Un Adolf Hitler en plein cœur des Caraïbes

Avec le soutien des États-Unis d’Amérique, un Adolf Hitler s’installe en plein cœur des Caraïbes, massacre, emprisonne et pourchasse tous ceux et celles qui réclament la démocratie en Haïti. S’agit-il d’une politique néocolonialiste ou de l’indifférence envers le peuple haïtien?

Cette situation n’est pas nouvelle, elle s’était déjà produite à plusieurs reprises dans notre histoire de peuple. La première fois, c’était de 1804 à 1865, une période à laquelle aucun État du monde colonialiste ne voulait reconnaitre l’indépendance haïtienne, malgré des avantages commerciaux qu’ils avaient des premiers gouvernements haïtiens. Ces États préféraient à l’époque s’aligner du côté du bourreau (la France) qu’au lieu des victimes (les Haïtiens fraichement brisés le joug de l’esclavage). La situation des Canadiens français à l’époque n’était pas différente, puisqu’ils étaient sous le joug anglais.


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Jovadolf Mohitler au cœur de la Caraibes
La deuxième période s’étendait de 1957 à 1986, lorsque des « régimes sultaniques » (Max Weber) s’installaient à plusieurs endroits des Amériques : au Chili, en Haïti, en République dominicaine, au Guatemala, etc. Avec le soutien de Washington, ils tuaient, massacraient, emprisonnaient, disparaitraient, s’exilaient tous ceux et celles qui avaient une idéologie politique contraire ou réclamaient la démocratie comme système de gouvernance. Pour justifier leurs actes, ils prétendaient que ces gens étaient marxistes, puisqu’ils avaient le pouvoir de vie et de mort sur leurs concitoyens. Pendant cette période, être marxiste ou communiste était considéré comme un crime. Personne ne sait jusqu’à présent, combien de personnes qui sont sacrifiées ou disparues sous ce prétexte. En Haïti, jusqu’à présent, il n’y a ni justice, ni excuse publique ou pardon pour ces victimes. Elles continuent à vivre avec leur traumatisme puisque l’impunité devient la règle.

Aujourd’hui encore, malheureusement, ces mêmes pratiques continuent à se reproduire en plein cœur des Amériques, en Haïti. Avec le soutien des États-Unis de Donald Trump et de l’indifférence de certains pays et organisations internationales (Canada, l’ONU, l’OEA, etc.), Jovenel Moise installe une dictature en Haïti, qui tue, emprisonne et pousse des gens à l’exil. Diriger sans parlement depuis janvier 2020, Jovenel Moise a déjà pris plus d’une trentaine de décrets et arrêtés qui anéantissent toutes les institutions du pays et restreignent du même coup les droits des citoyens.

Élu président dans des conditions douteuses, en 2016, Jovenel Moise est arrivé au pouvoir après les élections contestées de 2015. Une élection qui a été partiellement reprise pour la présidence, mais sans une nouvelle inscription des candidats puisque c’était la même élection. Il a prêté serment le 7 février 2017 et son mandat arrive à terme le 7 février 2021, selon les veaux de la constitution de 1987 et de la loi électorale de 2015. Les articles 134-2 et 134-3 de la constitution se lisent ainsi : « Le président élu entre en fonction le 7 février suivant la date de son élection. Au cas où le scrutin ne peut avoir lieu avant le 7 février, le président élu entre en fonction immédiatement après la validation du scrutin et son mandat est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l’élection »; « Le Président de la République ne peut bénéficier de prolongation de mandat […] ». En outre, l’article 239 de la loi électorale de 2015 sous laquelle le président est élu stipule : « Afin d’harmoniser le temps constitutionnel et le temps électoral, à l’occasion d’élections organisées en dehors du temps constitutionnel, pour quelque raison que ce soit, les mandats des élus arrivent à terme de la manière suivante : a) le mandat du Président de la République prend fin obligatoirement le 7 février de la cinquième année de son mandat quelle que soit la date de son entrée en fonction; b) le mandat des sénateurs prend fin le deuxième lundi de janvier de la sixième année de leur mandat, quelle que soit la date de leur entrée en fonction ».

En fait, les députés et les sénateurs issus de ces mêmes élections ont tous quitté le parlement le deuxième lundi de janvier de 2020. Les sénateurs qui étaient élus pour six ans ont vu leur mandant écourter le même jour par un tweet du président de la République. Sans dialogue, sans compromis et sans accord politique, le président a envoyé des policiers aposter devant le parlement pour empêcher ces sénateurs de terminer leur mandant constitutionnel. Depuis lors, la velléité dictatoriale que nourrit le président depuis la prise du pouvoir devient une réalité. L’autoritarisme prend la démocratie en état, Haïti bascule totalement dans la dictature.

