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Éditorial – Vakans avorté | Les Martelly ont reçu la monnaie de leur pièce

« Vakans » est un film haïtien tourné exclusivement en République Dominicaine. Son histoire raconte l’aventure de trois frères qui partent en vacances en terre voisine. Une fois sur le sol, ils embauchent une femme de ménage pour prendre soin de la maison. Michel, l’acteur principal du film, succombe à la séduisante voix de Maritza. Ils ne tarderont pas à tomber amoureux l’un de l’autre.

Les deux autres frères de Michel ne voient pas d’un bon œil cette relation amoureuse. Ce, parce que Maritza n’a plus la même disponibilité qu’avant. Ils complotent donc contre le couple avec une amie de vieille date qu’ils considèrent comme leur cousine, qui est venue les rejoindre dans l’appartement. Elle causera tellement de tort à Maritza que celle-ci sera obligée de laisser la maison. La suite de l’histoire se poursuivra dans le numéro 2 du film, promet Olivier Martelly.

Tournage exclusif en RD

Plus d’une heure de durée, le premier long métrage de BigO Production a été tourné exclusivement en République Dominicaine. Pourquoi pas en Haïti ? Les conditions sécuritaires et le manque d’infrastructures en sont peut-être les causes fondamentales. Michel Martelly en est en partie responsable, dit-on, puisqu’il était Président quand des membres de son administration ont dilapidé une partie du fonds Petrocaribe, qui devait servir à développer le pays.

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Lors d’une entrevue, à New York, après la première projection du film, Olivier Martelly, le numéro un de la production, a fait savoir qu’il avait dans l’idée de tourner le film en Haïti. Selon lui, l’idée de choisir la République Dominicaine lui serait venue, dit-il, parce que le climat sécuritaire du pays n’était pas favorable, à cause des gangs armés qui deviennent considérablement plus puissants dans le pays. Mais cela n’a nullement empêché que le film soit « haïtien », dit-il.

Petro-film

« Vakans », autrement appelé petro-film sur la toile, a bénéficié du support des « petro-artistes ». Rutshelle Guillaume par exemple, en serait une. Elle a joué un rôle important dans ce long-métrage, soit l’actrice principale du tournage, même si le personnage qu’elle incarnait au début du film était celui de « femme de ménage ».

La collaboration de celle qui s’est fait appeler « Rebelle » avec les fils de Martelly a suscité la colère. Jamais l’interprète de « Rete La » aurait dû s’associer aux Petro-dilapideurs dans ce film. Conséquence : même si les différents rapports ne l’ont pas épinglée dans la dilapidation du fonds Petrocaribe, elle a aujourd’hui l’étiquette de Petro-artiste.

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Quand on dit « manger », la bouche de certains artistes haïtiens bave à profusion. La conscience ne s’achète pas. « Hélas ! Atis pran tèt nou tande, se modèl nou ye ! » nous dit BIC. En tout cas, pour la Rebelle, cette phrase de BIC semble être que du folklore. À bien y voir, au vu et au su de tous, elle a su explicitement justifier sa collaboration avec les Martelly : « Mesye yo moun epi m sezi wè nivo edikasyon ti mesye Martelly yo ! »

Scène raciste

Malgré la longueur du film (plus d’une heure), très peu d’acteurs y apparaissent. Aux côtés des trois frères qui jouent un rôle central dans le tournage, se trouvaient quatre autres personnages comme Maritza, la femme de ménage, Jude, le cousin de Maritza, Garry, ancien concubin de celle-ci et le livreur de Pizza.

Selon certaines analyses, le tournage est épinglé de racisme du fait que les rôles les plus prestigieux ont été attribués aux trois frères et leur cousine qui sont toutes des personnes au teint clair, alors que les rôles de femme de ménage, livreur de pizza, chauffeur, entre autres, ont été réservés aux autres personnes au teint plus foncé.

Garry pour sa part, l’ex-petit ami de Maritza, est présenté dans le film comme un chômeur, un joueur de dominos et un passionné de l’alcool qui a même abandonné Maritza avec un enfant sur ses bras, sous prétexte que cette dernière aurait jeté sa bouteille d’alcool.

Boycottage systématique

Après sa grande première à New-York, il y a environ une semaine, un appel au boycott a été lancé sur les réseaux contre le film. « Fim sa pap pase nan okenn andwa piblik nan peyi a », clament les internautes sur la toile qui n’ont pas caché leur haine contre la famille Martelly.

Le 18 février 2021, une projection a été programmée à la Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP-UEH). Près d’une centaine de personnes ont montré leur colère, parmi eux des étudiants de l’Université d’État d’Haïti (UEH). « Espas Inivèsite Leta a pa fèt pou sa. Si yo vle pase fim nan, ke y al nan Rex Théâtre », réagissent certains d’entre eux.

