Cuba projette de créer le premier vaccin anti-coronavirus de l’Amérique latine

(TripFoumi Enfo) – La création du premier vaccin anti-coronavirus conçu et produit en Amérique latine. Tel est le défi que se fixe l’État insulaire communiste des Caraïbes, Cuba. Déjà, les autorités cubaines rassurent de la bonne avancée des essais cliniques. Lesquels, s’ils se passent bien, donneront suite au lancement de la campagne de vaccination sur tout le territoire cubain et à l’exportation du vaccin.

Alors que le débat autour du vaccin contre la Covid-19 bat son plein au niveau international, la République de Cuba réputée pour l’importance accordée à la Santé (un quart du budget est consacré à la santé) n’entend nullement rester sur le banc de touche. Selon les chercheurs chargés d’aboutir au premier vaccin anti-coronavirus, quatre candidats-vaccins sont en préparation.

Soberana (souveraine) 1 et 2, Abdala et Mambisa. sont là les noms de ces candidats-vaccins avec Abdala comme nom d’un poème du héros national José Marti et Mambisa, celui des femmes cubaines ayant lutté pour l’indépendance au XIXe siècle. D’ailleurs, contrairement aux trois premiers qui seront administrés par injection, Mambisa le sera par spray nasal.

D’entre tous, Soberana 2 est jusqu’à date le candidat-vaccin le plus avancé. C’est ce qu’a rapporté hier mercredi le directeur de l’institut de vaccination Finlay, Vicente Vérez. Depuis lundi, Soberana 2 est passé à la phase II b, laquelle implique 900 volontaires. Et si tout se passe pour le mieux, il passera, d’ici mars, à la troisième et dernière phase avant son approbation. Mais cette fois avec 150.000 volontaires.

Autrement dit, « si tout va bien, cette année toute la population cubaine sera vaccinée », a déclaré le docteur Vicente Vérez. Parce que, a-t-il assuré, « nous avons la capacité pour fabriquer 100 millions de doses ». Toutefois, le vaccin ne sera pas obligatoire. Il sera gratuit pour les Cubains, mais demeurera facultatif. Tout comme il sera proposé en « option » aux touristes.

À noter que pour la phase III prévue pour mars, si tout réussit durant la phase II en cours, un accord a déjà été signé entre l’institut Finlay et l’institut Pasteur d’Iran, le 8 janvier passé. Par cet accord, l’efficacité de Soberana 2 sera testée en Iran durant la dernière phase avant approbation.

Cela dit, Cuba entend non seulement lutter contre la Covid-19 sur son territoire, mais aussi au niveau mondial. En 2020, le pays a en ce sens envoyé des brigades médicales dans 40 pays. En 2021, c’est son vaccin qu’il exportera. Un fait qui ne surprendra nullement étant donné que l’exportation de services médicaux est considérée comme la principale source de revenus de l’île, avec 6,3 milliards de dollars en 2018.

« Cuba pourra offrir son vaccin au monde », a d’ailleurs déclaré la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez. Celle-ci, récemment en visite à La Havane, a également fait savoir que « le vaccin de Cuba sera le vaccin de l’Alba », l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (dont les membres incluent le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua). De son côté, José Moya a lui-même appris que le vaccin cubain « a été présélectionné par l’OPS (branche panaméricaine de l’OMS, ndlr), ce qui permettrait de l’inclure dans le fonds de roulement de vaccins, le mécanisme d’acquisition de l’OPS pour les pays des Amériques afin qu’ils puissent avoir accès à des vaccins à un prix raisonnable ».

Le vaccin cubain n’est pas encore approuvé, et pourtant il est déjà convoité par plus d’un. En témoignent les propos du représentant local de l’OMS. « Les laboratoires ont déjà réservé presque toute leur production de l’année et ce sont surtout les pays les plus riches qui l’ont achetée ».

Le numéro 1 de l’OMS lui-même, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a été poussé à se prononcer sur la question. Si les pays riches s’accaparaient des vaccins au détriment des pays pauvres, le monde risquerait un « échec moral catastrophique ».

Cuba est le premier pays à avoir découvert le vaccin contre le méningocoque B. Selon Nils Graber, chercheur en anthropologie de la santé à l’université de Lausanne en Suisse, le pays a pour ce faire misé sur les biotechnologies. Depuis 1962, il est sous embargo américain. Ce qui lui a souvent obligé à trouver ses propres remèdes. Et aujourd’hui, il a été, selon José Moya, « le premier candidat d’Amérique latine et des Caraïbes à avoir un vaccin en phase clinique ».

« Cela aurait été perçu de manière très surprenante et regrettable par la population que Cuba doive importer un vaccin russe ou chinois », a déclaré l’un des chercheurs. Envoyer ses médecins à l’étranger et fabriquer son propre vaccin, « il s’agit aussi de coups politiques qui renforcent le prestige du pays ».

Pour 11.2 millions d’habitants, le pays de Fidel Castro compte aujourd’hui 19.122 cas du nouveau coronavirus, dont 180 décès. Des chiffres qui permettent de le compter parmi les pays les moins touchés de la région.

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