Un énième mineur abandonné, puis tué par l’État

(TripFoumi Enfo) – Personne n’aurait cru qu’un enfant de dix ans serait tué par balles après avoir publiquement martelé que si un État, s’il en existait un vraiment ici, il ne serait pas dans les rues à son âge, en train de mener une misérable vie de « kokorat ». De la vérité pure, diraient certains ! Mais, au lieu de lui prêter mains fortes pour l’aider à sortir de la rue, c’est une pluie de balles qu’on lui a servi en guise de cadeau. L’État haïtien demeure, à plus d’un titre, le principal responsable de ce drame de trop.

En Haïti malencontreusement, on a deux catégories d’enfants : ceux vivant avec leurs parents et qui ont presque tout ce dont ils ont besoin pour s’épanouir. On les appelle « Timoun kay paran ». Puis, il y a ceux vivant dans la rue, ayant pour dortoirs les pavés et les places publiques.

Malgré leur bas âge, c’est à eux de se trouver de quoi manger, de quoi se vêtir, faisant donc fi de presque tous les autres besoins quotidiens d’un enfant de leur âge. Ceux-là, ce sont les « timoun lari », les « grapyay » et les « kokorat », à l’instar de ce mineur tué à même la Place des Artistes, Champs-de-Mars, à un jet de pierre de la maison Présidentielle.


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Parmi ces oubliés, ceux-là qui n’ont pas succombé à l’immoralité de leur milieu parviennent à survivre à eux-mêmes, toile en mains, pour gagner leur pain de vie. Ainsi s’adonnent-ils au dépoussiérage des voitures en échange de quelques gourdes. Comme dans la Chanson Site Katon du groupe Zèklè, ces démunis font feu de tout bois, passant des véhicules blindés aux vitres teintées des grands commis de l’État, à ceux des nantis de la classe possédante, des ONG, des Organisations Internationales, et mêmes ceux des principaux défenseurs des droits de l’homme et de l’enfance.

Ce enfant de rue criblé de balle aux Champs-de-Mars en ce début de semaine, n’a jamais bénéficié de soin de santé, d’encadrement affectif, de soutien parental, ni de l’État. Ce laissé-pour-compte pendant sa très courte vie, devrait scandaliser la société et mobiliser l’État tenu deux fois pour principal responsable de cette double infamie.

Ne dit-on pas que l’État doit prendre soin de ses citoyens, en protégeant et en prenant en charge, particulièrement, les plus vulnérables, dont cette catégorie d’enfants-adultes ! Beaucoup se demandent, à juste titre, que font et valent l’Institut de Bien-être Social et de Recherches (IBERS), la Brigade de Protection des Mineurs de la Police Nationale d’Haïti (PNH), y compris les conventions et traités internationaux signés et ratifiés par Haïti en matière de protection de l’enfance ?

Combien de mineurs devront ainsi mourir avant que l’État agisse enfin en faveur de ces futurs adultes ? Combien de garçons de dix ans supprimera-t-on avant que nous ne prenions conscience qu’ils sont des orphelins de l’État, les bâtards de la société, à qui l’État doit davantage de protections et d’assistances ? Ce gamin n’est hélas pas le premier dommage collatéral. Il ne sera pas non plus le dernier. D’autres avant lui, comme Mamoune, cette fillette de 14 ans tuée par balles après avoir été abandonnée dans la rue à la fois par l’État et à la société ; allongeront la liste.

C’est de l’euthanasie nationale que de laisser de pauvres enfants dans de pareilles conditions. Oui, c’est du suicide collectif que de laisser l’avenir d’une société s’effondrer au vu et au su de tous…

Si les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain, c’est donc un impératif catégorique que l’État les prenne en charge, les encadre, les protège, les oriente. N’est-ce pas que l’avenir de la nation toute entière repose sur les épaules des enfants d’aujourd’hui ?

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