Au point où en est Haïti, l’instruction des masses est le besoin le plus urgent

(TripFoumi Enfo) – Les élites haïtiennes sont ces privilégiés qui s’accaparent de tous les leviers de commande d’Haïti ; manifestent leur insensibilité à la détresse populaire ; priment l’intérêt particulier au détriment de l’intérêt général ; feignent de défendre le peuple mais en réalité multiplient par milliers les laissés-pour-compte par leurs décisions économiques (Lenational, 2019) et politiques. Faisant de l’avoir et le pouvoir leurs chevaux de bataille, leur incapacité à penser le développement d’Haïti, passant indubitablement par l’émancipation des masses, saute aux yeux. Comment s’organisent-elles pour exploiter le peuple ?

‘’Les causes de nos malheurs’’ de Edmond Paul (1882) révèle le machiavélisme de la bourgeoisie haïtienne, ce petit groupe de mafieux de la pire espèce qui exploitent l’incapacité du plus grand nombre en ne laissant monter à la première magistrature de l’Etat que les moins capables d’entre le peuple, et cela pour que leur prestige, à eux, grandit, que leur mérite n’eut pas de concurrent, que leur ambition restât sans rivale. Ainsi, la compétence du pouvoir, l’austérité de ses mœurs administratives, la fermeté de son contrôle, la rigidité de ses exactes décisions ne seraient pour eux que des obstacles à la dilapidation des deniers publics et une borne mise aux fortunes rapides et scandaleuses. Cette situation, ils la supposent éternelle. D’ailleurs ils l’en font une vérité éternelle (Revue Internationale, 1982).

Ce texte fustige aussi le comportement pervers des élites politique et intellectuelle qui, au lieu d’assumer le rôle associé à leur statut, se lancent dans la course aveugle vers l’avoir et le pouvoir. Reconnaît l’auteur: « Ceux qui devraient éclairer la masse, lui servir de mentor, l’engager dans la voie du vrai et juste, au contraire, sont les plus ardents à tendre le piège à sa crédulité. Pourquoi ! Parce que ceux-là ont besoin de l’abaissement des principes et, s’il le faut, de leur destruction pour se créer des chances à la fortune. Peu leur importe, à ceux-là, que l’Etat aille à la dérive absolument comme un navire qui aurait perdu son gouvernail en pleine tempête ».Ces profondes réflexions montrent à clair l’aspiration des élites haïtiennes : la domination politique et économique de la société non le bien-être des individus. Peu importe les stratégies utilisées, l’important est de conquérir et de conserver le pouvoir.

Quel discours leur sert de parapet pour exploiter les masses ? ‘’Le pays en dehors’’ de Gérard Bathelemy (1989) dénonce les politiques criminelle et inhumaine mises en œuvre par les élites haïtiennes contre les masses. Ce texte réprouve ces hommes à l’individualisme légendaire et à l’égoïsme asphyxiant ressassant depuis plus de deux siècles de faux obstacles à l’émancipation des masses. Lequel discours s’échafaude ainsi : « Ils sont archaïques, ils sont sclérosés, ils sont bloqués, ils…ils…ils… ». Un
discours dépourvu de toute scientificité, ne visant que l’abêtissement.

Comment sortir de cette crise ? Jean Price Mars, à travers la vocation de l’élite, prône l’éducation sociale. Pour lui c’est le seul traitement adéquat à nos maux. Il la conçoit comme « Une victoire que nous devons remporter sur notre répugnance à traiter avec justice et humanité ceux avec lesquels les relations de chaque jour nous mettent en contact : domestiques, ouvriers, paysans ». Quant à la jeunesse haïtienne, il l’invite à lire car lire c’est devenir meilleur. Lire c’est rompre avec les vieilles pratiques.

Quant à Demesvar Delorme (1873), dans ‘’Réflexions diverses sur Haïti’’, il priorise le travail, l’unique voie que nous devons suivre pour parvenir à la grandeur. Affirme-t-il : « Les nations qui sont fortes aujourd’hui ne le sont devenues que par le travail ; nous pouvons l’être aussi par le même moyen. La puissance ne se mesure pas à l’étendue du territoire. Venise
n’était qu’une ville bâtie sur des ilots. La Hollande n’était qu’une lisière de terre inondée le long de la mer. Ces pays-là, grâce à leur activité, grâce à leur industrie et à leur commerce, ont fait trembler les plus grands empires. Nous n’aurons pas besoin de faire trembler des empires ; mais nous avons besoin de rester maîtres chez nous ; et nous pourrons, et nous pouvons, en développant notre activité à notre tour, en faisant tout simplement rapporter à notre terre les richesses qu’elle nous offre, devenir bientôt capables de faire respecter nos foyers sans recommencer la guerre des montagnes ».

Pourquoi l’éducation sociale des masses s’avère le besoin le plus urgent ? Ce peuple
systématiquement plongé dans l’ignorance, on peut lui mettre des manchettes nues dans les mains, comme à une horde de barbares, pour massacrer ceux qui réclament sa régénération (Firmin, 1962), il n’hésiterait une seconde à le faire faute à son ignorance. Par contre, s’il est éduqué, il aura la capacité à identifier les leaders qui se conduisent en ‘’chimères’’ et les “chimères’’ qui se veulent être des leaders ; possèdera la facilité à dénoncer les politiciens cossus d’avoir et de pouvoir et limités dans leur savoir, qui se donnent, à la vitesse d’un TGV, un brevet chimérique d’intelligence, leur octroyant automatiquement l’accès à la connaissance de tout et sur tout (Larosilière, 2019). S’il est instruit, il pourra faire de meilleurs choix susceptibles d’améliorer son sort.

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