Un Président de la République doit toujours fuir les flatteurs

(TripFoumi Enfo) – Savez-vous pourquoi le Chef d’État haïtien échoue piteusement ? Les hommes qui l’entourent ne pensent qu’à eux-mêmes. Or la réussite de son mandat dépend amplement de la compétence, de la qualification, de l’honnêteté, de la fidélité, du caractère et du patriotisme de ses ministres, ses directeurs généraux et ses conseillers. Lesquels s’illustrent en faisant abstraction de leurs intérêts personnels, claniques pour faire prévaloir les intérêts suprêmes de la nation.

Le critérium à partir duquel le Président choisit ses collaborateurs indique si sa gouvernance sera bonne ou mauvaise. Si ces derniers sont des avares, attendez à ce qu’ils se sauvent avec les caisses de l’Etat. Des sous-hommes, des rampeurs, des foutriquets, ils transformeront le pays en quelque chose de vil et méprisable. Des infantophiles, les personnes impubères ou en début de puberté auront la vie dure. Des violeurs, en petite tenue les femmes s’exposeront aux agressions. Des criminels, personne ne sera en sécurité, le jour comme la nuit. Des jean-foutres, le savoir sera un crime et un péché.

Toutes les erreurs du Président de la République résident donc dans ses choix. C’est pourquoi il doit faire attention aux hommes qui s’expertisent dans la multiplication des flatteries. Je veux parler des lèche-bottes qui iraient jusqu’à lécher les semelles de ses chaussures pour croiser son regard ; les adulateurs qui sont prêts à ajouter une couche de peinture blanc sur son costume alors qu’il est déjà blanc ; les bonimenteurs qui, jouant au  » siveye rapòte », travestissent la pensée des leaders d’opinion dans une logique de pouvoir gagner de l’importance à ses yeux ; les génuflecteurs incapables de lui dire non et de l’orienter vers le droit chemin.

En effet, le président doit prendre en considération les avis contradictoires, les conseils de ceux qui lui disent la vérité sans passer par quatre chemins. C’est pourquoi il doit faire preuve d’une sagesse exemplaire, qui certainement ne donne pas libre cours aux attitudes irrespectueuses. Quant aux cire-pompes qui dissimulent la vérité sous le fatras des intérêts pécuniaires, s’en débarrasser il le doit indubitablement comme on se débarrasse des produits périmés. De toute manière c’est plus qu’une nécessité pour son avenir politique et la stabilité de son pouvoir. Par ailleurs ce sera pour sa perte si la vérité l’offense.

L’injure, un Président doit pouvoir en souffrir ; être en mesure de supporter n’importe quelle attaque. Parce que les perdants, même dans de bonnes conditions, sont toujours récalcitrants. Mais cela ne veut pas dire que l’opinion extérieure ne compte pas. Au lieu de s’affoler, le Président doit s’en servir pour s’améliorer. Les meilleurs conseils, on les déniche souvent dans l’opposition. Un opposant n’est pas quelqu’un de méchant, si bien sûr il n’est pas supporté par des groupes mafieux. Il ne cherche qu’à courtiser l’électorat en prélude aux prochaines élections. Toutes ses luttes ne visent que la prise du pouvoir. Voilà pourquoi il dénonce les moindres mauvais pas du pouvoir en place. Il pense pouvoir faire mieux, même si ce n’est pas toujours le cas.

Un Président doit prendre garde, s’abstenir de tout ce qui peut lui valoir le mépris, parmi lesquels le mensonge à outrance, la désinformation, le crime et la spoliation. Ils font perdre le prestige, détester du populaire. Ses erreurs, il doit toujours trouver quelques hommes de confiance prêts à les endosser sans se rechigner. Légalement élu dans des élections fondamentalement viciées, c’est-à-dire faible taux de participation et bourrage d’urnes, il doit chercher voire courtiser la légitimité populaire de par ses actions s’inscrivant dans une dynamique de pacification du pays, de renforcement des institutions et de tirement des masses par les cheveux de la boue du sous-développement.

Si le Président ne respecte pas ses promesses de campagne il doit s’attendre à des émeutes ; à ce qu’un orage de critiques s’abattent sur lui. S’il enfreint la loi alors il sera puni par des tentatives de coup d’état ou de destitution qui galvauderont son mandat. De ce fait, répondre à ses devoirs à partir des politiques publiques inclusives et participatives et une gestion parcimonieuse des fonds de l’Etat lui permettra de ne pas cavaler, de vivre agréablement dans son pays.

À l’approche de la fin de son mandat, pouvant être comparée à un navire qui coule, la solitude frappera à sa porte à coups redoublés. Lui seul, en bon capitaine, sombrera avec son navire. Cependant quelques membres de sa famille, ses amis de bouteille peuvent manifester leur allégeance. Quant aux opportunistes à culottes serrées et à grosses cravattes, ils l’abandonneront en catastrophe pour rejoindre le camp ennemi, paske moun sa yo se kote dlo a koule pi fre a yo toujou ye. C’est alors qu’il se rendra compte qu’il a été pour certaines personnes, qui se faisaient passer pour des honorables, une occasion pour se corrompre, s’enrichir. Mais il sera trop tard dans un monde trop vieux.

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