Qui crée véritablement les bandits ?

(TripFoumi Enfo) – Les bandits ne sont pas du tout le fruit du hasard. Ils ont été créés par une machination politique qui malheureusement ne leur laisse aucune porte de sortie. Tous deux docteurs, Frédéric Gérald Chéry et Laënnec Hurbon en ont largement débattu à la troisième exploration d’Ayibopost. Avec eux, la journaliste experte en communication et en développement international, Monique Clesca, qui elle-même animait la discussion. La vidéo de l’événement a été mise en ligne sur leur compte Youtube, le 28 janvier passé.

Bien avant que l’insécurité ne s’installe au sein d’une société, des signes avant coureurs se manifestent et nous préviennent du danger. Tel est l’avis du Dr en économie, Frédéric Gérald Chéry pour qui l’économie est de mèche avec ce laboratoire fabriquant des hors-la-loi. Abondant dans le sens du Dr Chéry, le sociologue Laënnec Hurbon affirme que « l’économie haïtienne suppose qu’il existe une partie de la population qui ne fait pas partie de la société ». Une triste réalité responsable, selon messieurs, de l’insécurité actuelle.

De ce fait « l’économie haïtienne basée pendant longtemps sur l’agriculture, nécessite un large changement », soutient Frédéric Chéry. Une position qu’il défend simplement en prenant comme exemple le taux d’intérêt. Cet indicateur économique, nous dit-il, sait être très élevé. Et lorsque c’est le cas, cela sous-entend qu’une partie du salaire de l’ouvrier a été prélevée. Non sans conséquence, la baisse du salaire de l’ouvrier entraîne à son tour le non investissement des entreprises, pour au final aboutir au chômage de plus d’un.


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Mises à pied, ces personnes n’ont en conséquence plus aucun lien avec les autres personnes qui « elles-mêmes ont de l’argent » ou encore, jouissent d’une certaine forme de sécurité économique. Ces gens constituent la partie « mise à l’écart et exploitée » pour Laënnec. Également docteur dans son domaine, il ajoute pour dire que la personne délaissée n’est pas forcément sans emploi. Car, elle peut très bien être exploitée au niveau d’une entreprise ou du moins être réduite à rien tant on la fait clairement se sentir comme étant un être inférieur.

D’ailleurs, poursuit-il, est laissé pour eux « un type de vie sociale et économique qui confirme leur abandon par l’État. Soit un État qui ne fournit ni eau, ni électricité, ni toit, ni éducation, ni santé ». En d’autres termes, ils vivent en dehors de ce que l’on considère comme la vraie société en Haïti. Dès lors, Laënnec Hurbon explique que c’est à ce moment-là que s’ouvrira à eux le chemin du banditisme.

En plein cœur d’une situation qui créera chez eux de la frustration, ils seront alors poussés à vouloir vivre de n’importe quelle manière. Et à faire n’importe quoi. En économiste aguerri, Frédéric Chéry utilisera son champ d’étude pour exprimer son accord aux propos du chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), M. Hurbon.

« Détachées de l’économie formelle, ces personnes créeront entre elles leurs propres liens, leurs propres communautés. Et ce sont justement ces communautés qui seront opposées aux communautés nationales ». Cela dit, les deux hommes sont d’accord que ceux désignés comme hors-la-loi ne sont pas nés avec ce titre. Bien le contraire, étant obligés de survivre, ils ont intégrés des gangs et plus tard, « ils seront utilisés en politique ».

« C’est l’économie qui génère la désaffiliation de ces individus » poussés à créer leurs propres groupes à côté de l’économie formelle, condamne le professeur d’université, M. Chéry. Lesquels groupes, prévient-il, risquent de devenir de plus en plus importants en termes d’adhérents. « Ils continueront à s’opposer à la société dite dirigée. L’insécurité prendra forme progressivement. Et si malgré tout aucune réponse n’est apportée, l’on se retrouvera avec des groupes antagonistes. »

Il serait bien pour ces bandits de ne pas poursuivre dans cette voie empruntée. Mais, le niveau de difficulté à envisager pareil cas vient de l’État lui-même, souligne le spécialiste des rapports entre religion, culture et politique dans la Caraïbe. À son avis, les nouveaux bandits ont pu constater que les premiers ayant embrassé cette voie n’ont jamais été réellement pénalisés pour leur crime. Dès lors c’est pour eux une activité malhonnête mais sûre.

Le problème d’insécurité ne date pas d’hier. En ce sens, nous dit le chercheur au CNRS, il existe une généalogie de l’insécurité en Haïti. Déjà sous Duvalier, il y aurait eu l’utilisation irrégulière de groupes civils armés. Quoique ne correspondant à aucune des lois du pays, ils jouissaient de la protection de l’État. Parce que « les politiques ont besoin de ces genres d’individus pour contenir la masse populaire. Laquelle tente de survivre dans une situation d’inhumanité et de désolation absolue ».

Un fait bien regrettable. Ce sont des individus issus de cette même masse qui seront utilisés comme moyen de répression pour le seul bénéfice des bourreaux. Un scénario typique, nous dit Laënnec Hurbon, à celui que le gouvernement de Jovenel nous permet aujourd’hui d’assister ».

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