« Vue sur Haïti » : Quand Stéphanie Smith fait une radiographie du carnaval en Haïti

(TripFoumi Enfo) – Ce 14 février marque à la fois la fête de Saint Valentin, la première journée du Carnaval National à Port-de-Paix et une marche pacifique réunissant des centaines de milliers de gens dans la capitale, criant haut et fort « non à la Dictature ! ». En cette période tumultueuse, dans une interview réalisée par la rédaction de TripFoumi Enfo avec la journaliste culturelle Stéphanie Smith, elle a fait au public en général et aux fans de TFE et « Vue sur Haïti » en particulier, une radiographie du carnaval en Haïti. La rédaction de TFE vous invite à lire l’intégralité de cet entretien.

TripFoumi Enfo : Quelle est selon vous l’importance du carnaval en Haïti Mlle Smith ?

Stéphanie Smith : Le carnaval est en Haïti, à l’instar d’autres pays du monde, un moment de défoulement. C’est dans les festivités carnavalesques que des centaines de milliers de gens parviennent à se défouler le plus. Outre cet aspect, le carnaval est aussi cette activité qui met en valeur la culture haïtienne, à savoir nos habillements, nos façons de coiffer, nos musiques, nos manières de danser, nos défilés, nos artisanats, nos raras… le carnaval haïtien n’est pas seulement une fête, mais aussi une facon de promouvoir les valeurs culturelles haïtiennes.

Aussi, comment oublier l’aspect économique de cet événement. Dans une pareille fête, les touristes et les innombrables membres de la diaspora haïtienne qui entrent dans le pays sont profitables au secteur artisanal haïtien, aux propriétaires d’hôtels, de restaurants, de bars, et plusieurs autres acteurs de la vie économique haïtienne. Le carnaval est au côté de la Noël, l’une des fêtes les plus rentables au point de vue économique pour les Haïtiens.

TripFoumi Enfo : Comment voyez-vous le carnaval cette année ?

Stéphanie Smith : honnêtement, selon les constats que j’ai faits, le carnaval haïtien n’a plus la même valeur qu’il avait d’antan. Ici, je ne parle pas seulement de cette année, mais de plusieurs années. Avant, les artistes, les medias, les journalistes culturels, les sponsors, le peuple haïtien et mêmes les enfants étaient tous mobilisés quand il s’agissait de carnaval. Mais aujourd’hui, tout le monde s’en moque.

Ces moments me rappelle mon enfance. Mes parents avaient l’habitude de m’emmener u Champ-de-mars pour regarder les « Chaloska », les défilés, les « Janm 2 bwa »… c’était tellement mignon. Je crains que de pareilles époques refont surface. Car, disons le d’emblée, cela est dû aux crises multidimensionnelles que connaît notre chère patrie depuis plusieurs années. C’est dommage que la politique ait influencé à un pareil point le secteur culturel haïtien.

TripFoumi Enfo : Haïti connaît actuellement une crise multidimensionnelle, pensez-vous qu’organiser le carnaval dans un moment pareil est quelque chose de bien réfléchie ?

Stéphanie Smith : Comme je viens de le dire, c’est dommage que la politique influence à un tel point le secteur culturel haïtien. On devrait normalement séparer de façon nette la politique du culturel, de telle sorte que l’un ne devienne pas dépendant de l’autre.

Cependant, le problème qui se pose c’est que le peuple haïtien est en contradiction avec lui-même. Pour seulement quelque temps de plaisir, il est prêt à oublier les innombrables gens qui se font enlever contre rançon quotidiennement dans le pays et les gens qui tombent innocemment sous les balles assassines des bandits armés. Tout cela, seulement en échange d’un carnaval organisé par un président qu’il a lui-même contesté.

Sans vouloir m’immiscer dans la vie politique haïtienne, pour voir la contradiction dont je parle, on n’a qu’à regarder les milliers de gens qui ont foulé le macadam ce dimanche 14 février dans la zone métropolitaine pour manifester contre la dictature et les miliers d’autres qui ont dansé le coeur joyeux la première journée de carnaval organisée à Port-de-Paix.

TripFoumi Enfo : Si vous aviez un message à donner à nos dirigeants politiques en ce qui concerne le carnaval, quel serait-il ?

Stéphanie Smith : Si j’étais la conseillère du président, de son premier Ministre ou du directeur général de la PNH, je leur dirais que le moment est désormais venu pour que le calme tourne au sein des familles haïtiennes. Leur sécurité est l’une de leur fonction régalienne. À eux de la rendre effective. Car, sans la sécurité, sans la résolution de ces crises multidimensionnelles, sans aussi une indépendance nette du secteur culturel haïtien de la vie politique, le carnaval n’aura jamais plus la valeur qu’il avait d’antan.

L’an dernier on était obligé de ne plus organiser les festivités carnavalesques à Port-au-Prince parce les agents des forces de l’ordre appartenant à la structure dénommée « Fantom 509 » avaient calciné plusieurs stands au Champ-de-mars. De tels incidents prouvent que le secteur culturel haïtien succombe toujours à nos crises politiques. Le carnaval est trop important pour subir pareil sort.

Stephanie Smith est étudiante finassante en Diplomatie et Relations Internationales au CEDI. Grâce à ses formations en journalisme culturel, elle anime chaque mercredi 3 heures PM sur la OnTV (Chaine 46) l’émission culturelle baptisée « Vue sur Haïti ».

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