Les bandits au pouvoir en Haïti !

L’année 2011 a marqué une sorte de rupture dans l’histoire politique d’Haïti, car de nouvelles personnes forgées par les maîtres du système, bien sûr, avec de nouvelles pratiques politiques pas trop étonnantes, mais non sans conséquences graves sur l’avenir du pays ont pris le pouvoir à partir d’une élection frauduleuse réalisée par la mafia. Ces hommes et femmes, fourmillant dans les institutions étatiques, ont fait fi de toutes les valeurs républicaines. Leur chef ? Michel Joseph Martelly, chanteur et musicien, devenu s’il vous plaît Président. Et cela, au préjudice de cette nation d’histoire unique et de liberté pleine et entière. Ils se nomment avec fierté « bandits légaux ».

Inimaginable, la candidature de Michel Joseph Martelly, lui, qui, de sa bouche, avait l’habitude de se livrer à des besognes les plus sordides au temps qu’il vivait aux États-Unis. La voix de « Haïti 200 » s’est présentée à la présidentielle de 2010. Pour beaucoup d’observateurs, analystes, universitaires, entre autres, ce n’était, du moins dans les premiers moments, qu’une pure blague de laquelle nul n’est tenu de rire, puisque, dans tous les pays dignes de ce nom, les sans scrupules, les névrosés et les énergumènes au superlatif connaissent leurs limites. Mais, la sagesse haïtienne nous dit : « Anpil fwa, ti bwa ou pa wè a, se li ki pete je ou ».

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On aura beau en douter, mais c’est vrai. En effet, Michel Martelly, non populaire, a participé aux scrutins comme une grosse plaisanterie. À la surprise générale, le candidat du pouvoir d’alors Jude Célestin écarté par le Conseil Électoral Provisoire (CEP), le premier des « bandits légaux », supporté par le « blanc », a été retenu pour le second tour face à l’ancienne première dame, Mirlange Manigat. Malgré le fait que M. Célestin et d’autres acteurs du monde politique haïtien avaient crié au scandale, Pierre-Louis Opont, président du CEP, n’avait juré que par la tenue de l’élection. Ce qui a été fait le 20 mars 2011.

Environ deux semaines après, les résultats préliminaires ont donné l’avantage à l’homme issu de la moyenne bourgeoisie haïtienne. Le 21 avril, M. Opont, à travers le CEP, a déclaré Michel Joseph Martelly président d’Haïti officiellement avec 67,57 % des voix contre 31, 74 % pour sa rivale, la constitutionnaliste Mirlande Manigat. Le 14 mai 2011, le nouveau chef de l’État a pris fonction, succédant ainsi à René Préval. Voilà le début d’un nouveau mal bien pensé par l’extérieur et une bonne partie des élites haïtennes, si élites haïtiennes il y en a.

L’arrivée de ce « garçon » au plus haut niveau de l’État a enterré de plus en plus le pays dans la crise. Pour conserver son pouvoir, il s’est servi d’une canne destructice, étant de nature à porter un coup fatal à toute perspective d’avenir. Il s’agit de quelques groupes armés par son équipe en grande partie. La formule devient » tout par et pour les bandits, qu’ils soient légaux ou illégaux, la même chose ». Ces derniers, comme nous le constatons, règnent en maîtres et seigneurs sur le territoire national. Avec eux , Haïti devient une terre où la mort par balle devient une compagne de route, et ce, en permanence.

Après que « Sweet Micky », dans un deal politique avec Jocelerme Privert, président du Sénat d’alors, a remis le pouvoir en février 2016 sans avoir réalisé les élections pour renouvler le personnel politique du pays, la transition qui s’en est suivie a bel et bien porté l’empreinte de son passage où les gangs armés terrorisent les membres de la population, déjà meurtris par la misère. M. Privert, chef de la transition, n’a fait, conformément à ce qui a été convenu, que séparer des postes aux soi-disant opposants à son prédécesseur. C’était juste pour berner ceux et celles qui peuvent l’être.

Voici venu le temps des élections, soit en novembre 2016. Michel J. Martelly a donc désigné son remplaçant : Jovenel Moïse, non connu sur la scène politique haïtienne. Lors de sa présentation pour la première fois par son mentor à la population, cet outsider incarnait l’image d’un homme soumis, vil et sans échine. Sans doute, il a été choisi par rapport à sa physionomie de manière à mieux tromper les masses populaires cherchant un candidat qui leur ressemble, peut-être. Pauvre peuple, qui n’arrive pas à détecter des produits jumeaux, mais présentés avec un autre emballage !

À coup de millions et grâce au support incommensurable de la presse haïtienne, Jovenel Moïse est devenu le 58ème président du pays, selon les résultats. Au cours de son mandat, nombreuses sont ses réalisations. Parmi lesquelles, on peut citer les massacres de La Saline, de Bel-Air, les exécutions sommaires des manifestants et, la plus grande, la fédération des gangs armés de la région métropolitaine de Port-au-Prince grâce à la Commission Nationale de Démantèlement et de Réinsertion (CNDDR) sous la dénomination de « G9 an fanmi e alye dont le slogan est « Manyen youn manyen tout ».

Grande surprise, le 7 juillet dernier, Jovenel Moïse a été tué chez lui à Pèlerin 5, Pétion-Ville. Il a reçu 12 projectiles et sa femme, Martine, entre 7 et 8, selon les dires de cette dernière encore en vie. Selon plus d’un, l’homme de 53 ans est victime de l’œuvre de son régime Tèt Kale. Cette insécurité, elle se manifeste à travers toutes ses formes : kidnapping, vol, viol, massacre, etc, alors que ceux et celles qu’on appelle à tort autorités restent les bras croisés. Qui est donc au pouvoir ?

Les bandits. Oui, eux. Circuler dans la capitale haïtienne et dans d’autres communes avoisinantes dépend de la volonté des civils armés. Depuis 2018, aucune autorité n’arrrive pas à mettre les pieds au Pont-Rouge, où a été assassiné le père fondateur de la nation haïtienne, Jean-Jacques Dessalines. Le poète haïtien René Philoctète avait posé cette question avec l’un de ses poèmes : Qui ira jeter des fleurs au Pont-Rouge ? Jimmy Chérizier alias Barbecue, un puissant chef de gang, soit le président du G9, peut-on désormais répondre, puisque ce dimanche 17 octobre, c’est lui qui a apporté une gerbe florale aux pieds de l’empereur Jacques 1er.


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