Le Parti RASANBLE, pour une solution haïtienne à la crise et appelle les acteurs à un dépassement de soi

(TripFoumi Enfo) Dans une note de proposition de sortie de crise, publiée le 30 mars dernier, le Parti RASANBLE appelle les acteurs à cesser les hostilités et prendre la voie du dialogue en vue de résoudre la crise sociopolitique qui perdure depuis tantôt 4 ans. Pour la structure politique, les fils et les filles d’Haïti d’aujourd’hui doivent se mettre à la hauteur du défi afin d’assurer un meilleur futur pour les prochaines générations.

La Rédaction de TripFoumi Enfo (TFE) vous invite à lire l’intégralité de cette note de proposition de sortie de crise du Parti Rasanble.

MANIFESTE POUR UNE SOLUTION HAITIENNE À LA CRISE

Une situation critique, le Chaos dans la ligne de mire.

Le Parti Rasanble, observe que la situation est en train de se dégrader de manière continue. Les effets de la crise qui perdure depuis le mois de juillet 2018 vont affecter le pays dans toutes les sphères sociales, économiques et politiques au moins pour les 10 prochaines années. Nous faisons face à une crise politique mais aussi une crise sociale, une crise économique profonde. Il nous faut admettre que l’État n’a pas plus les moyens et les capacités de fonctionner au service de la société. L’année 2020 fut une année extrêmement difficile et l’année 2021 a très mal commencé.

Les conditions de vie se dégradent, des franges importantes de la population sont en train de s’appauvrir, des enfants souffrent de malnutrition, tous les jours des familles entières sont victimes d’une forme ou une autre l’insécurité. Circuler aujourd’hui est un risque que ce soit pour nous haïtien mais aussi pour les étrangers comme ces jeunes dominicains qui ont été kidnappé en revenant de Jacmel il y a quelque jour.

Haïti est bloqué, depuis trois ans nous enregistrons une croissance négative, les grands indicateurs macroéconomiques sont au rouge. On le ressent, la tension augmente, la colère augmente, la violence verbale augmente. Les gens ont peur, de nombreuses personnes sont en train de se décapitaliser. Nous sommes dans une voie d’autodestruction et il nous suffira de peu pour basculer dans une violence innommable. Et il n’y aura pas lieu de chercher des responsables car nos actions comme nos inactions contribuent à influencer la situation actuelle.

Avant 1986, toutes les forces vives de ce pays luttaient pour un seul objectif, faire rentrer le pays dans l’ère démocratique avec la promesse du bonheur social pour le peuple. 1986 devait marquer le début du progrès social, économique, culturel et politique. Nous avions promis un rêve au peuple et nous lui avons livré un cauchemar ; un cauchemar qui tend vers le Chaos. La lumière qui en 1986, guidait nos leaders de tout horizon s’est éteinte pour faire face à l’obscurité. Aujourd’hui, nous avons perdu de vue que le pouvoir n’était pas un actif mais, un instrument visant le bien-être collectif. Nous sommes en train de nous haïr, c’est la déchirure, partout la haine, la violence à un point tel que nous ne sommes même plus capables de faire des gestes simples comme d’écouter, d’entendre, de s’asseoir autour d’une table, de discuter pour transcender nos différences et trouver un consensus autour de l’avenir.

En 1987, nous avons posé un acte historique en faisant une constitution qui devait nous guider hors de la voie périlleuse de l’autoritarisme. Ce texte, devait orienter notre entrée dans la cour des pays démocratiques. Mais, dans notre peur de nous protéger nous ne fûmes pas en mesure de nous projeter dans l’avenir et avons commis l’erreur qu’un arsenal juridique serait suffisant pour neutraliser des habitudes politiques anciennes et historiques. Nos vieux démons nous ont rattrapés et trente-cinq ans plus tard le pays est en train dangereusement de glisser vers un chaos dont les conséquences pourraient nous marquer pendant des décades.

Notre position
Nos pères et mères sont morts dans une bataille sanglante et douloureuse pour que nous leurs fils et filles soyons indépendants. L’indépendance est à la fois un devoir pour tout peuple digne, un droit pour tout peuple qui aspire à la liberté mais, c’est surtout une responsabilité.
Peuple souverain sommes-nous ? Alors c’est à nous les Haïtiens de trouver une solution à cette crise. Nos amis de l’international peuvent nous accompagner mais en aucun cas, nous ne pouvons pas et ne devons pas au nom de notre grande histoire et des pères et mères fondateurs de cette Nation, nous attendre, que ce sont des acteurs externes qui doivent nous maintenir au pouvoir, ou qui doivent faire de la place pour que nous ayons accès au pouvoir. Notre seul et unique arbitre est le peuple souverain.

