Vous avez assassiné Dessalines ; vous devriez en avoir honte

(TripFoumi Enfo) – Vous devriez avoir honte ! Honte d’avoir assassiné par vous-mêmes votre héros de l’indépendance : Jean Jacques Déssalines. Lui qui vous a délivré des mains de vos anciens colons blancs. Ces fils à Marie qui vous faisaient croire que vous êtes des fils et des filles du diable. Ces peaux à l’envers qui vous ont traité comme des bêtes sauvages, des démons, des clochards… Libérés de toutes ces atrocités et du joug de la domination blanche, comme récompense, vous avez tué votre libérateur. Ne devriez-vous pas en avoir honte ?

Quelle hypocrisie ! À chaque fois qu’un 17 octobre survient, sur tous les fils d’actualité de Facebook, de twitter, d’Instagram et de WhatsApp est hissé le portrait de l’empereur entaché de phrases, de maximes et d’articles qui prétendent faire son honneur. Une fois la date passée, il est vite tombé aux oubliettes. Dessalines n’aurait pas été content de voir cela. Honorons la vie, les oeuvres, les rêves et la feuille de route de nos ancêtres, et non leurs morts.

Chaque année, il est devenu coutume que le chef de l’État, accompagné du chef du gouvernement et plusieurs grands dignitaires de l’administration publique du pays, de se rendent à Pont-rouge, là où l’empereur a rendu ses derniers soupirs le 17 octobre 1806. Ce, pour prononcer des discours et laisser des gerbes de fleurs en mémoire du père fondateur de la patrie haïtienne. Ce samedi 17 octobre, à défaut du Pont-Rouge, Jovenel Moïse, Joseph Jouthe et plusieurs grands commis de l’État se sont rendus au MUPANAH pour faire une offrande florale en la mémoire de l’empereur. Encore de l’hypocrisie.

« Nou fete lanmò Desalin. Men nou pa fete lavi Desalin. Se li k ba nou lendepandans. Men nou dil mèsi ak yon konplo Pon Wouj […] » Extrait de la chanson de la formation musicale « Ram » dans son carnaval titré « Defile » en 2008.

Vous avez tué l’empereur alors qu’après l’indépendance, il combattait corps et âme pour une société juste et équitable. Aujourd’hui encore, sa mémoire est trainée dans la poussière, souillée dans la boue de la honte. Car, 214 ans après son assassinat, le pays est divisé en gens de bas (Lassaline, Delmas 2, Wharf Jérémie, Carrefour de l’aviation…) et de gens de haut (Kenskoff, Pèlerin, Laboule, Montagne Noire…).

214 ans après l’assassinat de Dessalines, des milliers d’Haïtiens de la masse paysanne peinent encore à avoir un logement décent, alors que la classe possédante est détentrice et héritière d’innombrables carreaux de terre. 214 ans après l’assassinat de l’empereur, des étrangers sont mêmes devenus possesseurs de grandes portions de terre alors que les haïtiens dorment dans les rues, sur les places publiques. Et les noirs dont leurs pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien? Petite piqure de rappelle aux dirigeants haitiens qui ne cessent d’assassiner l’empereur au quotidien alors qu’ils prétendent honorer sa mémoire chaque 17 octobre.

Assoiffé du pouvoir, vous avez ôté la vie du père fondateur de la Première République noire du monde. Aujourd’hui encore, en plein régime démocratique, vous tuez, massacrez, emprisonnez tous ceux et celles qui osent s’opposer à vous. Cessons d’assassiner l’empereur. Vous devriez avoir honte de n’avoir pas pu fonder la République dont a toujours rêvé le commandant en chef de l’armée indigène 216 après l’indépendance haïtienne, 214 ans après son assassinat. Mettons ensemble une fin à cette commémoration de la honte.

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