Quand des intellectuels haïtiens veulent les miettes du beurre et sa monnaie

(TripFoumi Enfo) Alors qu’au fond les intellectuels du pays ne s’investissent guère pour que le changement tant espéré se pointe à l’horizon, ils sont nombreux à se faire passer comme bienfaiteurs des masses opprimées, reléguées à l’arrière-plan en vue d’obtenir d’elles une certaine popularité dont ils se serviront plus tard, soit pour être élus à un poste politique, soit pour négocier avec le pouvoir en place ou encore pour intégrer les rangs du gouvernement anti-peuple décrié, pour recevoir à leur tour leur part du gâteau. Un système qui produit des fraudeurs, des individualistes, des bluffeurs entre autres ne peut que régresser.

Cette génération semble figée, mais il y a de l’espoir. Une bonne éducation des enfants s’avère importante. Et les futurs intellectuels du pays se devront d’être fiables dans leurs décisions concernant Haïti pour relever sérieusement le défi qui les attendent : redresser la barre.


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« Ils veulent avoir et le beurre et l’argent du beurre », a fustigé le Premier Ministre par intérim Claude Joseph dans son article paru le 28 février 2016 dans la presse en ligne « Rezo Nòdwès ». D’aucun aurait pensé que c’est une déclaration d’un citoyen conséquent indigné de la corruption qui sévit dans la sphère de l’administration de son pays. Jusqu’à maintenant cependant dire qu’il ne l’est pas, ce serait porter préjudice à sa personne. Mais, deux raisons auraient été suffisantes à penser que le docteur en politique publique ne serait point devenu l’une des figures de proue de ce régime.

La première, s’agissant du pouvoir en place, il a déclaré dans l’article mentionné ci-avant que « malheureusement aucune chirurgie ne peut extraire votre héritage dans la mémoire collective, mais cette expérience doit servir de leçons à tous ». Cela peut se comprendre. Avant de se convertir en PHTK, il a peint ce régime de façon avilissante et chaotique.

Ce régime était donc pour lui un mal dont il fallait se débarrasser à tout prix. Comment imaginer, en tout état de cause, le mariage entre PHTK et Claude Joseph ?

La seconde raison, c’est que l’ancien professeur des universités, toujours dans cet article, prenait un vilain plaisir de vilipender ceux ayant apporté leur soutien au PHTK. « Le pouvoir avait consenti, des chantres et des chanteurs qui font office de vrais thuriféraires du régime » a ouvertement critiqué celui surnommé Ti Claude, un surnom dont il n’est pas fier en toute vérité. Sur ces entrefaites, les dirigeants de PHTK, ayant compris les jeux truffés de fourberies de M. Joseph, ayant voulu le bâillonner, a fait appel à lui pour lui proposer d’être leur ministre des affaires étrangères, poste qu’il a bel et bien accepté. Et depuis lors, force est de constater sa métamorphose la plus totale. Lui qui, avant d’être ministre de M. Moïse, prônait le respect de la constitution. Lui-même encore, étant au timon des affaires, lutte avec acharnement pour qu’il y ait référendum pour la réalisation d’une nouvelle constitution, oubliant que les démarches entamées sont inconstitutionnelles.

En effet, la constitution du 29 mars 1987 amendée indique clairement dans son article 284.3 que « toute consultation populaire tendant à modifier la constitution par voie référendaire est formellement interdite » et qu’ « aucun amendement à la constitution ne doit porter atteinte au caractère démocratique et républicain de l’État ». Dr. Claude Joseph, parce qu’il devient ministre des affaires étrangères puis le chef du gouvernement de l’administration de Jovenel Moïse, fait l’avocat du diable en le soutenant corps et âme dans ses violations flagrantes de la constitution. Honteux! L’ancien étudiant à l’INAGHEI, en vrai vautour, oublie l’existence de cette constitution, qu’il a beau défendre bien avant sa complicité avec les « tèt kale ».

En outre, dans une entrevue accordée à CNN, M. Joseph a balayé d’un revers de main les déclarations selon lesquelles le mandat de M. Moïse a pris fin le 7 février dernier, pourtant clair dans l’article 134-2 de ladite  constitution : « l’élection présidentielle a lieu le dernier dimanche d’octobre de la cinquième année du mandat présidentiel. Le président élu entre en fonction le 7 février suivant la date de son élection. Au cas où le scrutin ne peut avoir lieu avant le 7 février, le président élu entre en fonction immédiatement après la validation du scrutin et son mandat est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l’élection ». Cet imbroglio est né du fait que l’élection présidentielle organisée par M. Jocelerme Privert en octobre 2015 qui avait proclamé M. Moïse élu dès le premier tour a été annulée pour fraude.

Réélu au deuxième tour en 2016, Jovenel Moïse a été contraint de prêter serment le 7 février 2017. Or, la fin de l’article 134.2 cité en haut stipule : « […] son mandat (c’est-à-dire le mandat du président élu) est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l’élection », soit le 7 février 2016. Le mandant du natif du Trou-du-nord aurait dû alors s’étendre entre 7 février 2016 et 7 février 2021. Il est clair que Claude Joseph est prêt à tout afin de satisfaire le pouvoir. Parce que d’un Ministre au Premier Ministre, il ne cesse de gravir les échelons.

