Point d’avenir avec la « classe politique » haïtienne

(TripFoumi Enfo) – 30 septembre 2021 rappelle le coup d’État militaire sanglant ayant abouti au départ forcé du président Jean Bertrand Aristide. L’évènement majeur qui a frappé de plein fouet l’ère démocratique initiée par la chute de la dictature des Duvalier et, subséquemment, par l’adoption de la constitution du 29 mars 1987. Troisième putsch militaire en à peine quatre années depuis l’adoption de la constitution de 1987, ce fut un retour brutal aux années 50 où, avant l’accession de François Duvalier au pouvoir, les putschs militaires étaient monnaie courante.

Contresens à l’idéal de la révolution anti-duvaliérienne, ce fameux coup d’État de 1991 n’était que le premier revers d’une longue série de mésaventures politiques qui sapent les fondements idylliques de la fièvre démocratique post-duvaliérienne mais qui insèrent la nation dans une transition politique interminable. La nation tout entière, en effet, aspirait à l’avènement d’une nouvelle forme de gouvernance, d’une nouvelle classe politique. Cependant, sous la dictée des institutions de Bretton Woods, comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, l’application des politiques néolibérales a détourné rapidement la trajectoire économico-politique – que suivait le peuple haïtien galvanisé par les rudiments de la « théologie de la libération » – vers l’endettement et la dépendance.

Ainsi commence l’escalade des dérives. Entre autres la privatisation des entreprises publiques et les fractures politiques incessantes donnant naissances à une mosaïque de partis, regroupements de partis et plateformes politique sans fondement idéologique réel ni projet probant de société. Le chômage et la misère allant croissants, ceux qui aspirent au pouvoir n’espèrent qu’accéder à une certaine mobilité sociale et deviennent réellement une « classe » politique. Définitivement détachés des aspirations du peuple, ils développent désormais une conscience politique totalement différente de la celle populaire axée sur le bien-être collectif.


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Trente années passées, le constat est hideux et honteux. L’instabilité politique cède la place à l’anarchie et au chaos. La corruption et l’institutionnalisation du banditisme deviennent la norme depuis l’accession au pouvoir du chanteur Joseph Michel Martelly à 67,57% des voix au second tour d’un scrutin entaché d’irrégularités. Des différents scandales de corruption et de dilapidation de fonds publics, notamment l’affaire Petrocaribe, à la fédération de gangs armés, rien ne permet à un citoyen honnête d’espérer un avenir en Haïti. La jeunesse haïtienne en est la principale victime.

Du 19 au 30 septembre 2021, cinq mille quatre cent cinq (5405) haïtiens sont revenus dans le pays, déportés des États-Unis. Aujourd’hui, le Mexique et les Bahamas se joignent à la fête : la déportation continue. De plus, en république voisine, la situation n’est pas meilleure. Entre déportation, restrictions et mauvais traitement de tout genre, l’haïtien est mal vu en République Dominicaine, qu’il soit étudiant ou sans-papiers. Malgré tout, deux choix s’offrent actuellement aux jeunes : rejoindre un gang armé et vivre du kidnaping, l’entreprise la plus florissante en Haïti actuellement ou fuir le pays par n’importe quel moyen.

Cette « classe » politique, au pouvoir comme dans l’opposition, perpétue l’escalade des dérives entamées il y a trente ans. Aujourd’hui, la tendance de tout discours politique est d’incriminer le « système » alors que la pratique même de cette classe politique est le système. L’avenir du pays appelle une autre révolution : celle de la jeunesse. Une révolution antisystème impliquant le rejet pur et simple de cette classe politique sans projets ni bilan. Une révolution paradigmatique de la politique où cessera l’opposition creuse du conjoncturel au structurel. Car, ce qu’on appelle conjoncturel en Haïti n’est que la manifestation nouvelle de problèmes récurrents. Tout est structurel sans la fin de cette interminable transition démocratique.

Feu Maitre Monferrier Dorval disait avant qu’on ne le réduise au silence : « Le pays n’est ni administré, ni gouverné, ni dirigé. » Il n’avait pas tort. Aujourd’hui, Haïti n’est même plus cet « État failli » que regrettait le Professeur Sauveur Pierre-Étienne, wébérien de son état. Aujourd’hui l’État haïtien est totalement effondré. L’avenir du pays ce sont ces ruines de l’État sur lesquels nous végétons aujourd’hui. L’avenir d’Haïti c’est la refondation de l’État-nation.

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