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Conflit Ukraino-Russe, le politologue Mathias L. Devert fait le point!

(TripFoumi Enfo) – Depuis quelque temps, on constate la dégradation des relations internationales. Plusieurs pays ne cessent de diverger vis-à-vis de leurs intérêts. Des relations diplomatiques tendues, des conflits armés, violation des principes de droit international, le monde est en ébullition. L’invasion de l’Ukraine par les forces russes en est l’exemple.

La situation qui se développe en Europe de l’Est fait couler beaucoup d’encre. Chacun essaie, de son point de vue, d’élucider les dessous de cette guerre éclatée en Ukraine il y a quelques jours.

Spécialiste en Relations Internationales, Mathias L. Devert a jugé nécessaire de sortir de son silence pour éclairer la lanterne de tous ceux qui espèrent voir plus clair dans ce conflit, que plus d’un considère à tort ou à raison comme un élément déclencheur de la 3e Guerre Mondiale que nous redoutons tous.

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« Force est de constater que de nos jours le droit international est impuissant et que c’est le Rapport de Force qui s’impose et dicte l’organisation de l’ordre mondial », a martelé d’entrée de jeu le spécialiste.

Mathias L. Devert a voulu passer au peigne fin ce conflit qui a déjà causé d’immenses pertes en vies humaines et des dégâts matériels énormes, occasionné plusieurs milliers de réfugiés.

De prime abord, le spécialiste en Relations Internationales à travers son exposé affirme clairement que ce conflit ne date pas d’hier et que ces deux pays (Russie-Ukraine) ont connu auparavant des conflits surtout d’ordre géopolitique vu qu’ils sont limitrophes.

Dans le cadre de ce conflit, « Il y a lieu de parler d’une contradiction entre deux principes de droit international notamment:
le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ou encore appelé principe de l’auto-détermination et le principe d’intégrité territoriale », a soutenu le Politologue.

En effet, La Russie brandit le premier principe en se donnant le droit d’envahir l’Ukraine pour assurer la sécurité des régions indépendantistes ,
de l’autre coté, l’Occident, plus précisément, l’OTAN évoque le second en dénonçant l’invasion de La Russie jugée injustifiée sur la base du principe d’intégrité territoriale ne reconnaissant l’indépendance des régions séparatistes.

Le hic dans tout cela, lorsque c’est dans leur avantage les puissances occidentales brandissent aussi le principe du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes .Comme dans le cas du Kosovo qui a eu leur support pour accéder à l’indépendance ou encore le Taïwan qu’ils veulent séparer de la grande Chine .

Pour le Politologue Devert, ces genres de situation fragilisent le multilatéralisme et rendent le droit international obsolète car il est interprété en fonction des intérêts et caprices des grandes puissances.

Néanmoins beaucoup d’observateurs affirment que l’invasion de la Russie en Ukraine marque la fin de la diplomatie alors que Clausewitz affirmait déjà que la guerre, c’est la diplomatie avec d’autres moyens.

En ces termes, le spécialiste Devert confirme que la Diplomatie règne encore. Car l’objectif principal poursuivi par le leader du Kremlin est d’écarter l’OTAN au niveau de sa zone d’influence car elle a besoin de la force démographique de l’Ukraine et de son espace qui est d’une importance géostratégique.

Cependant il a souligné certains principes qui rentrent en ligne de compte notamment le principe de la légitime défense sur lequel s’appuie l’Ukraine pour se défendre bec et ongles, quoiqu’inférieure, face à l’agresseur sur le plan militaire et nucléaire. Consciente de cette infériorité accrue, l’Ukraine ne cesse de demander des renforts et mise beaucoup sur le support ou encore même l’intervention des puissances occidentales pour contrer la Russie.

Maintenant, en ce qui à trait à l’origine de ce conflit, il faut préciser que l’Ukraine est une ancienne République de l’URSS depuis 1922 avec la révolution Bolchévique, puis devenue indépendante en 1991 avec l’effondrement de l’URSS.

