Réponse à la Sénégalaise Fatoumata Esther NDIAYE dans sa lettre adressée au peuple haïtien

Chère cousine, je te salue tout en espérant que tu vas bien.

J’ai reçu ta lettre et je l’ai lue avec intérêt. Après lecture, j’ai choisi de t’adresser en quelques lignes. Laisse-moi te dire cousine, ici tout ne va pas bien. On existe, on respire, on marche mais on ne vit pas. Dans un pays où tous les indicateurs (économie, santé, éducation, sécurité) sont en rouge, comment j’arriverai à te dire que nous allons bien?

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En fait, je ne suis pas en désaccord avec toi dans ta lettre. Tu as fait un survol historique pour nous rappeler que nous sommes originaires d’Afrique, que nos ancêtres étaient des esclaves de Saint Domingue, que Jean-Jacques Dassalines nous a donnés la liberté, que nous avons combattu à Savannah, que nos ancêtres ont aidé à la libération de certains pays de l’Amérique latine…

Oui, on est originaires d’Afrique. Oui nos ancêtres étaient des esclaves. Oui Dessalines nous a donnés la liberté. L’histoire nous a dits que nos ancêtres ont combattu à Savannah. Dessalines voulut que nous, les noirs, soyons libres et égaux et ceci, partout à travers le monde. Dessalines voulut le bien être de tous les Haïtiens. Mais je veux te rappeler que ce Dessalines là était entouré de traîtres, de mesquins et de corrompus (Pétion, Boyer) qui, de leur part, n’étaient pas pour la liberté et le bien être de tous. Ils voulurent se faire affranchis afin de se procurer des esclaves et des terres dans la Colonie. Contraints par la mort de Maurepas et la déportation de Rigaud, ces colons mulâtres se trouvèrent menacés et furent obligés de s’arranger aux côtés des noirs dont Dessalines, dans le seul but de se débarrasser des colons français et d’en prendre place mais pas pour la liberté de tous.

L’histoire dont tu parles, la nôtre, je pense qu’elle doit te rappeller comment ces colons mulâtres (Pétion, Boyer) ont assassiné le 17 octobre 1806 notre cher Père fondateur. Le but était d’instaurer leur système basé sur la corruption, le laisser-faire, le gaspillage, l’escroquerie… Je pense que cette histoire te rappelle aussi qu’Henri Christophe n’a pas réussi la bataille de Sybert le 1er janvier 1807 qui visait à capturer Pétion. Et plus tard, Pétion instaura dans l’Ouest d’Haïti sa politique d’inégalité et du favoritisme. Je pense que cette même histoire te rappelle aussi qu’en 1825, Jean Pierre Boyer décida de verser à la France une indemnité pour la reconnaissance de notre indépendance conçue au prix du sang de nos ancêtres.

Haïti qui était avant une fierté pour les noirs, un espace où il fait bon de vivre, une référence en production agricole, une destination touristique, devient aujourd’hui un dépotoir, une entité chaotique, un bateau sans gouvernail (naje pou sòti), une jungle où les petits animaux représentent des poies pour les grands. Vivre en Haïti aujourd’hui devient une résistance. Les bandits font la loi, ils décident de qui doit vivre, mourir, posséder et qui doit être pauvre. Les dirigeants Haïtiens sont des envoyés spéciaux, accapareurs qui travaillent pour le compte de leurs maîtres. Les bourgeois ne sont pas de patriotes, ils préfèrent l’importation sur la production. Ces grands revendeurs sont tellement malhonnêtes qu’ils investissent dans les gangs pour garder la monopole du marché. l’Afrique compte sur nous, vraiment nous devons faire sa fierté mais elle doit se solidariser avec nous.

Nous Haïtiens, nous nous trouvons dans ces merdes (migration, déportation, chasse, misère, chômage, insécurité) parce qu’on a choisi de voter pour de billets de 1 000 gourdes, de voter des illettrés contre des intellectuels, des chanteurs contre des professeurs. Parce que nos dirigeants ont fait choix de rompre les relations avec des pays amis (Vénézuela) pour faire plaire aux pays colonisateurs et pilleurs. Parce qu’ils ont fait le choix de la corruption contre le fournissement de services publics, l’importation contre la production, l’impunité contre la justice, l’armement des jeunes des quartiers populaires contre la jeunesse estudiantine.

La déportation est frustrante. On ne peut pas l’imaginer. Il y a des Haïtiens qui sont vraiment à la recherche de mieux être, mais il y a tant d’autres qui étaient auparavant dans un pays où ça allait plus ou moins. Ils le font juste pour avoir un titre de «vraie diaspora». C’est de la folie. Jusque là, ce ne sont pas eux les vrais problèmes car vivre aux USA est un grand rêve même pour nos dirigeants.

Chère cousine, est ce que tu savais que les familles des dirigeants Haïtiens ne vivent pas en Haïti ? Est ce que tu savais que chaque weekend, les dirigeants Haïtiens ont besoin de forte somme de dollars US pour envoyer vers de grands pays pour le paiement de l’écolage, du loyer, de la nourriture et autres? Chère cousine, savais-tu que la majorité des dons fournis à Haïti par l’USA, le Canada, la France, le FMI, retournent à eux grâce à des « ONG » implantées en Haïti? Ce n’est sûrement pas une nouvelle pour toi car tu as énuméré dans ton texte que les fonds fournis à Haïti pour sa reconstruction après les dégâts du séisme du 12 janvier 2010 furent dilapidés par une famille américaine de complicité avec des dirigeants de la place.

Pour terminer, cousine, je veux te dire que nous, les Haïtiens, nous nous débarrasserons de ces vipères quand nous prendrons en main nos destins et refuserons de suivre ces dirigeants corrompus, parties prenantes de ce système. Quand nous choisirons la collectivité sur l’individualisme, la revendication sur la résignation, le vote des programmes fondés sur des slogans de campagne.

Cousine je suis ravi de voir que tu partages nos peines, je te suis vraiment reconnaissant. À bientôt.

Menol VOYELLE (Mandela le grand)
Étudiant ménorant en Administration Publique à L’INAGHEI et jeune entrepreneur

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