Opinion

De l’égalité des sexes et des chances: Mythes ou réalités en Haïti?

(TripFoumi Enfo) – Dans le monde, on constate aujourd’hui un mouvement féministe dont les contours ne sont pas clairement définis. Ce mouvement ne date pas d’hier. Il remonte aux années 50. Qu’est ce qui a favorisé cela? Durant la deuxième guerre mondiale, les hommes étaient mobilisés sur les champs de bataille. Les femmes ont remplacé les hommes dans les usines, sur les lieux de production et cela a soulevé chez elles une prise de conscience de leur importance. L’accès à l’éducation secondaire et universitaire a préparé les femmes à combler le vide causé par le départ massif des hommes sur les champs de bataille (seconde guerre mondiale, guerre de Corée, guerre de Vietnam). Munies de leurs diplômes et de leurs nouvelles qualifications, les femmes réclament des privilèges jusque-là réservés aux hommes. La situation des femmes en Haïti est-elle similaire ou semblable à celle des femmes dans les pays industrialisés d’Amérique et de l’Europe ?

La mentalité haïtienne

Du point de vue de la mentalité des haïtiens, à travers nos chansons, nos comportements, nos mœurs et traditions, les femmes occupent une position de second rang par rapport aux hommes. Depuis le berceau, les petites filles et les petits garçons sont conçus et élevés de façon non équilibrée. Des réalités parallèles et contraires, la société haïtienne priorise les hommes sur les femmes. Les hommes occupent des postes importants. Dans la majorité des familles haïtiennes, la femme reste à la maison à accomplir les tâches ménagères. Les femmes haïtiennes sont vulnérables, fragiles, sans défense. C’est pourquoi il est interdit dans les familles haïtiennes qu’une jeune fille sorte tard le soir. Tandis qu’un garçon peut passer toute la nuit dehors si cela lui fait plaisir. Les parents haïtiens sont plus joyeux à l’attente d’un bébé du sexe mâle que du sexe opposé.

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La scolarisation des jeunes filles et son évolution

En Haïti, le taux net de scolarisation se situe à environ 60%. Le manque de ressources tant au niveau des familles qu’au niveau de l’État en est pour beaucoup. Les enfants en milieu rural sont très peu scolarisés, les jeunes filles en majorité. Avant 2001, il existait très peu d’écoles secondaires dans le pays. L’avènement des constructions de plusieurs nouveaux lycées dans le pays sous le gouvernement d’Aristide a favorisé l’accès à plus de jeunes filles à l’éducation. De 1801 à 1843, l’école était sous la responsabilité de la mairie. En 1805, après la proclamation de l’indépendance par l’Empereur Jean Jacques Dessalines, dans la constitution, en son article 19, il est écrit: « Dans chaque division militaire, une école publique pour l’instruction de la jeunesse ». On comptait alors que 6 écoles en Haïti. Le lycée Alexandre Pétion, fondé en 1816, situé à Port-au-Prince, est le plus ancien du pays. Ce n’est qu’en 1913 que la première école secondaire et professionnelle pour les jeunes filles fut fondée, qu’on connaît sous le nom d’École professionnelle et technique Elie Dubois. Ensuite, on aura le lycée du Cent Cinquantenaire, fondé en 1943, situé à Port au Prince, puis le Lycée Célie Lamour, fondé en 1956 et situé à Jacmel. À l’école, on remarque que les jeunes filles prennent leurs études plus au sérieux que les jeunes garçons. Elles ne se laissent pas capter ou détourner par des loisirs de toutes sortes. Autrefois, les jeunes filles faisaient uniquement les métiers de couture, d’infirmière, d’institutrice. Aujourd’hui, tous les métiers sont ouverts aux femmes malgré des préjugés qui persistent dans certains domaines. Les femmes font de très grandes études et réussissent parfois mieux que les hommes.

Le progrès des femmes

Aujourd’hui, les jeunes femmes commencent à faire valoir leurs droits, elles mènent leur propre bataille. Elles réclament des privilèges dont pendant longtemps les hommes jouissaient. Plus de femmes intègrent les milieux de prise de décisions. Elles sont de plus en plus nombreuses à s’inscrire dans un parti politique et à participer activement à la politique. Elles trouvent des financements pour leurs projets au sein de la communauté. Elles réclament et exigent qu’un quota de 30% au niveau de l’assemblée nationale et des collectivités locales soit respecté. Ce quota, elles l’exigent même au niveau ministériel et des cabinets des ministres. Au cours du mouvement des ouvriers des entreprises textiles qui ont gagné les rues dans les jours passés, encadré par les hommes du syndicat des compagnies de sécurité dénonçant les injustices subies, exigeant en même temps un ajustement de salaire adapté à la cherté de la vie causée par l’inflation galopante, on a pu constater que les femmes étaient nombreuses dans les rangs de cette manifestation. Les organisations interaméricaines financent beaucoup plus les femmes que les hommes pour favoriser leur avancement.

À cette vitesse, les femmes commencent à être plus autonomes, à être importantes, très influentes au niveau de la société. Elles sont en train de créer leur propre force dans la société haïtienne. On peut s’attendre à un virage très positif en faveur des femmes dans la nouvelle génération.

Rood Pierre Frantzdy PRIMÉ, étudiant finissant en Diplomatie et les Relations Internationales à l’Académie Nationale Diplomatique et Consulaire (ANDC)

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