La culture est la seule défense de ce pays insulté, humilié

(TripFoumi Enfo) – La culture, entendue comme un univers de significations s’incarnant dans des institutions et des œuvres, des paroles et des actes, est ce qui donne sens à la vie en société (Le Goff, 1999). Vecteur de développement, elle fait vivre les artistes et contribue au bien-être des populations. C’est pourquoi, quand vivre ne nous donne pas la joie de vivre, nous nous faisons consoler par les musiciens, les peintres, les écrivains, les philosophes…(Fournier, 2015).

Néanmoins, dans une société rongée constamment par l’instabilité, la culture perd son rôle de ‘’faire vivre’’, ‘’de donner du sens et du plaisir’’ et en meurt asphyxiée. En Haïti, qu’est-ce qui explique malgré que le pays git inerte, à cause des crises politique, sociale et économique, la culture respire encore et nos artistes continuent de permettre au pays de supporter la comparaison avec les triomphes les plus indiscutables de l’art mondial ?

Haïti est doté d’une richesse culturelle exceptionnelle résultant de l’apport des cultures africaine, amérindienne et européenne, selon Jean Price mars (1928). Argumenta-t-il : « le monde tout entier lui a dispensé des ressources inépuisables pour édifier les légendes…». Et cette richesse joue un rôle central dans l’identité nationale du pays (Icom, 2010), constitue le ciment fondamental de sa cohésion sociale (Unesco, 2012).


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Parlant d’identité nationale, quel Haïtien ne connaît pas le créole, le vaudou et ses objets, le Guédé, la zombification, le Konpa, le rasin, le carnaval, le théâtre, la soupe joumou, le tchaka, Bouki et Malice (personnages inséparables des contes traditionnels),le rhum Barbancourt, la bière Prestige, la citadelle Laferrière, Saut-d’Eau, les plages tropicales…? En tout cas, si un Haïtien prétend ne pas les connaître, eux ils le connaissent.

La culture constitue l’âme de l’Haïtien. D’ailleurs c’est la seule défense de ce pays insulté, humilié. Nos talents dans la peinture, la musique, la littérature nous ont toujours permis de supporter la comparaison avec les triomphes les plus indiscutables de l’art mondial (Depestre, 1998). Anténor Firmin a plongé l’œuvre raciste d’Arthur de Gobineau dans un silence de poussière. Jacques Roumain a établi le lien entre la migration de retour et le développement. Dany Laferrière a déposé ses valises à l’académie française.Bélo a raflé de nombreux titres internationaux. Tabou Combo a fait danser tous les peuples. De remporter des médailles, le rhum Barbancourt n’en finit pas. Les écrivains haïtiens sont de véritables chasseurs de prix à l’échelle internationale.

Malgré tous ces exploits, certains artistes haïtiens ont connu une fin de carrière humiliante. D’autres ne sont pas considérés à leur juste valeur. Anténor Firmin, le plus brillant d’entre nous, est mort en exil, dans la crasse. La bibliothèque de Petit-Goâve n’a pas pu porter le nom de Dany Laferrière parce que heurtée au refus des autorités de la ville. Les sponsors n’ont que faire des prouesses de Bélo. Un pasteur a humilié Shoubou de Tabou Combo en déclarant que le chanteur était réduit à quémander. Pour reprendre ce passage de l’Evangile : « Nul n’est prophète en son pays ».

Tout compte fait, à chaque fois que ce pays se retrouve en grande difficulté, il suffit que les peintres se remettent à peindre, les poètes à créer, les chanteurs à composer, les écrivains à écrire et les récits à circuler (Unesco, 2012), pour qu’il prenne une existence nouvelle. Pour faire écho aux propos tenus par Guy Régis Junior, dans une interview accordée au journal français en ligne Le Point le 29 novembre 2019, c’est par l’art qu’Haïti commence à respirer. Donc c’est toujours par la culture qu’Haïti redore ses blasons. Du point de vue culturel, il est l’inverse du pays le plus démuni de l’hémisphère occidental (Dépestre, 1998).

Dans ces conditions, il est de toute nécessité pour les élites culturelles haïtiennes de mettre en place une politique culturelle viable dans le pays afin que les professionnels de la culture puissent continuer à faire preuve de grande créativité, à vivre ou à mieux vivre de leurs œuvres et à assurer leur rôle de bienfaiteurs de l’humanité.

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