Parallèlement, une Organisation Internationale est créée après la 2e Guerre Mondiale communément appelée l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ayant à sa tête les pays de l’Occident notamment, les USA, la France, Le Canada, l’Angleterre, entre autres.
L’idée, c’était de rassurer les petits États, surtout ceux de l’Europe, de les protéger face à des invasions, ou contre l’expansionnisme des grandes puissances dont la Russie tout en garantissant la stabilité et la paix dans le monde.

Le vrai problème vient surtout avec la manifestation de l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN, ce que ce dernier souhaite fermement avec à sa tête un régime pro-occidental.

Pour le Politologue Devert, cette adhésion serait une menace pour la Russie car elle possède une base navale au niveau du port de Sébastopol ainsi que des navires qui se positionnent à la mer noire en accord avec l’Ukraine.

Néanmoins, avec l’invasion russe, l’idée est claire, c’est de contraindre l’OTAN à se replier, tout en cessant de se répandre vers l’Europe de l’Est où la Russie veut toujours maintenir son influence.

Pour parvenir à cette fin, selon le Politologue Devert, la Russie applique une diplomatie communément appelée diplomatie de la nuisance en se transformant en une puissance de déséquilibre qui menace de chambarder l’ordre mondial si l’on ne tient pas compte de ses revendications.

Par ailleurs, le spécialiste a tenu de rappeler que les petits États n’ont pas de diplomatie, donc toute négociation internationale en rapport à cette crise ne devrait se passer des intérêts de la Russie comme cela a été le cas à maintes reprises. Vladimir Poutine a choisi l’arme de l’attaque pour se défendre contre le risque de l’expansion de l’OTAN.

Toutefois, il est important de mesurer d’après le Politologue le poids de l’Ukraine sur l’échiquier mondial. En effet, l’Ukraine représentait 1/4 de la production agricole de l’URSS, elle est l’un des pays les plus riches de l’Europe en ressources naturelles et minières, le pays avec la plus forte quantité de terres cultivables d’Europe. L’Ukraine compte aujourd’hui 44 millions d’habitants et est plus grande que la France en termes de superficie, avec une façade sur la mer noire (zone stratégique en cas de Guerre), ce qui explique l’intérêt des puissances.

Plus loin, Mathias L. Devert souligne la complexité de la situation de l’Ukraine face à la puissance russe qui l’incita à se dénucléariser dans les années 1990 dans le cadre des accords de fraternité et le mémorandum de Budapest.

Ainsi, l’Ukraine avait convenu de transférer ses armes nucléaires à La Russie. Cette dernière pour sa part avait l’obligation de protéger et de défendre ses frontières tout comme les États-Unis et d’autres pays encore .

Parallèlement les USA ont profité de cette occasion pour financer l’Ukraine afin de matérialiser le processus de dénucléarisation , l’abandon et la destruction d’équipements de combat hérités de l’ex URSS. À noter qu’à cette époque, l’Ukraine était considérée comme la 3e plus grande puissance nucléaire mondiale.

Pour le Politologue Mathias L. Devert cela a été une grave erreur commise par l’Ukraine en misant sur les États-Unis pour assurer leur sécurité. Déjà les Américains ont pour tradition de ne pas toujours respecter leur promesse: ils ont abandonné Taïwan face à la Chine au niveau de l’ONU car bien avant la Chine, c’est Taïwan qui siégeait au sein de l’organisation. Ce n’est qu’au début des années 70 que la Chine a pris sa place au détriment de ce dernier sans que les États-Unis n’aient pu l’en empêcher.
Plus récemment, les États-Unis n’ont pu empêcher la Russie d’envahir la Géorgie en échange d’avoir leur support pour poursuivre de leur côté leur ingérence au niveau d’autres États, selon des sources diplomatiques.

« L’Ukraine devrait être capable d’assurer sa sécurité sans cette dénucléarisation. Comme le croient certains théoriciens, la dissuasion nucléaire est un moyen éfficace pour contenir les guerres.
Dans le cas de la Russie, les États-Unis redoutent une guerre directe parce qu’ils auront à affronter la première puissance nucléaire mondiale et aussi deuxième puissance militaire mondiale, en évitant de tomber dans le « Piège de Thucydide » elaboré par Graham Alisson; Ce qui pourrait être une guerre fatale pour l’humanité toute entière.