Le peuple a fait entendre sa voix à maintes reprises ces deux dernières années, il nous faut l’entendre. Si nous acteurs politiques, intellectuels, acteurs économiques ou acteurs de la société civile nous ne sommes pas capable de dialoguer pour arriver à une entente alors, il nous faudra hiberner notre drapeau jusqu’à ce que nous soyons aptes à gérer cette terre en personne responsable.

Nous, de RASANBLE, pensons que nous sommes dans un moment historique qui exige de nous le sens de la grandeur. Plusieurs appels au dialogue furent lancés en vain, mais qu’on veuille ou non, il n’y a pas d’autres issus : le dialogue ou la violence. Même si la communauté internationale arrivait à imposer à chacun une solution de sortie de crise, cela ne fera que repousser l’inévitable. Cette solution fut déjà expérimentée en 1990, en 1994, en 2004. Elle n’est pas durable et dans une certaine mesure ces interventions externes contribuent à déstabiliser la dynamique politique locale. Le refus du dialogue par les parties en conflit met clairement en évidence un choix politique du Chaos ; or dans le chaos il n’y aura que des perdants.

Nous demandons à Monsieur le Président de la République Jovenel Moise, de prêter une oreille sensible à la nécessité du moment en acceptant de rentrer dans un processus de recherche de solution. Nous demandons à nos frères et sœurs de l’opposition politique d’accepter cette ultime fois la main tendue. Nous convions à toutes les forces vives intéressées par le destin de ce pays de participer, et de contribuer à cette nouvelle architecture sociale qui s’ouvre à nous.
Il nous semble important de nous accorder sur les points suivants :

a. La situation actuelle ne peut absolument pas durer ;
b. Le gouvernement actuel n’est pas en mesure de faire avancer aucun agenda dans cet environnement de crise et d’instabilité ;
c. Nous sommes en dehors de tout cadre juridique et la constitution amendée de 1987, n’est plus un référent ni pour le gouvernement en place, ni pour les acteurs de l’opposition. Il y a donc un vide juridique justifiant la recherche consensuelle d’un accord socio-politique.
d. Bien que l’élection soit un principe fondamental dans toute démocratie, un tel exercice est à l’heure actuelle impossible pour de multiples raisons : (i) absence d’un environnement sécuritaire minima ; (ii) Le CEP actuel fait face à de sérieux problème de légitimité et de fait, il ne donne pas confiance à certains partis politiques ; (iii) Les conditions logistiques ne sont pas réunies ; (iv) il serait préférable d’organiser les prochaines élections sous une nouvelle constitution plus adaptée à nos besoins et à la réalité d’aujourd’hui.
e. La souveraineté Haïtienne est très diminuée par une trop grande implication des acteurs de la communauté internationale dans les affaires internes du pays mais, loin de les accuser, il faut nous en prendre à nous même qui sommes incapables d’accepter le dialogue comme solution à nos problèmes et conditions pour la paix.
f. L’État du pays est critique et de fait, il faut que nous nous asseyions tous autour de la même table pour construire un nouveau pacte social et politique qui servira de base pour la nouvelle constitution. Il nous faut nous entendre afin que cette ultime crise ferme la porte de l’instabilité qui empêche le progrès et l’entrée du pays dans la modernité.
Quelque part les mouvements actuels, la chronicité de la crise ces dernières années, les vagues d’haïtiens quittant le pays, signalent qu’il y a fondamentalement un problème qui empêche la cohésion sociale, et l’avènement d’un cadre socio-politique et juridique pour le « vivre-ensemble ». Tant que ce problème ne sera pas traité, nous nous enfoncerons un peu plus dans un abyme destructeur. Il nous faut envisager d’apporter une solution à la crise actuelle dans une perspective de mettre en place les conditions pour une gestion durable de l’instabilité, la réduction de la violence et surtout le retour à la paix durable unique condition pour le progrès, le développement, le retour à la vie tout simplement dans le pays.

