Haïti-sécurité, un objet de rêve ou de réalité?

Après le départ forcé de Jean Claude Duvalier, le 7 février 1986 ; les rapports entre les pouvoirs politiques et les forces de sécurité de la république sont des rapports de domination, soumission, et de conformité. De 1986 à 1994, l’ancienne armée a dominé, et soumis les forces politiques du pays pour qu’elles se conforment aux desiderata des haut-gradés de l’institution militaire. Après le retour à l’ordre constitutionnel avec le président Jean Bertrand Aristide, la nouvelle force de police est devenue la bête noire du pouvoir politique et elle a payé et continue de payer pour le péché originel des FAD’H.

Après la dissolution des Forces armées d’Haïti en décembre 1995, le pays ne cesse de mener une vie perturbée par des violences sporadiques.  Cet état de violence est devenu permanent et fait partie du quotidien des Haïtiens et de la vie nationale, ce qui est une entrave au développement économique du pays.

 Aujourd’hui, la société haïtienne est prise en otage par des bandits qui sont, soient des politiciens véreux ou des déviants sociaux, donnant ainsi naissance à une insécurité à la fois politique et criminelle.
L’État est dans l’incapacité d’assurer la sécurité de la population.  Les interventions militaires internationales au cours de ces deux dernières décennies s’avèrent infructueuses parce que la situation d’Haïti est différente des autres pays qui connaissent des conflits armés à basse intensité et la présence des militaires étrangers n’est nullement la solution du problème de sécurité qui sévit en Haïti.

Il est insensé de penser que la valse des chefs de police à la tête de l’institution policière peut résoudre à elle seule le problème d’insécurité chronique que le pays est en train de vivre. Il faut une volonté réelle des forces vives de la nation pour protéger la vie humaine dans une société qui en fait peu de cas. Le crime est un poison, mais l’antidote est notre volonté de changer notre comportement destructeur qui a fait tant de mal à la nation. Nos hommes politiques font de la politique sans connaissance du concept de pouvoir en politique et de ses méfaits si le pouvoir est mal géré par ceux qui l’exercent. Dans la société, pouvoir est la pierre angulaire des rapports entre les humains et les institutions politiques. Il est versatile, il faut avoir du talent politique et social pour l’exercer habilement. En réalité, le pouvoir est omnipotent et omniprésent dans la vie quotidienne, de la famille jusqu’à tréfond des organisations professionnelles, politiques, et administratives dans toutes les sociétés du monde. Dans le cas d’Haïti, notre culture d’intolérance doublée par la mauvaise foi de la classe politique haïtienne rend la pratique du pouvoir comme un cocktail de cyanure pour le peuple haïtien.

En somme, la police nationale dès sa création, est une machine neuve dont les pièces sont mal articulées et synchronisées dans un moteur non huilé.  De nos jours, les gens perçoivent la police comme une force parasite, détestée, inefficace et mal gérée avec l’émergence des crimes organisés dans l’enceinte de l’institution. La pauvreté abjecte dans laquelle vit le peuple, et la corruption généralisée des institutions étatiques font du concept de sécurité nationale du pays un chimère. Haïti est devenue un pays ou l’impunité est la loi mère de la nation.

Dr. Wenceslas Douzable
Spécialiste en Education et Sécurité

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