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La dette de l’indépendance

« La traversée de l’histoire : l’ombre a fait place à la lumière »

(TripFoumi Enfo) – Ayiti dwe Lafrans, Lafrans dwe Ayiti : On n’avait jamais remarqué cette demi-vérité qui se cachait derrière cette réplique sortie chaque fois qu’une personne ne veut pas rembourser sa dette. Le premier est le gros mensonge qu’on nous a fait avaler : Haiti ne doit rien à la France. Le second est cette triste vérité qui nous a maintenus dans la pauvreté la plus abjecte : La France nous doit de l’argent, beaucoup d’argent.

Nous sommes en 1804

Attack and take of the Crête-à-Pierrot (March 24, 1802) by Auguste Raffet
Attack and take of the Crête-à-Pierrot (March 24, 1802) by Auguste Raffet

Le dimanche 1er janvier 1804, l’île de Saint-Domingue devient indépendante au terme d’une longue et meurtrière guerre de l’indépendance. L’ancienne colonie française devient le premier État noir des Temps modernes et le deuxième État indépendant des Amériques (après les États-Unis). Elle adopte pour l’occasion le nom que lui donnaient les Indiens Taïnos avant l’arrivée de Christophe Colomb : Haïti.

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Nous sommes en 1825

En 1825, une ordonnance impose à Haïti – qui a déclaré son indépendance en 1804 – de payer à la France une indemnité de 150 millions de francs-or pour dédommager les anciens colons, en échange de la reconnaissance de sa souveraineté. Une dette qui ne sera soldée par Haïti qu’en 1883.

La dette de l'indépendance
Jean-Pierre Boyer: President d’Haiti 1818 – 1843

Le 3 juillet 1825, trois navires de guerre arrivent en rade de Port-au-Prince. À leur bord, se trouve le capitaine de Mackau qui est chargé par Charles X d’obtenir la ratification de l’ordonnance par le président haïtien Jean-Pierre Boyer, aux conditions de la France, y compris par la contrainte. Boyer signe, la souveraineté haïtienne est actée, la 1ere République noire existe bel et bien aux yeux de l’ancienne puissance colonisatrice… mais à quel prix ?

Continuons de traverser l’histoire

Pendant des décennies, le souvenir de l’indemnité payée à la France pour la reconnaissance de notre indépendance arrachée au prix du sang de nos ancêtres s’est perdu dans une permanence de turpitudes, des quotidiens qui recadrent les pensées progressistes dans l’immédiateté de la conjoncture. Nous sommes tellement occupés à jouer les pompiers que nous en sommes arrivés à oublier ce mal sans nom que l’ancienne métropole nous a fait.

Nous sommes en 2003

Haïti réclame 21,7 milliards de dollars à la france la une de Le Monde, 07 avril 2003 à 21h57.

La dette de l'indépendance

« Le président haïtien Jean Bertrand Aristide a réclamé lundi 7 avril à la France la restitution de la dette de l’indépendance, estimée à 21,7 milliards de dollars, à l’occasion du bicentenaire de la mort du général Toussaint Louverture, précurseur de l’indépendance haïtienne.

Lors d’une cérémonie devant le musée du Panthéon national haïtien, en présence de plusieurs milliers de personnes, M. Aristide a réclamé cette somme à titre de « restitution et de réparation », affirmant qu’elle était équivalente aux « 90 millions de francs lourds » de l’époque payés au XIXe siècle par Haïti à la France en échange de la reconnaissance de son indépendance.

La dette de l'indépendance

Au cours de son discours, le président haïtien a longuement rendu hommage à Toussaint Louverture, mort le 7 avril 1803 au fort de Joux, dans le Jura, le qualifiant de « génie de la race noire » et estimant qu’il « est et demeure l’homme du millénaire ». » Extrait d’un article publié par Le Monde.

Nous sommes en 2004.

5-29 février 2004 Chute du président Jean-Bertrand Aristide

« Le 5 février, les opposants armés au régime de Jean-Bertrand Aristide, regroupés au sein du Front de résistance révolutionnaire de l’Artibonite (département situé dans le centre du pays) prennent le contrôle de Gonaïves, quatrième ville du pays, à l’issue de combats meurtriers qui continuent les jours suivants. Ce mouvement, qui s’appelait auparavant Armée cannibale, combattait l’opposition pour le compte du pouvoir. En septembre 2003, l’assassinat de son chef a provoqué son revirement. D’autres groupes armés s’emparent de localités dans l’Artibonite. L’opposition politique au régime se démarque des insurgés en rappelant son attachement à la lutte pacifique.

