Il était une fois, Mathias Pierre, Claude Joseph et Gonzague Day étaient des anti-Jovenel

(TripFoumi Enfo) – Liquider sa conviction politique en échange de quelques pièces de monnaie est un fait très courant en Haïti. Si les uns qui ont été sur les bancs de l’école, ont des diplômes voire des doctorats, le font en échange des postes politiques, les autres, les moins fortunés surtout, le font soit pour des visas, soit pour des chèques-morts ou des fiches de carbu. Du coup, il devient en Haïti plus facile de transformer l’eau en vin que de trouver un acteur politique qui soit ferme sur sa conviction, quelque soit les offres. C’est la politique du ventre qui prime.

Il fut un temps par exemple, soit en 2016, Mathias Pierre était un homme de gauche. Corps et âme, il combattait aux côtés de Jean-Charles Moïse non seulement pour ses visions politiques, mais aussi pour contrecarrer la politique d’extrême droite des tenants du PHTK. Il était prêt à tout pour barrer la route à Jovenel Moïse, candidat à la présidence à l’époque, qui s’apprêtait à conquérir les rênes du Palais National.

Et soudain, il a tourné sa veste. Sans le moindre embarras, il a mis son costume de Tèt Kale au vu et au su de tout le monde. Le dauphin de Michel Martelly contre qui son fusil politique était pointé lors des présidentielles de 2016 change désormais de direction. Les militants politiques, les opposants de son nouveau patron sont ainsi devenus ses cibles gratuites.

Tout cela, en échange d’un poste purement politique, celui de Ministre délégué chargé des questions électorales et des relations avec les partis politiques au près du premier Ministre conformément aux termes de l’arrêté présidentiel du 13 janvier 2021. Ce poste lui a été créé puis légué en signe de gratitude pour avoir monnayé sa conviction politique. Une conviction qu’il n’a plus ; si toutefois il en avait une.

Pareil cas pour Claude Joseph, l’intellectuel haïtien qui a mis son doctorat au service de la politique phtkiste. Avant, il avait le fidèle habitude de tirer à boulets rouges en direction des Tèt Kale. C’est à ce titre qu’en 2016 qu’il avait traité les tenants du PHTK de « vautours inassouvis qui ont desséché les finances publiques haïtiennes  », dans un article titré : « Les Tèt Kale veulent le beurre et l’argent du beurre », publié dans les colonnes de RezoNòdwès.

Aujourd’hui, ce Claude Joseph a accepté de devenir respectivement Ministre des affaires étrangères et Premier Ministre intérimaire par arrêt présidentiel du même homme qu’il avait traité jadis de vautour politique. Il a même défendu son mandat, comme quoi, la constitution de 1987 serait écrite dans une langue que seul lui, en sa qualité de docteur, pouvait en décortiquer. N’est-il pas lui aussi devenu « un vautour politique » en acceptant de pareilles missions politiques ?

Qu’en est-il de Louis Gonzague Edner Day ? Le pseudo duvalieriste devenu joveneliste ? Nos archives témoignent qu’en octobre 2019, dans une entrevue exclusive que M. Day avait accordée à la rédaction de TripFoumi Enfo, que sa position sur la crise politique d’alors est claire : Jovenel Moïse doit inévitablement tourner le talon pour faire place à une transition « responsable », qui saura répondre aux grandes nécessités de l’heure.

M. Day, êtes-vous favorable à un départ de Jovenel Moïse ?, voilà ce qu’il avait répondu à la rédaction de TFE : « Pas de question d’être favorable ! Je le dis à tout le monde, j’ai une structure politique et à l’intérieur, je milite pour une autre Haïti. Je pense qu’aujourd’hui, on doit être en mesure de respecter le mandat présidentiel. Toutefois, à partir des problèmes que nous confrontons ces jours-ci, et surtout cette histoire de bandes armées, il faut un désarmement. Il faut de l’ordre, de la tranquillité et de la paix sociale. De ce fait, je pense que seule une transition responsable pourra opérer ce travail. Je pense qu’il faut un départ ordonné et une transition responsable. »

Aujourd’hui les faits progressent. La situation du pays ne fait qu’empirer de jour en jour. Les gangs se fédèrent (G9). Pourtant, Day, le nouveau recru de Jovenel, n’opte plus pour un départ ordonné de ce dernier. Bien au contraire, dans sa casquette de ministre de l’intérieur, il est prêt à montrer de quoi il en est capable à quiconque qui aurait osé stopper le référendum constitutionnel de son patron, comme un chien de garde qui défend son maître.

Alors, si vous pensez que ces conzé politiques ont changé de visage, vous vous êtes trompés. Il n’y a que les masques qui sont tombés. Car, s’ils militaient, manifestaient et dénonçaient aux vues et aux sues de tous les médias, ce n’était guère pour défendre une cause commune et populaire, mais leurs poches et des postes. Et ces caméléons, il en existe tellement que seul le temps nous permettra de les découvrir. Il suffit d’attendre. Car, si certains sont plus résistants que d’autres, il y en a qui attendent que de plus grandes opportunités leurs soient offertes pour tourner leurs vestes.

Garde à vous, citoyens avisés !

Adblock Detected

Please consider supporting us by disabling your ad blocker