Jovenel Moise veut interpréter la constitution à sa manière, il l’a appliquée pour les députés et les sénateurs, les maires, et non pour lui. Il ne compte pas laisser le pouvoir le 7 février 2021. Les élections n’ont jamais tenu pour remplacer les élus de 2015, le président dirige ce pays seul depuis janvier 2020. Il prend des décrets par-ci et par-là sur toute sorte de sujets pour restreindre les droits des personnes. Il n’écoute que lui et l’Ambassade américaine à Port-au-Prince.

Despotisme
En effet, depuis 2018, il y a dans ce pays un mouvement de protestation contre la corruption. Le nom du président et plusieurs hauts cadres du régime PHTK sont cités dans des actes de corruption, et particulièrement dans le rapport Petrocaribe (https://www.cscca.gouv.ht/rapports_petro_caribe.php). Rien n’a été fait jusqu’ici pour donner suite aux revendications du peuple. Les manifestations sont réprimées dans le sang et plusieurs massacres se sont déjà perpétrés contre la population par des gangs armés travaillant à la solde du pouvoir. C’est le cas par exemple, des massacres de la Saline du 12 et 13 novembre 2018 (Nouvelliste, 196236) et du Bélair du 4 au 6 novembre 2019 (https://www.haitilibre.com/docs/20200217-Haiti-Rapport%20Bel-Air-final-master-version.pdf), qui ont fait plus d’une centaine de morts.

La Cour supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), la seule institution qui résistait à l’assaut du président depuis son arrivée au pouvoir, voit ses attributions restreindre par un décret pris en date du 6 novembre 2020. Ce décret enlève le pouvoir de contrôle de la Cour sur les dépenses publiques. L’article 1er alinéa 2 de ce décret stipule : « En toute matière, l’avis de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif est consultatif : s’il est obligatoirement requis, il ne lie la Commission nationale des marchés publics, ni les autorités du pouvoir, ni les ordonnateurs, et ne saurait paralyser ou empêcher la conclusion des contrats, accords et conventions mentionnés au premier alinéa ». Ainsi, l’article 4 se lit : « […] En aucun cas, l’exécution d’un contrat approuvé par la Commission Nationale des Marchés Publics ne peut être bloquée par un avis de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif » (Moniteur, #35). De cette date, le contrôle de l’argent de l’État est sous la seule responsabilité du président.

Sans consultation, sans compromis et sans aucun accord politique, le président Jovenel Moise avait pris le 18 septembre 2020, un arrêté nommant les 9 membres du Conseil électoral provisoire (CEP) en dehors des normes constitutionnelles et des lois du pays (Moniteur #151). Tous les quartiers populaires du pays sont sous le contrôle des gangs armés de mèche avec le pouvoir en place. Les enlèvements, les assassinats et les kidnappings deviennent monnaies courantes. Personne n’est épargné de ce phénomène : des avocats (bâtonnier Monferrier Dorval), des médecins, des écoliers (Évelyne Sincère), etc., sont enlevés et assassinés.

La Commission nationale de désarmement et de réinsertion (CNDDR) mise en place par le président de concert avec les Nations Unies a dénombré plus de 76 réseaux de gangs dans ce pays, en 2019 (Nouvelliste, 208474). Ce nombre s’accroit depuis lors. Aujourd’hui, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, tous ces réseaux de gans se sont fédérés sous l’autorité du puissant chef de Gang Jimmy Chérisier, alias Barbecue, le principal suspect dans le massacre de La Saline. Aucune tentative d’arrestation n’a effectué jusqu’ici contre lui, malgré les recommandations de l’ONU et des organisations des droits humains. Ces gangs fonctionnent en toute impunité au vu et au su de tout le monde. Ils servent de stratégies pour mater les manifestations de rue, en créant la peur chez les individus. Ils servent aussi de stratégies électorales afin de demeurer au pouvoir par des élections frauduleuses.

Sans consultation, sans accord politique, de façon unilatérale, Jovenel Moise a nommé un comité consultatif de cinq membres, le 30 octobre 2020, pour élaborer un projet constitutionnel. Malgré la contestation de tous les secteurs de ce pays, il a l’installé avec mission de remettre le projet au premier trimestre 2021.

