Enquête | Les origines de l’assassinat de Guerby Geffrard et du massacre de Delmas 32

(TripFoumi Enfo) – L’assassinat de Guerby Geffrard à Delmas 32 et le massacre qui s’en est suivi vers les une heure du matin (1:00 AM) sont deux drames indissociables. Des personnes visiblement bien informées de ces deux incidents témoignent.

À Delmas 32, dans une localité appelée Rue Dessalines, il était exactement quatre heures et demie dans l’après-midi (4:30 PM) quand on a entendu la détonation d’au moins cinq (5) coups de feu. Il nous a fallu seulement quelques minutes pour voir sur tous les réseaux sociaux le corps inerte de Guerby Geffrard, gît dans son sang. Cette fois-ci, le délégué du Syndicat de la Police Nationale d’Haïti (SPNH-17) s’en est allé pour de vrai. Il n’a pas été décédé sur les lieux du crime. Après avoir été criblé de balles au niveau de la poitrine, une escorte privée était dépêchée sur les lieux et l’avait transporté d’urgence dans un centre hospitalier de la zone. C’est sur son lit d’hôpital qu’il est passé de vie à trépas. Son décès a été confirmé quelques heures après.

Un mois plus tôt, soit le premier mai 2021, les informations disponibles faisaient croire que Guerby Geffrard, membre fondateur du SPNH-17, a été tué par balles. Une image de son corps maculé de sang circulait en boucle sur les plateformes sociales. Mais, l’institution policière avait sorti une note pour dire qu’aucun décès du concerné n’est encore confirmé. Son cadavre était introuvable. Trois jours après la nouvelle de son décès, le policier syndiqué a fait sa première réapparition publique le 3 mai et a affirmé qu’il a effectivement été atteint d’au moins cinq (5) projectiles et grâce aux esprits et au grand Dieu de l’univers, il a pu passer de la mort à la vie. « Les preuves sont là. Mon t-shirt où l’on voit mon corps baignant dans mon sang est réel et je l’ai avec moi », avait-il précisé dans une vidéo le jour de sa « résurrection ».


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Guerby Geffrard exécuté pour s’être opposé à l’installation d’un chef de gang à Delmas 32

Telfort, un cinquantenaire propriétaire de maison à la Rue Dessalines, quartier de Delmas 32 où Guerby Geffrard a été criblé de balles, témoigne avoir vu la scène du début à la fin. « J’étais dans les environs. Je parlais football avec quelques amis du quartier. Guerby est venu et s’installe non loin de moi dans un bar de la zone pour boire de la bière. Il était 4 heures dans l’après-midi. Soudain, il a élevé la voix et a déclaré haut et fort que jamais il aura accepté qu’un groupe de gang vienne s’installer à Delmas 32 – ce quartier qui l’a vu grandir. J’ai entendu de mes propres oreilles quand il a dit qu’il faudra d’abord le supprimer si les bandits veulent prendre le contrôle de Delmas 32 », a raconté Mr. Telfort qui dit toutefois ne rien savoir sur l’origine de la discussion.

« Quelques minutes après sa déclaration, près de cinq individus lourdement armés se sont rendus dans les parages. Ils étaient à bord de plusieurs motocyclettes. Ils ont ouvert le feu sur Guerby. Celui-ci a été touché de plusieurs projectiles au niveau de sa poitrine. Plusieurs autres voisins du quartier s’empressaient de vider les lieux après le drame. Mais les forfaiteurs ont donné la garantie qu’ils ne leur feront aucun mal. Ils disaient qu’ils étaient de la police. Mais personne ne pouvait en confirmer puisqu’ils n’avaient visiblement ni badges ni uniformes de la PNH pour soutenir leur allégation », poursuit le cinquantenaire.

Questionné sur la raison de cette fusillade, un autre jeune du quartier connu sous le sobriquet de Touwil, rapporte que dans la soirée de 29 juin, les caïds de la zone avaient prévu d’organiser une fête sous forme de cérémonie d’investiture (pwogram atè plat) pour installer un nouveau chef de gang à Delmas 32. Ce que Guerby Geffrard avait rejeté d’un revers de main. Toujours selon ce jeune apparemment dans la vingtaine, depuis le 17 juillet 2020, date à laquelle Nickson BATEAU, policier issu de la 21ème promotion de la PNH, assassiné par balles dans une localité dénommée « Gran Lakou » à Delmas 32, la zone n’avait plus de chef de « gang ». C’est pour prendre la relève que les lieutenants de Bateau voulaient installer un nouveau “commandant” à sa place. Le poste était vacant.