Notre proposition

Nous proposons :
La mise en place d’un processus de Médiation par un médiateur local. Nonobstant nous pensons que la présence d’observateurs internationaux comme la Caricom ou l’OIF permettra de renforcer le processus. Cette médiation se fera autour des axes suivants :

  1. Une cessation des hostilités, de la part de tous les acteurs afin de faciliter le processus de dialogue et l’obtention d’un accord politique entre tous les fils et filles d’Haïti.
  2. La conception et la négociation d’un processus de dialogue entre les acteurs en conflit. Cela inclut la durée du processus de dialogue, les conditionnalités du dialogue, les parties prenantes, les attentes de chaque partie, les résultats attendus ainsi que l’organisation de celui-ci. Ce dialogue s’organisera autour de plusieurs phases : Le très court terme (gestion de la crise) – le moyen terme (le consensus autour des solutions pour un retour à la paix et la démocratie) – le long terme (une nouvelle constitution, des élections et la gouvernance pour l’instauration d’un nouvel ordre social.
  3. Dans une perspective de prouver sa volonté de trouver une solution franche à la crise, nous proposons que le Président de la république mette sur la table des négociations tous les sujets qui pourraient faciliter les discussions avec les acteurs concernés. Car, dans le contexte actuel, les élections sans un consensus et un environnement sociopolitique acceptable pour tous les acteurs, vont contribuer à envenimer la situation. Il faudra nécessairement considérer le remplacement du gouvernement actuel par un gouvernement d’ouverture.

En effet, compte tenu de l’état de la situation sécuritaire et de l’instabilité politique, de l’appauvrissement général, le gouvernement actuel ne semble pas en mesure d’apporter les réponses adéquates. Une commission Ad Hoc composée des acteurs de l’opposition, du secteur de la société civile et du secteur privé, en collaboration avec l’actuel Président, mettra en place un nouveau gouvernement sous la conduite d’un premier ministre rassembleur avec une feuille de route clairement définie autour des points qui seront déterminés de manière consensuelle. Ce dernier (homme ou femme) devra être accepté (e) par l’ensemble des parties prenantes. Dans le cadre du dialogue, la durée de vie de ce gouvernement sera définie par les parties. Dans tous les cas, il faut définir une formule nous permettant de relancer le processus de démocratisation du pays et la relance de l’économie.

  1. Il y a un consensus général sur la nécessité de doter le pays une nouvelle constitution. Nonobstant, celle-ci ne peut pas se réaliser avec la méthodologie actuelle à savoir un comité réduit de 5 personnes. L’élaboration d’une nouvelle constitution doit se faire avec la participation d’une plus large frange des secteurs de la vie nationale et de manière transparente afin de stimuler les débats. Le vacuum juridique actuel est favorable pour cet exercice car, cela permettra de concevoir et d’élaborer un nouveau texte fondateur d’une nouvelle ère. C’est le moment que nous réfléchissions à cette expérience de trente-cinq années et que nous utilisions nos expériences passées pour faire mieux. Mais, surtout il nous faut repenser l’Etat, nos institutions, le régime politique, les rapports sociaux entre les groupes, les relations entre l’État et les citoyens et surtout, une nouvelle gouvernance.
  2. Une commission indépendante appuiera le processus de dialogue et assura le suivi des décisions, jusqu’à l’avènement d’un gouvernement légitimement élu sous les auspices de la nouvelle constitution.
    Entre temps, il y a des priorités dont :
     Le retour de la sécurité ;
     Mettre en place des filets de sécurité pour les populations les plus vulnérables : Cash Transfert, Activité à Haute Intensité de Main-d’œuvre, activités d’apaisement social visant les jeunes, les femmes ;
     Une reprise des activités économiques ;
     La gestion du Covid (de manière scientifique) et éventuellement la mise en œuvre d’une campagne de vaccination
    Ces priorités devront être développées dans la feuille de route du gouvernement qui sera mise en place jusqu’aux prochaines élections générales.

Conclusion
On constate une radicalisation des positions de chaque partie. Chacun est convaincu d’avoir les moyens de sa politique alors que dans la réalité des faits, ces attitudes ont grandement affaibli l’État et ses institutions, déstructurées la société, transforme notre pays en un lieu où la vie est à risque. Chaque partie pense détenir les solutions pour l’avenir alors même que le pays est en lambeaux. Il ne reste qu’une chance infinitésimale pour éviter le Chaos et nous devons la saisir aujourd’hui. Le Peuple nous regarde et n’est pas dupe. Nos comportements et nos choix ne vont pas contribuer à construire la confiance en nous acteurs politiques pour prendre les rênes de ce pays. En conséquence nous espérons que très rapidement le processus de dialogue sera mis en œuvre.

Pour RASANBLE
Innocent JOSEPH
Président

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