Ainsi parle le cimetière de Port-au-Prince

(TripFoumi Enof) – Les premier et deux novembre sont retenus par les vaudouisants haïtiens pour honorer ou vénérer leurs morts. Ces deux jours sont ceux des Guédés, esprits de la mort dans le vaudou, guidés par les Barons.

Il est 9h:33. Nous arrivons devant le portail du cimetière de Port-au-Prince. La barrière donnant sur la rue Monseigneur Guilloux en face de la rue Cameau. Contrairement aux habitudes, elle est largement ouverte. Ce n’est pas une chose facile, il est vrai, mais il s’agit d’un jour pas comme les autres. C’est le premier novembre, premier jour de Guédés.

Dehors étant, vous pouvez être embrassés par une voix vociférante venant de l’intérieur. Le soleil divorce d’avec le ciel de la capitale. Coups d’oeil dans tous les sens, nous avançons pour traverser la rue. Le portail franchi, nous voilà en plein coeur de la demeure des morts. Peinte en bleu et blanc, une église y est. Elle fonctionne, le temps pour les Chéritiens catholiques de célébrer La Toussaint en ce dimanche 1er novembre. Et c’est de là qu’arrive cette voix qui prend en otage l’intérieur ainsi que l’extérieur de ce cimetière aux tombeaux à étages en grande partie. Notre-Dame des sept douleurs, voilà le nom de cette chapelle plantée au milieu de la maison des de ceux qui sont déjà partis pour l’horizon.

Une poignée de fidèles, portant des masques, ont accès au culte conformément à ce qui est exigé. En revanche, bon nombre de gens attentifs a l’homélie, sans cache-nez, restent en dehors de l’espace. De temps en temps, une odeur dont on ne sait quel parfum grimpe au nez. En ce jour du premier novembre, le cimetière est comme un tableau aux effets de pinceau mauve et blanc.

Nous retournons vers une dame à qui nous demandons de nous indiquer le lieu où se trouve le Baron, esprit du panthéon du vodou haïtien, responsable du cimetière. Cet esprit est aussi celui par qui on doit passer si l’on veut obtenir quelque chose. La dame pointe son index vers un corridor bordé de tombes, question de nous montrer la voie à prendre à cet effet. Et l’on suit.

Tout le long du corridor, se trouve une multitude de personnes. Nous y serpentons, de manière à arriver à notre destination. Devant le Baron, on y est. Un peu à l’Ouest, à deux pas du Baron, il existe un tombeau sur le mur duquel est écrit : Bonne fête à tous les morts. Baron nous disons? Une grosse croix en mur. Quelques bougies allumées. D’autres, déjà éteintes. Du café et du vin se déversent sur le mur horizontal de la croix. « Père, reçois ma bougie, s’il-te-plaît », demande un homme à voix haute. Le petit espace est entouré de gens. Chacun y est pour des raisons les unes différentes des autres.

Un peu plus à côté, au Sud, deux jeunes garçons semblent chevauchés par le loa Guédé. Visages blanchis, les deux jeunes hommes chantent en nasillant. Tous les propos à caractère d’injures du répertoire haïtien sont scandés. Un des deux hommes se pimente le pénis, ce qui fait jaillir « men bon gede » de l’assistance. Habillées tout de blanc et avec mouchoir mauve qui enveloppe leur tête, quelques femmes sont en transe. La foule grossit à mesure qu’on approche du midi, le moitié de la journée.

Le soleil, après avoir lutté contre les nuages épais, met les pieds dehors. Entre temps, une bande de Rara crée l’ambiance dans la rue Mgr Guilloux à l’occasion de la fête des Guédés. Nous sortons pour voir ce dont il s’agit exactement. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du cimetière de Port-au-Prince, le public qu’on constate est très jeune, malgré tout ce qui se dit de mal à propos du vaudou. Cette affluence des jeunes vers le vaudou, consiste-t-elle une marche pour en finir avec le « bovarysme culturel » dont parle Jean Price Mars, auteur chef-d’œuvre Ainsi parla l’Oncle?

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