Richard Sénécal, un cinéaste haïtien très connu du milieu, a lui aussi critiqué les chanteurs devenus « acteurs ». Selon lui, « Li pi fasil pou yon chamo pase nan twou je yon zegi pase pou yon vòlè tounen sineyas ». C’est une façon pour le réalisateur de « I/We love you Anne » de ridiculiser les fils de l’ancien Président Martelly.

« Estad chapit premye, vèsè 25 », passage biblique caricaturé par le très connu du secteur cinématographique haïtien pour rappeler la mauvaise gouvernance de Michel J. Martelly. Lors de la Présidence de l’homme au crâne rasé, le gouvernement de Laurent Lamothe ne cessait de dire à la presse nationale et internationale que 25 stades ont été construits en Haïti. Pourtant, jusqu’à date, Haïti ne détient qu’un seul et unique stade, celui de Sylvio Cator inauguré depuis 1953.

Piratage massif

En prélude à la Saint-Valentin, des dizaines d’internautes avaient offert publiquement sur la toile le film « Vakans » en échange de 500 gourdes ou plus, tout dépend du vendeur. Quiconque avait voulu le regarder, n’avait qu’à envoyer le montant exigé par MonCash et avoir la version complète du film par Télégram.

Dans la foulée, Olivier Martelly a promis aux pirateurs qu’ils auront affaire avec l’avocat du film pour fraude et violation de propriété intellectuelle. « Yo panse yo entèlijan. Y ap pran nan pyèj. Y ap jwenn ak avoka fim Vakans la depi jodi a. Ke li te TikTok. Ke li te YouTube oswa Telegram. Chak moun nou kenbe, n ap fè swivi ak yo », promet l’interprète de « Brimad ».

Son avertissement n’a pas été pris au sérieux. Au contraire, après sa déclaration, « Vakans » est devenue disponible sur plus d’une dizaine de chaînes YouTube, sur Télégram et TikTok y compris. On aura qu’à cliquer « Vankans, Film Complet » pour y avoir accès. On peut même le télécharger si l’on désire. Va t-il vraiment attaquer en justice les « hackers » de son film ? Personne ne le sait.

« Vòlè vòlè vòlè »

Selon les deux rapports d’audit de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) sur la dilapidation du fonds Petrocaribe, parus en mai 2019 et août 2020, il a été révélé que l’administration de Martelly avait dépensé plus de 5 millions de dollars US, rien que pour colorer la face extérieure du bâtiment du Rex Théâtre, jusqu’à présent inachevé à cause de la mauvaise gestion de l’administration de Martelly, alors qu’il aurait dû être reconstruit et aménagé.

Les internautes en profitent pour rappeler aux acteurs de BigO que si aujourd’hui l’industrie cinématographique haïtienne est aux abois, c’est en partie à cause de leur père qui n’a fait construire aucune salle de cinéma dans le pays alors qu’il en avait les moyens.

En conséquence, si aujourd’hui « Vakans » est distribué gratuitement sur toutes les plateformes sociales du pays, alors que ses producteurs n’ont pas encore gagné l’argent qu’ils ont dépensé dans la réalisation du film, c’est une sorte de « revers de la médaille ». « Ils ont volé l’argent du peuple pour le blanchir dans un film, nous l’avons aussi volé à notre tour pour nous venger », lit-on sur la toile dans diverses réactions.

La vie continue

La réalité haïtienne est unique et cela saute aux yeux. Loin de toute valeur juridique, culturelle, économique, sociale et morale, n’importe qui peut s’arroger le droit, un beau matin, de dire et faire n’importe quoi, pourvu qu’il ait eu un bon sommeil la veille. Et le lendemain, il peut se considérer comme un Homme « digne et honnête ». Donc, il est, comme par magie, devenu « Blan tankou dan zonbi ! » De cela, la phrase juste qu’il faut ressasser : on est à mille lieux de l’État de droit, à regarder presque tous les indicateurs qui sont au rouge.

Si la justice haïtienne n’arrive toujours pas à sanctionner les « petro-dilapidateurs », ces derniers, quant à eux, cherchent, par tous les moyens, à se faire une nouvelle réputation, comme se racheter une pureté. D’où « Vakans », un film dont la première projection a déjà eu lieu en Floride, aux États-Unis. Mais, en Haïti, aucune salle de cinéma ne peut recevoir une projection. De fortes sommes d’argent destinées à réhabiliter des cinés ont été gaspillées durant la présidence de Michel Martelly, père des trois « acteurs » convertis.

Ce n’est pas étonnant. Olivier Martelly, fils de l’ancien président « Tèt Kale », n’a pas été inculpé dans les deux rapports de la CSC/CA concernant la dilapidation du fonds Petrocaribe. Il est vrai, mais point n’est besoin de rappeler que ce dernier a été l’une des personnes qui géraient une partie de ce fonds, destiné à construire des terrains de jeux. Mais, il ne fait aucun doute, même le concerné ne peut oser déclarer qu’il a réalisé son travail. Malgré tout, aujourd’hui, il est devenu acteur de cinéma. Il poursuit sa vie sans crainte aucune. La vie continue.

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