Urgence dans L’urgence

Il est de coutume pour la rédaction de TFE de partir à la rencontre des plus grands à travers leurs réflexions pratiques pour une nouvelle Haïti. Pour amorcer les fêtes de fin d’année, le Dr Francinor Dorcelus a décidé de solliciter l’urgence dans l’urgence.

Lisons l’intégralité du texte pour savourer les réflexions d’un citoyen.

Ce pléonasme vicieux fait de deux mots dérivés d’une même racine sémantique marque une trilogie de l’urgence de l’heure dans la situation actuelle s’enlise Haïti :

C’est donc un besoin urgent de justice sociale , un besoin urgent de justice politique et un besoin urgent de justice dans la justice.

Le terme justice , pris d’un coup, revêt d’une importance cruciale. Jamais il n’y a eu de société oú cette soif de justice si intense ne s’est étanchée. Ce besoin urgent est toujours de l’heure même si nous reconnaissons qu’il y a eu de grandes avancées dans les sociétés les plus régulées. Avoir soif de la justice est une très bonne chose “Heureux ceux qui ont faim et soif de justice “ dixit le Maitre.

1- Un besoin de justice Sociale

Le premier besoin de l’homme c’est le manger. Le créateur a bien pourvu la nature en ce sens. Cependant, les choses sont ce qu’elles sont. Historiquement, les petits pays ont grandement subi les méfaits des Grandes puissances. En Haïti , les revendications les plus fréquentes des déshérités portent sur les besoins essentiels à leur survie: le pain, la santé, le logis; la non satisfaction de ces besoins constitue une forme de violence qui peut éveiller en eux un esprit revanchard contre les nantis dont l‘opulence est regardée non sans raison d’ailleurs, comme une insulte.

En fait, cette soif de justice sociale en Haïti, ce n’est pas tant qu’il y ait d’un côté, des dominateurs et des exploiteurs – car il y en a dans tous les pays. Et de l’autre, des dominés et exploités, mais plutôt la brutalité même de la stratification, avec pour quelques uns un revenu colossal et des privilèges subsidiaires, pour d’autres un revenu faible, pour d’autres encore , fort nombreux, rien, la misère absolue, l’incertitude du lendemain, la maladie, l’ignorance, le sort des laissés pour compte.
Le problème ressort ainsi de l’inéquitable distribution du revenu, de la santé et du savoir.

Dans cet abîme colossal, il est bon de rappeler qu’en haut de l’échelle sociale se situent 5% de la population qui se partagent la part de la richesse du pays.

Ce castéisme se voit à l’œil nu. Tandis qu’au milieu, s’il y en a une actuellement en Haïti se trouve la classe dite moyenne puis en bas de l’échelle se retrouvent les déshérités de tous les sorts .
Le temps nous manque de signaler les “kleptocrates “ qui, jour après jour, amenuisent les finances publiques. Ils combinent pour le profit et conspirent finalement pour maintenir les déshérités dans la crasse la plus humiliante, la plus déshumanisante. A cela nous crions haro!

2 – Un besoin urgent de justice politique

Nos deux siècles d’indépendance salis par des années d’occupation, conséquence de nos déchirements fratricides commencés depuis l’assassinat de l’Empéreur de la nation et de la scission du pays par Pétion et Christophe. Puis, le pays a connu deux périodes phares respectivement sous les régimes de Boyer et des Duvalier. Deux vastes périodes autocratiques de main mise convaincue et exaltée sur la chose publique. Selon ce constat malheureux la décadence du pays a pris son accélération fulgurante à la chute du régime Duvalieriste en 1986. Depuis lors, Haiti va de décadence en décadence. Quelle dédale !

L’ancienne école politique a échoué lamentablement dans la trop mauvaise gestion de la chose publique et il est donc impératif de se tourner vers une nouvelle classe politique avec la nouvelle génération qui saura insuffler les idées génératrices de changement. Mais pour ce miracle, il nous faut une nouvelle mentalité de jeunesse capable de faire le dépassement de soi pour l’avancement de soi car, dit-on, il n’y a pas de génération spontanée .

