante, corrompue, asservie par le pouvoir et les forces d’argent. Le Pouvoir exécutif cumule tout et il n’est dès lors point étonnant qu’il ait tendance à anéantir tout qui barre la route à son penchant absolutiste. Votre administration qui n’est soumise à aucun contrôle, est tenue pour responsable de tout ce qui y est fait ou ce qu’elle manque de faire.

Monsieur le Premier Ministre,
Depuis quelques temps, avec la prise de fonction de votre gouvernement, la vie et les biens des citoyens sont en danger avec la prolifération des groupes armés qui ne cessent de commettre des crimes odieux choquant la conscience universelle : ils assassinent, violent et dérobent les biens des citoyens. Il est de notoriété publique que ces gangs travaillent pour le compte du pouvoir. Ces actes odieux relatés par les organisations de droits humains telles que le Réseau national des droits humains (RNDDH) et « Fondation Je Klere », sont commis dans un contexte général de persécutions politiques, d’assassinats, de meurtres, de vols et de viols collectifs, leurs auteurs profitant donc de l’impunité régnante.

Malgré les communiqués des ambassades occidentales appelant votre gouvernement à la responsabilité, aucune action d’envergure n’a jusqu’ici été lancée pour freiner la vague de violence qui s’est abattue sur le pays. Votre gouvernement, la justice haïtienne, le Haut-État major de la Police nationale ne peuvent nullement prétexter l’ignorance. Le silence de votre gouvernement peut être interprété comme un support actif sinon passif de ces actes. Refuser d’intervenir, c’est encourager et même supporter ceux qui violent systématiquement les droits fondamentaux de nos concitoyens.

Toujours est-il que ce refus d’agir vous met en infraction avec le respect des droits fondamentaux de la personne humaine. Il n’y a pas d’autorité sans responsabilité et c’est la raison pour laquelle les citoyens pointent du doigt votre gouvernement comme responsable de tous les actes perpétrés par les gangs armés contre les citoyens dans notre pays. Vous ne pouvez pas fermer vos yeux sur une évidence.

C’est parce que l’État, à travers ses institutions, ne peut manquer à son devoir de protection que l’Ambassadrice américaine en Haïti, Mme Michèle Sison, a dû publiquement vous rappeler que protéger la vie de vos citoyens est une exigence de votre fonction. Ce rappel public est une gifle pour votre gouvernement.

C’est dans le même sens que, devant le refus des autorités haïtiennes de réprimer les actes odieux de ceux qui travaillent pour le compte de votre gouvernement, que la représentante du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, madame Helen La Lime, vous a clairement fait comprendre que ces actes de violence commis par ces groupes armés en toute impunité, de par leur nature et le contexte de leur commission, sont des crimes internationaux, donc imprescriptibles et qui, de ce fait, peuvent être poursuivis dans l’ordre international comme dans l’ordre interne. Face à l’échec national, le chemin de l’universel s’ouvre. Quelle Honte !

Dans ce contexte général de persécution politique, où les droits humains sont bafoués, un seul acte peut être considéré comme un crime contre l’humanité. C’est aussi dans ce climat délétère de violence généralisée soutenue par une politique d’impunité pratiquée par l’État, qu’il faut situer les actes de Monsieur Rosemond Jean et de son groupe armé. En raison de votre inaction, qui ressemble à de la complicité, ces actes engagent directement la responsabilité de votre gouvernement. La commission de telles atrocités contre les innocents ne sont nullement la résultante d’un déficit de moyens de la Police nationale d’Haïti mais d’une absence de volonté affichée au plus haut sommet de l’État et semble participer d’une stratégie politique du Pouvoir d’exterminer certaines couches de la population haïtienne.

Monsieur le Premier ministre, il est évident que la vie des citoyens et leurs biens ont été systématiquement mis en danger. Monsieur Rosemond Jean, porte-parole et défenseur du pouvoir qui, il y a quelques mois, avait appelé à la guerre civile, est un assassin et un voleur notoire connu de la société haïtienne. Sans réfléchir à la nature éphémère de votre pouvoir, ce criminel qui bénéficie de l’appui de votre gouvernement, vole, tue et pille.

Avec la fin d’un pouvoir qui accepte de telles dérives, l’impunité disparaîtra, nous osons l’espérer. Mais soyez persuadé que vous aurez à rendre des comptes à la justice ainsi que ceux qui supportent ces crimes barbares contre l’intérêt du genre humain.

Les femmes et les filles qui sont violées, les citoyens qui sont massacrés, dépouillés de leurs biens, mettent directement en cause la responsabilité du Chef de l’État qui les abandonne à la violence arbitraire des groupes armés.

Je vous écris non dans le but de vous demander d’agir mais pour vous mettre devant votre responsabilité et faire part de l’indignation que cette famille éprouve face au caractère combien odieux et inacceptable des actes de ce criminel. La société haïtienne est révoltée de constater que ce sont les hommes au pouvoir qui violent et qui organisent le vol des biens des citoyens.
Le bruit court – et c’est une évidence – que Rosemond Jean et d’autres gangs travaillent pour votre gouvernement. L’autorisation de tuer, de voler et de violer leur a été donnée à titre de rémunération. Sinon comment expliquer l’incapacité feinte de votre gouvernement à réprimer les crimes commis par ces délinquants et à protéger les vies et les biens des citoyens en proie aux actions récurrentes des gangs armés ?

Sous le régime du Président Jovenel Moïse, l’État d’Haïti est devenu un haut-lieu du crime organisé. Monsieur Rosemond Jean en est la branche armée en ce qu’il s’occupe de criminalité économique et d’affaires illicites, pour le compte du régime en place. Il est aussi clair que cette œuvre colossale soigneusement protégée, ne peut pas être celle de criminels en col bleu. Il me semble qu’ils sont de simples exécutants à telle enseigne que le cri de désespoir des citoyens ne sensibilise ni la Police ni la jJstice, encore moins le Gouvernement. L’éthique a disparu dans la sphère étatique. Les autorités se fusionnent avec les bandits devenus légaux. Ceux-ci et les « représentants » de l’État se sont unis pour assurer la défaite du citoyen.

L’impunité dont jouissent les supporteurs armés de votre régime, vous empêche d’agir. Mais la justice viendra. Elle punira les bourreaux du peuple et dissuadera les potentiels criminels. Elle mettra fin à cette culture d’impunité qui a trop duré. Le droit sera au service de la justice et de la sécurité des citoyens.
La veuve de Guito Ervilus, née Suzie Pierre et son fils Luckson, trouveront justice lorsque l’État de droit reprendra ses droits, lorsque les institutions destinées à la mise en œuvre de l’État, seront prochainement rétablies, comme l’a souhaité monsieur Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain.
Vous ne serez plus capable de nier votre responsabilité et détourner la faute : il va falloir prendre vos responsabilités.

Des centaines de victimes attendent encore d’obtenir justice, réparation et reconnaissance.

Recevez mes salutations distinguées et patriotiques.
.

Me Sonet Saint-Louis Av
Tel 37368310
[email protected] Com
C.c Ambassade des États-Unis en Haïti
Ambassade du Canada en Haïti
Ambassade de France en Haïti
Bureau intégré des Nations Unies en Haïti
Organisations de défense des droits humains.

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