Origine possible du massacre

Guerby Geffrard était délégué et membre fondateur du Syndicat de la PNH. Une entité au sein de l’institution policière qui apparemment était de mèche avec les policiers protestataires qui faisaient partie du groupe dénommé «Fantom 509». Ces deux groupes avaient le même centre d’intérêt : celui d’améliorer les conditions de vie des policiers. Mais, leur façon de protester était nettement différente. Car, le SPNH-17 a été officiellement reconnu au sein de la Police alors que le « Fantom 509 » est parallèlement considéré comme un groupe de terroristes. Ce, pour avoir semé que de la terreur et de la pagaille en signe de protestation à chaque fois qu’ils gagnent les rues. Mais implicitement, cela n’avait pas empêché que ces deux groupes de policiers syndiqués se considèrent comme des frères.

En effet, selon les propos de Touwil, il est plus qu’évident que ce sont les policiers proches du SPNH-17 et de « Fantom 509 » qui sont à l’origine du massacre. Ils s’y rendaient à Delmas 32, exactement à la Rue Dessalines où Guerby a été tué, rien que pour venger le sang du désormais défunt. Néanmoins, toujours dit-il, ils n’étaient pas venus pour prendre la vie des innocents. Ils voulaient plutôt ôter la vie du nouveau chef de gang de la zone et éventuellement quelques-uns de ceux-là qui avaient pris part à la soirée festive de son installation. Mais la soirée n’a pas pu avoir lieu. Ce, visiblement parce que le sang de Guerby a été coulé seulement quelques heures avant la fête , raconte Touwil.

« À bien y voir, en arrivant au bas de la pente du Pon Odilon, ils ont contraint les marchands et passants qui y étaient de vider les lieux, sans aucun coup de feu », poursuit-il avant de conclure que c’est en arrivant à la Rue Dessalines, constatant que la fête n’a pas eu lieu, qu’ils ont ôté la vie de toutes les personnes qu’ils ont trouvé sur leur passage ». Selon les remarques de Touwil, natif de la zone, les forfaiteurs n’ont fait preuve d’aucune pitié vis-à-vis des gens qui ont été trouvés à l’endroit où le sang de Guerby a été versé. Raison : « si les résidents de la Rue Dessalines n’étaient pas d’avis qu’un nouveau chef de gang vienne s’installer dans la zone, ils n’auraient pas appelé ces tueurs pour ôter la vie du policier syndiqué », a conclu le jeune Touwil. Ce qui laisse penser qu’ils ont été tous tués pour complicité dans l’assassinat de Guerby.

Quid du double assassinat de Netty et de Diego, s’agit-il du même règlement de compte ?

Selon un communiqué du RNDDH, du 29 au 30 juin 2021, à Delmas 32, à l’Avenue N et à Christ-Roi, des individus armés ont fait feu sur au moins vingt personnes, tuant dix-neuf d’entre elles et blessant au moins une autre. À la rue Dessalines, Delmas 32, trois motocyclettes transportant au moins deux individus chacune, tous lourdement armés, ont ouvert le feu sur des personnes. Cette attaque a fait au moins quinze morts dont quatorze sur le coup et un autre, à l’hôpital. Ce dernier faisant partie des deux blessés qui avaient été conduits à l’Hôpital Bernard Mevs.

Parallèlement, à la Rue Acacia, Christ Roi, trois autres personnes ont été assassinées, dont la militante et porte parole de Matrice Libération, Antoinette (Netty) Duclaire et le journaliste de la Radio Vision 2000, répondant au nom de Diego Charles ; tous deux travaillant à l’agence numérique en ligne LaRepiblik. Selon les précisions du RNDDH, Diego Charles a reçu deux balles dont l’une au flanc droit et l’autre à l’avant-bras droit. Il se trouvait devant la barrière de sa maison, à la rue Acacia, zone Christ-Roi. Pour sa part, Netty a reçu sept balles dont une à la tempe gauche, une à la joue gauche, une au bras gauche, deux au sein gauche et deux autres balles au bras droit. Elle se trouvait au volant de sa voiture, devant la barrière de la maison de Diego.

