Qui sont les ennemis du peuple haïtien ?

Le cœur d’Haïti en lambeaux saigne. La médiocrité impose sa tyrannie. Les soulèvements, les manifestations violentes ruinent à petit feu les commerçants. Les bandits sèment la terreur. La mauvaise politique met constamment les vies humaines en danger. L’Haïtien abat pour un rien ses compatriotes. La classe moyenne jetée dans la misère. La bourgeoisie s’accapare des institutions étatiques, du coup défie les théories de Georg Wilhelm Hegel sur la relation entre l’Etat et la classe intermédiaire. Toutes les calamités s’abattent sur le paysan, avec son petit chapeau et sa tenue en haillons. Nous assistons à la descente aux enfers du pays. Les ennemis d’Haïti, marchant sur les pas de leur mission, festoient et ripaillent.

Qui sont les ennemis d’Haïti ? L’heure est donc venue de les attaquer avec la fureur d’un ouragan. Ceux-là qui par soif de richesses déclenchent une lutte inhumaine pour le contrôle du pouvoir social, politique, économique, culturel, médiatique. Dès lors discréditent l’Haïtien aux yeux des grandes puissances étrangères, quant à sa capacité à se gouverner lui-même, et donnent champ libre au discours faisant croire qu’il faut toujours un commandeur à l’Haïtien pour qu’il se comporte en civilisé. Plume à la main et l’amour du sol natal je dénonce les ennemis de ce pays insulté, humilié à l’extérieur.

Je pars du postulat selon lequel le poisson pourrit toujours par la tête. C’est-à-dire, les Elites sont les artisans de la débâcle haïtienne, elles qui devraient façonner le peuple, le pays. Il est à préciser que tous les éléments des Elites ne sont pas des ripoux. Notre objectif ici n’est pas de séparer le bon grain de l’ivraie mais de détruire cette dernière qui est sauvage et nuisible, mauvaise et méchante. À ce propos qui considérons-nous comme le premier ennemi du peuple? L’Etat (exécutif, législatif et judiciaire). Pourquoi donc ? Il n’est qu’au service de quelques fonctionnaires, de quelques bourgeois, de quelques familles. Alors que dans son acception usuelle il désigne l’ensemble des institutions et des services qui assurent la gouvernance d’un pays. Son rôle fondamental, assurer le bien-être de tous les citoyens indistinctement via des politiques publiques efficaces. Quoique Friedrich Engels (1884), à travers  »l’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat », fait de l’Etat une pure invention de la société bourgeoise dans une logique de sauvegarde de sa richesse. Hélas, soutient Michel Rolph Trouillot (1986), l’Etat haïtien demeure depuis sur Duvalier de sélection, d’exclusion, d’apartheid ; un Etat anti-éducatif ; un Etat à caractère mermercantile.

L’ennemi second du pays : la bourgeoisie haïtienne. Comme toutes les bourgeoisies du monde, elle est traversée par différentes tendances. Notre malheur, les bourgeois ennemis d’Haïti sont certes en minorité mais les plus dominateurs, les plus puissants de la classe bourgeoise. Avant de lancer la flèche dans leur camp, réfléchissons sur le concept ‘’Bourgeois’’. Dans l’analyse marxiste, le bourgeois est celui qui détient les moyens de production. Dans une autre mesure, il contribue au perfectionnement de son pays de par la culture des valeurs morales et humaines et la promotion de la production nationale, ce qui lui vaudra le respect. Sur ces entrefaites, que sont les bourgeois ennemis d’Haïti ? Ne sont-ils pas identiques à ceux qu’a connus la Russie à un moment de son histoire ? Nous apprend Ivan Gontcharoff (1859) à travers  »Scènes de la vie russe » en 1859 : « les bourgeois sont de fieffés coquins, qui débitent toutes sortes de marchandises frelatées, vendent à faux poids et à fausse mesure même au gouvernement, en un mot, de franches canailles ; de sorte que ces coups sont un châtiment mérité ». Pour m’approprier complètement de cette définition dans le cas d’Haïti, j’ajoute qu’ils ne sont pas éduqués pour contribuer au perfectionnement d’Haïti mais pour favoriser leur propre épanouissement. D’autre en plus, leurs actions et le déni du pays montrent qu’ils n’ont rien à voir avec la première république noire du monde.

