Grégory St Hilaire : Grandi à Vilage-de-Dieu, on m’a tué pour avoir choisi le chemin de l’éducation

(TripFoumi Enfo) – Je suis une exception à Village de Dieu ; l’un des rares jeunes grandis dans ce quartier de non droit qui a choisi de prendre le chemin de l’école au détriment des armes. Bien que mon cas soit une exception, je suis convaincu qu’il existe encore de nombreux jeunes qui font comme moi dans d’autres quartiers reputés dangereux. Mais à quelle fin? Pour se faire tuer sous les yeux du pouvoir en place par les bandits armés ou sous les balles assassines des agents de la force de l’ordre?

J’ai été abattu d’une balle ce vendredi 2 septembre aux locaux de l’École Normale Supérieure (ENS) par les agents de l’USGPN, ceux-là mêmes qui étaient censés former pour sauver des vies. Je ne suis pas un bandit encore moins un voleur, j’exigeais seulement avec toutes mes forces au Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) d’intégrer les étudiants finissant de ladite faculté au sein des écoles publiques du pays à titre de professeur, conformément au protocole d’accord signé entre le Ministère et l’École Normale.

Pourquoi m’ont-ils ôté la vie ? C’est sans doute parce que j’avais choisi le chemin de l’école ; parce les seules armes que j’avais étaient mes livres et mes cahiers ; si j’avais choisi de suivre la route que m’avait tracée mon environnent immédiat, celui de devenir bandit, je doute fort qu’ils m’auraient traité en parents pauvres. Car, j’aurais de quoi pour riposter face à leur barbarisme.

S’être armé dans le pays peut vous valoir la place d’une star. C’est rassuré que si j’étais un bandit tous les médias du pays seraient d’avi à m’accorder leurs micros ; le régime en place serait content de m’inviter dans des réunions ; la classe possédante serait prête à m’accorder des faveurs, à me donner des kitts… mais j’ai choisi le camp opposé – celui de l’éducation. Et comme récompense, ce choix m’a valu la mort.

Les morts par balles de Maître Monferrier Dorval (bâtonnier), Samul Mical (étudiant finissant en Agronomie à l’UEH), et tant d’autres encore montrent clairement qu’on est en plein essor d’un pouvoir sanguinaire ennemi de la connaissance. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils n’accorde aucune place à l’éducation dans leur budget annuel ; c’est pour cela que les professeurs sont les employés les plus sous-payés du pays. L’heure est venue pour mettre la fin à la médiocratie en Haïti. Réveillez-vous !

Je suis mort arme (livre) en mains en plein champ de bataille. Vous qui êtes étudiants ; vous qui m’avez connu ; vous qui êtes de la société civile ; ne pleurez pas ma mort, battez-vous de préférence ! Unissez-vous pour mettre fin à ce régime sanguinaire et médiocre ! Faites en sorte que je ne suis pas mort en vain ! Battez-vous avec toutes vos forces ! C’est bientôt la fin de la mediocratie rose en Haïti. Continuez ma bataille ! Faites en sorte que je ne suis pas mort en vain ! Sinon, jamais je ne me reposerai en paix.

En avant !

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