Quand le jeune étudiant haïtien Dawoodson RAVIN écrit à l’Occupant du Palais National

(TripFoumi Enfo)- La situation socio-économique et plitique du pays se dégrade de jour en jour. Les gens s’enfoncent dans la catacombe de la misère. Privée de presque tous les besoins basiques, la population haïtienne ne sait à quel Saint se vouer. Presque toutes les institutions du pays sont quasi-inexistantes, tandis que le peuple haïtien avait voté pour une meilleure condition de vie, et que l’Occupant du Palais National avait promis qu’il allait apporter des solutions à ces différents problèmes du pays. En dépit de son incapacité à aborder les vrais problèmes du pays, l’Occupant du Palais National fixe se concentre sur l’organisation du référendum constitutionnel, bien qu’interdit par la constitution de 1987 en son article 284-3. Face à cette situation, le jeune étudiant de l’Université d’État d’Haïti Dawoodson RAVIN écrit ‘à l’Occupant du Palais National. Lisez l’intégralité de sa lettre dans les lignes ci-dessous.

Monsieur Jovenel Moïse
Occupant du Palais National 
République d’Haïti
En ses bureaux.- 

Objet : Remerciements 

Monsieur l’Occupant du Palais National,
Sans me soucier du titre et/ou de la qualité à vous colleter, sans ambages, je vous écris, avec fermeté d’une âme patriotique, pour vous remercier pour tout ce que votre séjour au Palais National a consacré, du moins apporté, à la terre d’Haïti. 

D’entrée de jeu, je voudrais reconnaître qu’en plus d’être souffrant du syndrome du pouvoir, le bilan se veut être relativement indélébile à votre conception de son exercice. J’ose croire, en dépit de votre approche dénaturante et délirante du concept de bilan politique, au moins, vous avez tenu à un conseil ; toutefois, un conseil mal compris, et peut-être, à la base, mal expliqué et qui, détenant une capacité obsessionnelle et syndromique inégalable, conduit, de fait, à une recherche y relative erronée. Devoir exige donc que j’y penche pour tenter d’éclairer vos lanternes obscurcies par un narcissisme antinational pour arroser obstinément de remerciements le parterre de votre bilan réel.

Monsieur l’Occupant du Palais National, dois-je vous rappeler que le bilan résultant des actions ou décisions politiques se mesure en rapport, du moins, aux apports à l’amélioration des conditions de vie ? En ce sens, le bilan politique se comprend en terme de réduction du taux de chômage, de hausse du niveau d’accès aux services publics de bases, etc. : globalement en terme de réduction du niveau de pauvreté, de l’insécurité et de la dépendance de l’extérieur, en ce qui concerne Haïti ou encore en terme de structures mises en place pour y pourvoir. Il ne se mesure positivement en terme d’infrastructures que si celles-ci pourvoient réellement à l’amélioration des conditions de vie. Par conséquent, ne s’inscrivant dans aucun projet de développement global, même à court terme, l’approche faisant des chantiers d’« infrastructures routières » et du « projets d’électrification du pays » les deux piliers fondamentaux de la politique d’interventions de votre régime et initialement votre fameux « Karaván chanjman », ne sauraient ramener qu’à un bilan quelque peu positif.

Monsieur l’Occupant du Palais National, mêmes les désintéressés qui se sont, très tôt, convaincus de l’impertinence de vos propos et actions ne peuvent prétendre ignorer la résonance des satisfecit dont vous vous êtes bondé pour « les activités et travaux à succès et retombées inégalables » de votre gouvernement. Si ces derniers ne sont uniquement et paradoxalement perceptibles que par vous et vos acolytes, en vrai, ils sont rares, dans toute l’histoire Nationale, les Chefs d’État au bilan politique si pléthorique comme le vôtre. 

En effet, tandis que vous avez fait de l’agriculture un pilier fort de votre discours électoraliste et qu’en ce sens, vous vous êtes glorifié du « Karaván Chanjman », les dizaines de millions dépensés n’ont conduit qu’à la réduction du taux de production dans les différentes zones affectées – principalement à la désertification d’une bonne partie de la Vallée de l’Artibonite – et conséquemment à la paupérisation des dites zones alors que la survie des 2/5 de la population dépend foncièrement des activités agricoles.À quoi sert les infrastructures routières de peu de qualité, sensées destinées à inter-relier le rural et l’urbain qui ne rentrent dans aucun cadre de développement et, pire, qui s’accompagnent de la paupérisation et de la décapitalisation de la masse paysanne privée continuellement et graduellement de leur seule ressource, de leur vie : la terre, si ce n’est qu’à la bidonvilisation et/ou la ruralisation de la Capitale et des grandes villes et conséquemment à la gangstérisation et au resurgissement de l’insécurité ? C’est dans ce chantier que votre contribution est regrettablement la plus remarquable. Vous avez eu le honteux mérite d’acquiescer et, dans une certaine mesure, de participer à la remise en question des valeurs historiques à la base de la dignité et de la grandeur de ce grand peuple. En effet, si vous l’ignorez bien, l’institutionnalisation du kidnapping, une nouvelle forme de traite d’homme, piétine brutalement et symboliquement les valeurs de liberté qu’Haïti a toujours défendues. 