L’analyste politique malhonnête fait partie des plus grands ennemis du peuple haïtien. Pour la simple et bonne raison qu’il use de son micro pour s’enrichir et tue la population par la manipulation de l’information et des analyses partisanes susceptibles d’orienter le vote du peuple vers des pleutres et des incultes lors des élections. Alexis Abdias l’identifie sous l’appellation farouche et taquine de  »Machann mikwo » (Tripfoumi, 2020). Pour masquer son trafic illicite et amadouer l’auditoire, il ne cesse de brandir l’étiquette de l’objectivité et de faire la fausse honnêteté. Croyant que tout lui est permis et que la bonne société le prend au sérieux, il s’introduit à toute heure dans les affaires d’autres médias pour faire la leçon et décrédibiliser les quelques analystes politiques honnêtes. Néanmoins, n’hésite pas à détourner tout mouvement de protestations du droit chemin pour grappiller quelques dollars des pouvoirs afin de se la couler douce. À partir d’un rien, sinon que son micro liquidé, il franchit les paliers sociaux en se faisant esclave de maison, chien de garde. Ecloper par l’oligarchie médiatique qui lui verse un salaire de misère loin de lui permettre de se reproduire convenablement, avec son micro il ravitaille et cause plus dégâts à la société que les balles d’un bandit.

La communauté internationale, elle bafoue la souveraineté et la dignité du peuple haïtien en détournant son vote et en élisant les pires crapules dans les hautes sphères de l’administration publique. Cette ingérence, quand un Haïtien s’y oppose elle brandit la question de la révocation de visa. Les rares fois où le peuple parvient à imposer sa voix, elle répond par des coups d’état. Il est d’un bon ton de préciser que les chefs d’État haïtiens se sont souvent fait duper par leurs soit disant amis étrangers. Or, précisait le général Charles de Gaulle, dans un entretien au magazine Paris Match le 9 décembre 1967 : << un grand pays n’a pas d’amis. Les hommes peuvent avoir des amis, pas les hommes d’Etat >>. René Dépestre a tellement bien caricaturé l’agissement des vautours de l’internationale qu’elle ne nécessite aucunement notre touche. Explique-t-il, ce sont des groupes économiques et financiers des pays occidentaux qui assurent la recolonisation économique, politique et culturelle d’Haïti. Etant donné que les pays n’ont pas d’amis, ils se disputent librement les terres, les plages, les mines de bauxite et de cuivre, le commerce, le tourisme bientôt le pétrole, et la conscience même du peuple haïtien. Car la pénétration économique impose avant tout une domination culturelle.

La classe moyenne est inconsciemment une ennemie du pays. Elle qui correspond à l’émergence entre classes populaires et classes aisées, d’une catégorie de la population ni riche ni pauvre (Lemonde, 2014). En Haïti elle est cette majorité silencieuse, cachée dans l’ombre, qui vit de payroll en payroll, entre la facilité et la pauvreté, qui a décidé de ne plus exister, de mourir et périr (Lenouvelliste, 2019). Dépolitisée dans la réalité, elle n’existe que virtuellement sur Twitter et Facebook (Ayibopost, 2019). Se croyant  » petit bourgeois » , elle vit dans une bulle, rêve d’une vie que sa passivité ne lui en procure. Le pays brûle ce n’est pas son affaire si sa vie n’est pas menacée, si elle peut se payer quelques bières et une bouillabaisse une fois par jour. Les enfants des masses sont décapités, brûlés vifs, violés, elle ne lève le petit doigt pour dénoncer ces crimes odieux. Tout ce qui compte, sa petite voiture, son petit commerce, son petit boulot, sa petite maison. Jusqu’à ce qu’un jour elle découvre qu’elle n’était nullement à l’abri. Les intellectuels de cette classe, leurs capacités à ramper rivalisent celles des vers de terre.