Ensuite pour le Politologue, étant donné que l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN, on ne peut faire référence à l’article 5 du traité pour intervenir directement sur la base » d’une attaque contre un membre de l’organisation est aussi une attaque contre tous ses membres.

Ajouté à cela, le conseil de sécurité de l’ONU est bloqué dans son processus de décisions avec le droit de veto dont dispose la Russie qui empêche de fait toute opération de sécurité collective comme cela a été le cas lors de l’invasion du Kowéit par l’Irak.

Pour essayer de contenir l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pays de l’Europe ont infligé des sanctions économiques à la Russie. Toutefois, le Politologue Mathias L.Devert estime que ces sanctions se révèlent inefficaces, inadaptées et dépassées face à la puissance Russe. Dès l’annexion de la Crimée en 2014, elle avait déjà connu cette situation et s’est préparée à toute éventualité.

Du coup, la Russie a procédé à une réforme budgétaire, réduit sa dépendance au dollar, mis de côté l’argent de la rente du pétrole, réduit considérablement sa dette, renforcer sa coopération économique et financière avec la Chine qui met en place des institutions financières plus attractives que celles de l’Occident.
De plus, la Russie est la 4e réserve de devises et d’or mondial.

Si ces sanctions venaient à impacter l’économie russe, elle ne sera pas la seule victime. En effet, l’Europe sera grandement en difficulté aussi, tenant compte de sa dépendance à la Russie : 1er fournisseur en matière de gaz naturel 44%, 2e en matière de pétrole. L’Allemagne, moteur économique de l’Union Européenne dépend à près de 55 % du Gaz naturel de la Russie. Elle prétend faire preuve de fermeté face à la Russie en bloquant le projet Nord Stream 2 mais en réalité cette mesure n’a qu’une portée symbolique. Le Nord Stream2 n »était pas encore fonctionnel alors que son frère jumeau, le Nord stream 1 qui est fonctionnel, n’a pas été encore bloqué.
Les présidents de différents groupes d’Europe ont affirmé qu’ils ne sont pas encore prêts à se passer de la dépendance russe dans l’immédiat.

Pour le Jeune spécialiste, formé dans des Universités d’Espagne et de France, L’Europe a encore les souvenirs des deux guerres mondiales qui ont ruiné leur économie: l’Angleterre, ancienne grande puissance, a cédé sa place aux États-Unis, la France a dû recourir aux prêts américains pour s’en sortir… Ces événements ont transformé les États d’Europe en disciples des États-Unis à cause de leurs limites dans de nombreux domaines. Ils ne sont pas prêts aujourd’hui à affronter la Russie pour l’Ukraine et à rompre l’équilibre mondial qui peut provoquer leur perte à nouveau. Aucun des pays ne veut arriver à une guerre mondiale qui peut engendrer trop de conséquences sur le plan humanitaire. De plus, ils sont conscients de leur retard par rapport à la Russie, en termes d’armements, qu’ils ne pourront pas rivaliser sans une présence accrue des États-unis.

Enfin, le jeune spécialiste des Relations Internationales a lancé un appel à la vigilance par rapport aux informations des médias occidentaux et aussi pro-russes qui utilisent l’arme de la propagande à des fins stratégiques. D’un côté, Poutine se lance dans une stratégie de diabolisation du gouvernement ukrainien en le qualifiant de régime naziste et l’accuse de génocide pour légitimer son intervention dénommée opération de dénazification de l’Ukraine.
D’un autre côté, l’Ukraine se lance dans une stratégie de communication visant à discréditer la Russie et à l’isoler en mettant en avant le caractère fasciste de son président.

Pour M. Devert, la propagande a toujours servi de base pour mener des opérations au niveau international comme cela a été le cas avec les États-Unis qui ont envahi l’Irak en 2003 sous prétexte que ce pays détenait des armes de destruction massive, alors que toutes les enquêtes des agences spécialisées ont démenti cette thèse. Mais face à la puissance américaine, la communauté internationale ne pouvait que dénoncer et condamner cet acte à travers des déclarations.

NB: Propos recueillis dans le cadre d’une présentation sur la crise internationale entre l’Ukraine et la Russie visant à aider les intéressés à mieux cerner la complexité des Relations Internationales.

Jonas Baptisné

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