Monsieur l’Occupant Palais National, je doute que votre obsession empreinte d’un narcissisme aux qualités concurrentielles des dieux vous aurait laissé vous demander  combien de PME ont été rayées de la carte des affaires en Haïti durant votre séjour ? Combien la migration forcée de centaines de milliers d’haïtiens a été fortement accentuée depuis votre élection ? Combien de familles démantelées et enfants livrés à la déviance à travers les rues en raison des massacres d’État orchestrés par des gangs financés initialement pour mater la remarquable et importante participation des oubliés des quartiers populaires aux premiers grands mouvements réclamant le droit à une saine vie et votre départ pour incompétence et incapacité à la leur garantir  ? Combien de ménages aux traintrains relativement stables avant votre prise de fonction, aujourd’hui,  aux paniers vidés et engoncés par la misère, la résilience ? Combien la vie a été banalisée et la vie en communauté dédaignée durant ces quatre dernières années en raison de votre piètre gestion ?  C’est en fait ce que traduit le chiffrage du bilan réel de votre séjour : un taux d’inflation de 22,4%, le creux de la dette nationale de 36,5% du PIB, au moins 40% de la population au seuil de pauvreté avec moins de $1US par jour (chiffre à la hausse de près de 45% depuis 2017) et une crise sanitaire aiguë, l’éducation et la santé au plus bas niveau ; au moins trois grands massacres depuis novembre 2018 et au moins 1380 cas d’assassinats majoritairement par balles uniquement qu’en 2020, au moins 234 cas d’enlèvement en 2020 avec en moyenne vingt(20) enlèvements par semaine de novembre 2020 à avril 2021, l’effondrement des institutions républicaines suivie de la déroute de l’État consacrée par le regrettable événement du 12 mars dernier et une certaine forme de « négation interne de L’État », en ce sens qu’il s’auto-remet en question par des actions totalement contraires à ses missions régaliennes.

Même sans ces données chiffrées, le constat aurait été encore palpable : le pays a régressé vertigineusement à tous les niveaux, comparativement aux grandes périodes de crises et de régression nationale, en raison de votre piètre gestion des Affaires publiques ; gestion se 
souciant uniquement d’une présence infâme à la tête du pays, car il vous a été suffi de vous entendre ou de vous voir étiqueté de Président quotidiennement.

Durant votre séjour abject, ce qui restait d’espoir à tout un peuple s’est envolé en lambeaux, un pays s’est chroniquement effondré. Et pire, l’inqualifiable discours de satisfaction de progrès et de développement enregistrés vilipendant toutes les conséquences morales, psychologiques et sociales de votre amateurisme sur les générations actuelle et futures, jusqu’à oser occuper illégalement le Palais National et oser décidé unilatéralement d’une nouvelle Constitution.

Ce « déterminisme politique » incombant la responsabilité de mauvaise gouvernance aux différentes Constitutions Haïtiennes, courant dans l’histoire nationale,  qui vous sert de leitmotive pour changer à tout prix la loi mère du pays ; ce prétexte larmoyant, de fait, les fondements injustes et boiteux de l’organisation sociale haïtienne conduirait le pays davantage, uniquement pour des raisons politiques, au gouffre du chaos. Car si la politique à toujours été l’imposition de la vision et de la loi d’une minorité, elle a, par ailleurs, toujours exigé de cette minorité une certaine légitimité politique ou, du moins, les moyens pouvant la lui garantir afin d’assoir à la longue cette vision. De ce fait, hélas !, comme la quasi-totalité de vos grandes décisions engageant l’avenir ou la responsabilité de l’État, vos velléités dictatoriales n’auraient sûrement à servir, au final, que votre instinct recherchant bilan à tout prix dans l’espoir de vous assouplir vos responsabilités de corruption ; les actes y relatifs étant les seuls que votre régime à exécuter avec tact, rigueur la plus totale, efficacité, voire efficience.

Monsieur l’Occupant du Palais National, il est reconnu imprescriptible à votre nature de taxer certains groupes d’oligarques à la base des maux nationaux pour vous décharger de toute responsabilité. Sans vouloir dédouaner les autres acteurs de la vie nationale, d’ailleurs aux responsabilités multiples, je tiens à vous rappeler que la responsabilité politique exige que l’on se rassure préalablement des moyens politiques et stratégiques d’une décision engageant l’avenir ou la responsabilité de l’État et/ou susceptible de fragiliser l’ordre social avant de l’adopter. Puisque tout dirigeant a obligation de résultat ;  résultats non pas dans le sens politicien restrictif de votre conception de gestion de la chose publique, mais en terme d’apport réel à sa communauté ou à la société.

Monsieur l’Occupant du Palais National, pour la « Karaván chanjman » ayant conduit à la  dévastation de la Vallée de l’Artibonite et d’autres régions du pays ; pour vos zones franches qui desservent le projet néolibéral et qui accentuent la paupérisation de la masse paysanne ; pour la banalisation de la vie humaine et l’insécurité généralisée dont vous êtes en partie instigateur qui tend à remettre en question la place véritables du grand peuple haïtien dans la lutte contre la traître d’hommes et la liberté par le fait que le kidnapping, par exemple, se veut une nouvelle forme poussée de marchandisation de l’homme ; pour la pauvreté et la misère qui logent, au-delà de la vie, l’esprit du peuple haïtien ; et parce que vous conspirez davantage contre l’avenir du pays : globalement, pour Haïti ma terre que votre gestion a rendu invivable, je vous remercie pour ce grand bilan antinational qui vous placera dans les poubelles de l’histoire.

Honte patriotique à toi !

Dawoodson RAVIN 
Étudiant
Université d’État d’Haïti

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