Sont aussi des ennemis d’Haïti : les politiqueux qui privent la jeunesse du pain de l’éducation ; les violeurs, agresseurs de femmes et d’enfants ; le patron qui offre un emploi en échange de sexe ; le dealer qui vend de la drogue à des mineurs, ce qui gâche l’avenir de la jeunesse et corrompt son esprit sain ; l’activiste politique qui alimente la guerre civile en Haïti en distribuant des armes à feu dans les ghettos, au lieu d’oeuvrer pour l’implantation des projets de développement ; l’entreprise qui n’honore pas son contrat ; les hommes faiseurs de familles monoparentales en engrossant par-ci par-là ; le juge, l’avocat qui liquident la justice comme on liquide un produit sur le point d’être avarié ; le pasteur qui roule sur l’or sur terre et qui prêche le bien-être à ses fidèles au paradis ; le jeune qui ne s’engage pas, qui ne lutte pas pour la liberté, la justice, la beauté et la vérité.

Et l’ennemi le plus dangereux d’Haïti : le politicien dont le visa américain change le caractère, émascule la combativité, rend stérile en esprit, enlève la liberté de la parole. Sachant l’importance de la famille dans la vie du politicien, l’aigle le tient par les couilles en créant les conditions pour qu’il résume sa vie à son nid. Lorsque les enfants du politicien naissent, vivent ou étudient dans son nid, cela renforce sa domination sur le pays. En cas de bilan médical, étant donné que le politicien néglige toute politique de santé en Haïti, il est obligé de rendre visite à l’aigle. Et il faut voir avec quelle fierté il dégobille : « m te fè yon rive kay èg la pou yon bilan medikal ». Ainsi, le visa à l’effigie de l’aigle fait partie des organes vitaux du politicien haïtien : son cœur et son cerveau. Il le pousse à trahir la cause du peuple. À cause de lui, la conscience du politicien décroit, se périclite jusqu’à entrainer avec elle tous les éléments moralement sains qui le constituent. Voilà pourquoi le pays n’a presque plus personne pour le défendre, pour lutter au nom de la liberté et la justice pour tous les opprimés.

Tous ces gens précités ont contribué d’une manière ou d’une autre à l’effondrement de la nation haïtienne. Ils sont responsables de la condition inhumaine de l’homme haïtien. Si partout où ce dernier met les pieds il est avili, décrié, la faute est aux Élites incapables de rehausser le prestige du pays en mettant le plus petit des Haïtiens à l’abri des besoins les plus élémentaires, de sortir le pays de la médiocrité dans laquelle elle végète. Ces dénigreurs, à les entendre on dirait qu’ils sont des saints. Seulement, plus délégitimés aux yeux de la population qu’eux, il n’en existe pas. Plus grands trafiquants d’armes à feu qu’eux, cet être est à fabriquer. Plus corrompus, arrogants qu’eux, ces tonneaux vides faisant la grande gorge toute la sainte journée, personne ne les égale . Plus malfaiteurs, détrousseurs de petits peuples qu’eux, ils en sont l’expression même. Plus pourlingues, rampeurs qu’eux, ils sont indétrônables. Plus soumis qu’eux, uniquement dans le monde des rêves l’esclave domestique peut leur tenir tête.

Cette liste des ennemis d’Haïti est loin d’être exhaustive. Il revient à vous chers lecteurs de la parachever. La meilleure conclusion serait d’inviter la nation entière à confier les règnes de la politique à des citoyens de caractère formés par l’étude, qui ont toujours nourri, cultivé, fortifié leur intelligence à cette fin (Delorme,1870) ; des hommes de science disposés à combattre la misère par le travail, à élever les institutions républicaines barbotant dans la bouillasse, à protéger les faibles contre les forts, à défendre les intérêts de la nation. Dans le cas contraire, l’Haïtien passera toute son existence à aller admirer le progrès ailleurs. Je sais que ces vérités frappées en médaille dérangent, mais la nation avant tout.

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