Cela dit effectivement qu’il est un homme de confiance pour ce pouvoir. D’emblée, il y a lieu de comprendre pourquoi il était antipathique envers ceux ayant promu le PHTK.

Probablement, c’est parce qu’il leur était envieux pour n’avoir pas été à leur place. Sa politique de ce fait ne serait autre qu’«ôte-toi que je m’y mette ». Sa collaboration avec le PHTK est ainsi fallacieuse. Cela n’inspire pas confiance. Ne serait-ce que les miettes du beurre qui l’intéresse ?

Le cas de Penn

Le Politologue Roudy Stanley Penn a appelé le Président de la République à faire un choix contre lui-même mais en faveur d’Haïti, lisait-on le 11 février 2019 sur Haïti 24. Cet appel à la démission du président se faisait pour la réalité macabre du pays. Mais, à ne pas oublier, la plupart de nos intellectuels sont extrêmement coquins.

Cet appel également aurait pu donc se faire pour que Penn s’attire l’attention de M. Jovenel Moïse. Car, les messages de nos intellectuels militants vis-à-vis du pouvoir souvent codés mais toujours décryptés par ce dernier. Ils ont en ce sens leur manière de communiquer sans que le peuple ne les comprenne. C’aurait été tel que prévu, le gouvernement a jeté son dévolu sur lui. Il est par conséquent nommé ambassadeur à Taiwan, et succéde à ce poste Hervé Denis.

Et entretemps, ses flagorneries ne cessent de décupler à une vitesse supersonique sur les réseaux sociaux. Il a publié sur l’un de ses comptes ce qui suit : « malgré les difficultés politiques, le président Jovenel Moïse travaille et reste attacher à sa conviction de servir les vulnérables qui constituent le plus grand nombre ». Fort de ce constat, serait-il impoli de demander à notre jeune ambassadeur si la réalité macabre se transforme en une réalité paradisiaque ?

Mathias Pierre, l’homme de tous les partis

Nul sur cette terre ne peut appréhender les intentions de Mathias Pierre, pas même lui d’ailleurs. Le journaliste John Wesley Delva le décrit en ses termes : « Mathias Pierre est comme un pet qui change selon le trou du cul duquel il est sorti ». C’est l’homme de tous les partis. Un vrai nomade quoi!

Ses parcours en disent autant. Tout d’abord, il était PDG de l’entreprise GAMA qui, par la suite, a fait faillite. Ce qui sous-entend sa fermeture. Ensuite, il s’est réfugié dans la politique (de membre de LIDE de Gabriel Fortuné, de candidat malheureux à la présidence, d’allié de Pitit Desalin, à allier du PHTK). Enfin, il devient Ministre délégué auprès du premier ministre chargé des questions électorales et des relations avec les partis politiques.

Pour certains, c’est un ministère fictif créé pour satisfaire non seulement Matthias Pierre mais encore pour que les dirigeants du PHTK et lui blanchissent beaucoup plus professionnellement l’argent du pays. L’Ingénieur civil ne manque pas de satisfaire l’ego du pourvoir. Il se positionne au-devant de la scène pour la réalisation du référendum projeté par M. Jovenel Moïse le 27 juin prochain.

Du reste, l’auteur du livre de « Le pouvoir du rêve » représente le pouvoir même à l’échelle internationale, a-t- on vu sur France 24 lors d’une confrontation musclée avec M. Youri Latortue. IL y a défendu la légitimité de M. Moïse après la fin du mandat de celui-ci le 7 février dernier. Il y a aussi abordé la sécurité dont jouissent les haïtiens vivant un peu partout dans le pays. Pure imagination!

Non soucieux de son image oblitérée, M. Pierre cherche peut-être dans la politique une issue pour un regain de son investissement perdu dans l’entreprise GAMA. Mathias Pierre était sans espoir à ce qu’il parait après l’anéantissement de celle-ci. Voulant survivre, répondre aux besoins de sa famille et assurer sa vieillesse, il se fait sans doute mercenaire politique.

Rudy Hériveaux, le caméléon

N’est-il pas sans égal lui ? En tout cas, il est presqu’impossible de le décrire en raison de la quantité d’encre que cela nécessiterait. Et il n’y en aurait jamais assez pour dire vrai. On lui fait du tort en revanche de ne lui pas accorder un prix.

Le directeur du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) ne peut qu’être félicité pour ses performances hors du commun pour son art de ramper sur l’échiquier de la politique haïtienne. Chapeau bas au médecin Hériveaux! Un dicton haïtien dit : «  bat men ankouraje chen ».

Il est à remarquer que le choix de ces fonctionnaires dont les noms viennent d’être cités se fait aléatoirement. C’est pour dire qu’ils ne sont pas les seuls. D’ailleurs, décrire des intellectuels militants haïtiens, c’est presque du pareil au même.

Comment ses rapaces parviennent-ils à établir une place dans la politique?