Afin de réprimer légalement les manifestations de rue, Jovenel Moise a publié un décret le 26 novembre 2020, baptisant « Décret sur la sécurité publique » (Moniteur spécial # 40) dans le lequel sont qualifié d’actes terroristes et infractions « enlèvement, barricades sur la voie publique, destruction de biens, détention d’armes illégales ». Tout contrevenant à ces règles peut payer jusqu’à un milliard de gourdes et se voit infliger une peine de 50 ans de prison. L’intention de ce décret réside dans l’article 1er l’alinéa 2 qui stipule : « le fait d’embarrasser la voie publique, en y déposant, en y laissant des matériaux ou des choses quelconques dans le but d’empêcher ou de diminuer la liberté ou la sûreté du passage […] » sont considéré comme des actes terroristes.

En fait, depuis la prise de fonction de cet homme, ce pays sombre dans une violence aveugle. La corruption devient une norme de promotion pour certains fonctionnaires de l’État. Un ancien ministre des affaires sociales impliqué dans un scandale de corruption de kits scolaires se voit propulser au poste d’ambassadeur d’Haïti à l’UNESCO. Le ministre actuel de la Justice était révoqué comme procureur de la juridiction du Cap-Haïtien pour manquement à l’éthique professionnel et absence au travail, devient le directeur de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) avant de propulser au poste de Garde des sceaux de la République. Le président lui-même avait été accusé de blanchiment des avoirs avant son accession à la première magistrature de l’État, n’a jamais répondu aux questions de la justice, malgré des invitations successives.

La terreur devient une arme politique pour garder le pouvoir. Des dizaines de militants politiques croupissent derrière les barreaux pour avoir participé dans des manifestations contre le pouvoir, sans compter ceux et celles qui sont assassinés pour leur conviction politique. Les rapports de la Fondasyon je klere du 8 novembre 2019 (https://fjkl.org.ht/images/doc/FJKL_Repression_Politique.pdf) et du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) sont des outils pour comprendre ce qui se passe actuellement en Haïti. De juin 2020 à aujourd’hui, la situation devient dramatique avec des assassinats en série et des cas d’enlèvement qui ne cessent de faire pleurer les Haïtiens.

En somme, tous ces actes se sont produits au vu et su du syndicat des pays « démocratiques » à Port-au-Prince appelés Core Groupe, dirigé par l’Ambassadrice américaine. L’objectif de ce syndicat est de maintenir Jovenel Moise au pouvoir pour garantir ses intérêts, même au détriment de la démocratie. La loyauté de cet homme envers Washington devient un passeport pour violer les droits du peuple haïtien qui ne cesse de réclamer sa démission pour corruption. Le soutien indéfectible de l’administration Trump au dictateur Jovenel Moise et l’indifférence des « pays amis » au sort du peuple haïtien peuvent être qualifiés de néocolonialisme et racisme. Les États-Unis n’accepteraient jamais qu’une telle situation se produisît dans un pays « blanc » en Amérique ou ailleurs. Regarder ce qui s’était passé en Bolivie avec Evo Morales, c’était du néocolonialisme. Aujourd’hui, avec l’élection de Luis Arce, la politique néocoloniale a été défaite au profit de la volonté populaire.

Le Drapeau officiel de la République d’Haïti
Le discours facile veut faire croire que ce qui est en train de se passer en Haïti concerne les Haïtiens. La démocratie est un système universel. Ses règles peuvent être appliquées dans n’importe quel pays pourvu qu’il y ait la volonté politique. Il n’existe pas une démocratie à l’haïtienne. La communauté internationale a le devoir d’aider ce pays qui vient de subir l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité en 2010. Minée par la corruption interne et externe, Haïti se trouve aujourd’hui sur la route d’une tempête politique qui pourrait compromettre son avenir. Seule la raison consciencieuse des acteurs pourrait dévier la trajectoire de cette tempête. Mesdames et Messieurs de la communauté internationale, attendez-vous que ce qui s’était passé au Rwanda en 1994 arrive en Haïti pour dire non à Jovenel Moise (Jovadolf Mohitler)? Attendez-vous ce moment pour condamner et apporter vos aides en organisant des parodies de justice transitionnelle? N’avez-vous pas tiré leçon du témoignage du général Roméo Dallaire dans « J’ai serré la main du diable »? À bon entendeur, salut!

Par : Maximot Saintima
Diplômé en science politique
À l’Université du Québec à Montréal; Diplômé en Sciences Juridiques à L’Université d’Etat d’Haïti (UHE) / Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Port-au-Prince (FDES)

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