Kebert Bastien ou le militantisme mis en chanson sur fond d’esthétique

(TripFoumi Enfo) – Le philosophe français, Jean-Paul Sartre, s’est interéssé aux artistes. Ainsi, dans son système philosophique, est artiste, celui qui crée du beau et qui s’engage, par l’entremise de ses œuvres, à transformer la réalité d’une communauté. Et Kebert Bastien se situe, à bien des égards, dans le sillage de cette vision philosophique de Sartre concernant l’artiste et sa création.

Kebert Bastien a fait ses premiers pas dans la musique à l’âge de 6 ans. Il chante, et bien. Ses chansons conscientisent, donc tendent à remuer le couteau dans la plaie en vue de faire tomber ce système, qui privatise la vie. C’est une voix qui arpente les arcanes de la réalité socio-économique et politique d’Haïti. C’est une voix qui fusille, et à bonnes enseignes.

Né dans la commune de Saint Louis du Nord, département du Nord’Ouest, KEB, de son nom de scène, est connu pour ses chansons acides prônant une tabula rasa si cela peut permettre une meilleure répartition des richesses du pays. A l’instar de Joseph Emmanuel Charlemagne, dit manno Charlemagne, ou de John Steve Brunache, KEB est une pensée mise au service d’une cause commune. Conscient de son appartenance à la société, il dénonce, entre autes l’impérialisme, l’État, le système éducatif haïtien et l’occupation du territoire national par des forces étrangères.

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Qui d’entre nous ne connait pas ce hit satirique de KEB « Palè nasyonal » ? Dans ce morceau, par sa voix, l’artiste flâne, dans les chambres et le couloir du « palais national ». Abattoir, symbole de lahonte, laboratoire suicide, voilà, pour lui, ce que symbolise le palais présidentiel où, selon l’artiste, la misère du peuple haïtien est planifiée pr les dirigeants haïtiens sous la complicité de la bourgeoisie du pays et de la communauté internationale.

« Merde » son premier single sorti en 2013, a été choisi pour être le titre de son premier album paru en 2014, donc un éponyme. 12 morceaux y ont été gravés. À travers ces 12 titres, l’artiste s’en prend à l’église, à l’État et à l’amour. Il s’agit d’un coup de pied dans la fourmilière de la planifiaction de tous les maux du pays. « Merde » se veut dénonciateur et préconise un changement dans le pays. C’est néanmoins un KEB dans la peau des auteurs absurdes comme Albert Camus. Le gutariste dit merde à la vie et à tout ce qui l’emmerde.

2 ans après, la voix de « kay masèl » sort un autre album titré « Pwennfèpa » à loccasion des 100 ans de l’occupation américaine du pays (1915-1934). L’Opus de 17 morceaux dénonce l’imiscion des pays étrangers, notamment des États-Unis, dans les affaires internes d’Haïti. Il pointe du doigt la république étoilée comme responsable du mal du pays. À l’instar de Jacques Roumain dans son chef-d’œuvre « Gouverneurs de la Rosée », Kebert Bastien croit qu’un homme utile à sa communauté ne meurt jamais. Et le titre « Chalmay peralt » confirme cela. Moun k ap batay pa mouri !

Productif comme lui seul, KEB sort un autre disque le 19 février 2019 : école nord-mâle. Il s’agit d’une plongée dans le système éducatif haïtien pour saisir, à partir de l’accord signé entre Haïti et le Saint siège en 1860, les mécanismes par lesquels le lettré haïtien fait fi de son environnement. Par ailleurs, école nord-mâle plaide pour une école à une seule vitesse, ce qui donnerait lieu à une égalité de chance entre les individus.

Malgré le coronavirus, le chanteur sort cette année « Barikad lamou », album contenant 13 morceaux. C’est à acheter et à écouter sans modération. Kebert Bastien chante la souffrance du peuple haïtien. Il fait de sa musique un lieu de promotion d’autres valeurs pour une nouvelle Haïti. Quand la musique ne suffit pas, la voix de « intellectuel colonisé » descend dans les rues, comme d’autres citoyens, pour exiger le respect de ses droits.

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