3- Un besoin de justice dans la justice

“La justice élève une Nation”. Lisons–nous dans le livre des livres. Or, selon la théorie classique de la séparation des pouvoirs, le pouvoir judiciaire a pour rôle de s’assurer de l’équilibre social, politique et financier du pays. Dans le traité de la nature humaine, David Hume définit les conditions élémentaires qui déterminent la réflexion moderne sur la justice. Il affirme en effet que celle-ci naît de conventions humaines qui ont pour but de remédier à des inconvénients issus de la rencontre entre certaines qualités de notre esprit et la disposition des choses extérieures parmi lesquelles nous nous trouvons placés. Les qualités de notre esprit sont l’égoïsme et une générosité limitée, tandis que les dispositions des choses extérieures sont d’une part leur rareté relative par rapport aux besoins et aux désirs des hommes et d’autre part de la facilité que nous avons de les échanger les unes contre les autres. C’est dans une situation marquée par ce genre de facteurs que surgissent les questions de justice, c’est à dire les questions de répartition des biens et des droits entre les différents individus qui composent la société .
La justice est ainsi une vertu <>, un remède à une situation faite d’égoïsme subjectif et de rareté objective et qui empêche les hommes de jouir des choses en commun et qui les contraint à distinguer leurs possessions. Elle est aussi la forme morale de substitution que prennent les rapports entre des individus qui, fondamentalement, ne sont pas essentiellement animés par la bienveillance.

L’intuition humaine nous permet ainsi de comprendre pourquoi les doctrines contemporaines de la justice sont avant tout des tentatives pour formuler le critère auquel doivent recourir les institutions sociales <>.

Depuis plus d’une décennie colloque sur colloque, on entend parler de réforme de la justice haïtienne, de déblocage du système judiciaire, de la problématique du fonctionnement du système judiciaire haïtien, de la participation citoyenne. Que sais – je ? Mais rien n’est jamais fait et les choses s’empirent. On dirait par idiosyncrasie que l’haïtien serait incapable de se relever.

A tort ! Tout se passe d’abord par un changement de mentalité qui se débouche ensuite sur une conscience nationale avérée, ce qui permettra de résoudre, dans un système judiciaire fort; le tissu social sauvagement décousu depuis l’assassinat de l’empereur. Voilà l’urgence de l’heure.
Voilà l’urgence dans l’urgence.

A chaque fils et fille de la patrie bien aimée, à vous de faire ce pas géant dans la bonne direction, non en s’entre-tuant , mais en s’entraidant.
Que chacun et chacune prennent conscience de la situation. On ne peut pas être plus périlleuse que dans laquelle situation se trouve enfoncé notre pays.

Que chacun, surtout ceux qui sont au timon des choses publiques comme ceux qui ne le sont pas, fasse son Mea Culpa devant l’autel de la patrie. Car tous, dès l’orée des jours de nos aïeux, nous serons grandement coupables.

Qu’en ces derniers jours marquant l’issue de l’année 2020, Qu’en chaque Haïtien – gouvernant et gouverné – regarde l’autre les yeux dans les yeux et se demandent honteusement : qu’allons nous faire de ce pays !
S’il reste encore en l’haïtien quelque dignité , quelque fierté nationaliste, montrons -le au monde car nous l’avons déjà étonné en 1804. Nous pouvons encore le refaire dans les jours à venir.

Allons ! Levons-nous ! Reconstruisons notre pays sur la base d’une justice forte avec les institutions Républicaines à reconstruire et pour d’autres, à consolider. Voilà, chers compatriotes, cette urgence dans l’urgence !

Dr Francinor Dorcelus
Directeur du Centre des Examens et de Collation de diplômes de Madison à Port-au-Prince . Professeur des Universités .

Back to top button

Adblock Detected

Please consider supporting us by disabling your ad blocker