Fort souvent, ils commencent leur militantisme au sein de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), étant étudiants. Ils se font protecteurs et revendicateurs des masses opprimées reléguées à l’arrière-plan. Ces sophistes, se drapant du marxisme, feignant de travailler pour chambarder le système, se disent souvent favorables pour un nouveau contrat social.

Tout ceci n’est pourtant que de la pure comédie. Ils veulent juste se faire remarquer, soit par le pouvoir en place, soit par la bourgeoisie, afin au final de les soutirer une pitance. Ils se servent donc de la misère de ses semblables et de la vulnérabilité du pays pour parvenir à leurs fins.

Une humble illustration était celle de Claude Joseph en 2004, étant étudiant à l’INAGHEI. Voulant s’ériger en bienfaiteur de la société haïtienne, manipulé (ainsi que ses compagnons de lutte) par la bourgeoisie compradore, le nouveau premier ministre s’est lancé dans la lutte pour renverser le régime d’Aristide, et ce, avec de grands troubles qui s’ensuivirent.

Par ailleurs, la politique ne se fait pas seulement en ligne droite. On y trouve aussi des détours, autrement dit, des parcours sinueux. Edmond Paul avait raison de dire que « la politique n’est pas l’affaire des gentils ». Ce n’est non plus l’affaire des hommes et femmes sans idéologie. La manière de faire de la politique dans le pays est hallucinante et vertigineuse.

Les politiciens, étant élus ou encore embauchés dans l’administration publique, ne pensent qu’à la fraude et au pillage de la caisse de l’État.

Et si cette façon de faire de la politique était normale aux yeux de la sociologie?

Etre riche, ôter ses siens de la précarité, parler français sont entre autres les leitmotivs inculqués dans la crane des écoliers haïtiens et écolières haïtiennes. De cette conception, leur personnalité se construit : ils vont à l’école pour devenir riches, et ce, peu importe la façon. Ils deviennent individualistes.

Dans ce cas, ils ne voient que leur bien-être, et quelque fois celui des siens, sans prioriser celui du collectif, c’est-à-dire du pays. De l’autre côté, qui pis est, les histoires de Bouki et Malice dérangeraient fort bien les relations entre les filles et fils du terroir en raison de l’extrême surveillance de l’un sur l’autre pour ne pas se laisser amadouer. Ils ne peuvent pas en effet se mettre ensemble pour une macro projet.

Bouki est le personnage chancre qui se laisse souvent duper par Malice. Ce dernier, le plus intelligent, dirait-on, est le personnage préféré de nos élèves. Ils grandissent indubitablement avec cet esprit. Et ça laisse une séquelle dans l’imaginaire haïtien : on ne peut être intelligent que lorsqu’on trompe et vole l’autre ou le pays.

Sans doute, si l’intellectuel haïtien fait du tort à la nation, c’est parce que, dès son enfance, il est imprégné de ces histoires égoïstes, sans valeurs morales ni patriotiques. Ce ne serait pas ainsi un péché de dire que nos écoles ne forment pas des citoyens honnêtes, intègres et patriotes, mais des individualistes, des bluffeurs.

Or, la sociologie n’est pas la psychologie qui veut que l’homme soit appelé à dépasser la conception de son milieu. Au contraire, pour elle, l’homme est le fruit de la société. Celle-ci le canalise. Si certains de nos intellectuels sont des avares et participent dans la dilapidation de fonds publics, c’est alors très normal aux yeux de la sociologie.

Est-il possible de redresser la barre ?

Cette génération semble figée. Ils ont l’âme gangrenée, de par son éducation. De ce fait, pour redorer le blason du pays, il faut obligatoirement viser les enfants. Et pour remédier à ces genres de dérives qui déstabilisent le pays, beaucoup de mesures se révèleraient utiles.

Primo, une bonne éducation des enfants s’avèrerait incontournable. Il faudrait orienter l’enfant haïtien en bonne et due forme; comme il lui reviendra de prendre les rênes de la République à l’avenir. Il serait plus que nécessaire de le faire comprendre qu’il va à l’école non pour s’enrichir ou retirer sa famille de la situation précaire à laquelle elle fait face, mais surtout pour contribuer au développement du pays.

Secundo, il faudrait d’une part, du cursus scolaire haïtien, retirer le manuel racontant les histoires de « Bouki ak Malice »; et d’autre part en ajouter le manuel j’aime Haïti et d’autres de contenus altruistes et patriotiques si nécessaire en vue d’apprendre à l’enfant de nouvelles valeurs morales et patriotiques. Un pour tous, tous pour un, c’est cette phrase qui devrait hanter la pensée de l’enfant. Former des enfants destinés à diriger le pays exige beaucoup de rigueur et de valeurs morales. Un intellectuel en devenir qui pensera le pays se devra d’être fiable dans ses décisions.

Tertio, il faudrait en finir pour de bon avec l’impunité en Haïti. Une autorité qui vole l’État doit être poursuivie et punie.

Un système qui produit des fraudeurs, des bluffeurs et des individualistes ne peut que régresser. Si nos politiciens, de concert avec certains intellectuels pillent le pays, ce n’est pas le fruit du hasard.

Roldens Raymond, diplômé en journalisme, étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH)

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