Certes, ces meurtres ont eu lieu dans la même soirée, mais il s’agit purement et simplement de trois événements sanglants différents qui se sont produits dans trois zones différentes, à des moments différents soit à Delmas 32, à Christ-Roi et à l’Avenue N, précise le rapport du RNDDH. Cette information s’avère correcte dans la mesure où le nombre de projectiles administré à la militante Antoinette Duclaire fait montre que son exécution a été préalablement bien planifiée. Tuée de sept projectiles au volant même de son véhicule, alors que ce dernier n’ait reçu aucun impact de balle, solidifie l’hypothèse que son assassinat a été une autre affaire. D’autant plus que l’on sait qu’elle est la seule victime du drame à avoir reçu autant de balles.

Les vraies causes de cette nuit sombre : le RNDDH et la PNH se contredisent

Moins de 24 heures après le massacre, soit le 1er juillet 2021, le commandant en chef de l’institution policière, Léon Charles, a fait sortir les résultats de ses enquêtes. De concert avec le Premier Ministre a.i d’alors, Claude Joseph, ils ont donné une conférence de presse dans laquelle ils affirmaient mordicus que selon les premiers résultats des enquêtes, les policiers appartenant au groupe “Fantom 509” sont à l’origine du bain de sang orchestré à Delmas 32 dans la nuit de 30 juin 2021. Pour soutenir cette thèse, le DG a.i de la PNH soutient que ces derniers ont vengé le sang de Guerby Geffrard, porte-parole du SPNH, tué à la rue Dessalines (Delmas 32) dans l’après-midi de 29 juin, quelques heures avant le massacre.

Le RNDDH a jeté d’un revers de main cette allégation. Il a même qualifié les déclarations de la PNH de « hâtives et irresponsables ». Il en est de même pour l’organisation de droits humains. Elle soutient que selon les résultats de ses enquêtes, les auteurs de cette nuit sombre ont été identifiés comme faisant partie de la Base “Krache Dife”, un des gangs influents du “G9 an Fanmi e Alye”. Sauf que, de l’avis de plus d’un, quand on analyse les hypothèses de cette organisation, il paraît absurde que des tenants du G9 viennent commettre de pareils forfaits à Delmas 32 quand on sait que l’un de leur allié allait prendre la commande de la zone dans la soirée même du massacre.

De surcroît, comment croire que la base de “Krache Dife”, membre du G9, voulait venger la mort de Guerby Geffrard, quand on sait qu’il était membre du SPNH-17, indirectement allié de “Fantom 509”, et qui du coup était considéré comme leur opposant farouche. Vraisemblablement, jamais ils auraient voulu venger la mort d’un policier syndiqué qui d’ailleurs les avait toujours considérés comme ennemis. Mais, qu’il s’agisse des réponses obtenues de la part des personnes qu’on a questionné autour de cette enquête, qu’il s’agisse de l’hypothèse du RNDDH, seule l’institution policière peut découvrir les vrais auteurs de ce bain de sang avec les indices que les forfaiteurs ont inconsciemment laissés sur leur passage lors de ce crime. Mais comme d’habitude, les enquêtes se poursuivent. Espérons que les résultats finiront par faire surface.

Jim Larose, auteur

Note de l’auteur : tel promis à nos informateurs au cours de notre enquête, nous n’avons pas révélé leurs identités pour question de sécurité, vu la fragilité du dossier. D’autant plus qu’ils habitent dans la zone. Les noms ci-dessus mentionnés ne sont que des noms d’emprunt qui n’ont rien à voir avec leurs vraies identités. De surcroît, les révélations de cet article ne sont pas les opinions de son auteur – elles sont plutôt des témoignages recueillis auprès de plusieurs résidents de Delmas 32, témoins oculaires de ces différents événements, qui ont plus ou moins connaissance du drame. Je ne suis malheureusement pas en mesure de vérifier l’authenticité de leurs témoignages.

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