Le 13, les chefs de la diplomatie des États-Unis, du Canada et de plusieurs pays des Caraïbes, ainsi que le secrétaire général de l’Organisation des États américains, réunis à Washington, s’opposent à « un départ illégal du président élu d’Haïti ».

Le 15, un millier d’opposants manifestent à Port-au-Prince pour réclamer la démission de Jean-Bertrand Aristide.

Le 17, le gouvernement français, qui prône l’envoi d’une force de paix à Haïti, crée une cellule de crise. Une force internationale avait déjà été envoyée dans le pays entre 1994 et 2000, sans résultat. Washington penche pour une « solution politique » négociée entre le gouvernement et l’opposition.

Le 21, toutefois, l’opposition politique rejette le plan présenté par les États-Unis, le Canada, la France et la Communauté des pays des Caraïbes, qui prévoyait un partage du pouvoir.

Le 23, les rebelles investissent Cap-Haïtien, deuxième ville du pays.

Le 25, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, devant « le risque de chaos qui menace Haïti », appelle au départ du président Aristide accusé de « porter une lourde responsabilité dans la situation actuelle ».

Le 26, le secrétaire d’État américain Colin Powell met à son tour en cause Jean-Bertrand Aristide.

Le 29, alors que les violences et les pillages se multiplient dans la capitale, le président Aristide signe sa démission en présence des ambassadeurs de France et des États-Unis. Il gagne Bangui, en Centrafrique, sous protection américaine. Boniface Alexandre, président de la Cour de cassation, devient président par intérim, comme le prévoit la Constitution.

Le 29 également, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. adopte à l’unanimité la résolution 1529 qui décide l’envoi à Haïti, pour une durée de trois mois, d’une « force intérimaire » multinationale chargée de maintenir l’ordre et de « promouvoir le processus politique désormais en cours ». Les premières forces américaines et canadiennes arrivent le même jour dans l’île. » (archives : Universalis.fr)

Jean-Bertrand Aristide exilé et sa réclamation partie en fumée.

Jean Bertrand Aristide et sa femme avant le départ pour l'Afrique du Sud, mai 2004
Jean Bertrand Aristide et sa femme avant le départ pour l’Afrique du Sud, mai 2004/ Jamaica Gleaner

Car, replongés dans le chaos, d’une compagnie fidèle à notre nation, les Haïtiens se sont éloignés petit-à-petit de cette lueur d’espoir de voir germer cette graine que leur ex-président avait mis en terre. Oubliettes, oubliettes.

Nous sommes en 2010

La dette de l'indépendance

« La visite, le 17 février, de Nicolas Sarkozy en Haïti, la première d’un chef d’État français depuis l’indépendance en 1804 au détriment de la France, a donné lieu à un curieux dialogue à distance entre les présidents des deux pays. Pour le président René Préval, la page de la colonisation, eu égard aux Haïtiens, est bel et bien tournée, aussi bien sur le plan politique que psychologique. Nicolas Sarkozy, lui, s’est prêté à un exercice plutôt surprenant de la part d’un homme peu enclin à la «repentance» quand il s’agit de parler du passé colonial de la France. « Notre présence ici, a-t-il dit, n’a pas laissé que de bons souvenirs. » Puis il a évoqué les conditions de la séparation entre les deux États, avant d’ajouter : « Même si je n’ai pas commencé mon mandat au moment de Charles X, j’en suis quand même responsable au nom de la France. » Extrait d’un article publié par Libération, le 25 mars 2010.

Aucune consistance

Ce petit rappel de la part du président Sarkozy n’avait rien d’un discours déclencheur pouvant réactiver la fameuse demande de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide “RESTITUTION ET RÉPARATION” faite “aux gouvernements” français. Quoiqu’il en soit, Haïti continuait sa belle et incompréhensible ballade des miséreux.

Nous sommes en 2022, la lumière jaillit

Une série d’articles publiés samedi 21 et dimanche 22 mai par le New York Times fait jaillir lumière sur la tragique histoire de l’indépendance d’Haïti et la dette astronomique que le pays a dû payer à la France au 19e siècle. Le New York Times estime que les sommes versées à la France à partir de 1825 pour indemniser les esclavagistes auraient coûté au pays jusqu’à huit fois son PIB en 2020.

Au terme de plusieurs mois d’analyse d’archives, le journal américain a estimé que les paiements, versés à compter de 1825 par la nation de Dessalines, première république noire de l’histoire, pour indemniser les anciens colons esclavagistes, “ont coûté au développement économique d’Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars de pertes sur deux siècles, soit une à huit fois le produit intérieur brut du pays en 2020.”

« Les paiements versés à la France ont coûté au développement économique Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars de pertes sur deux siècles. » New York Times.

Ce condensé n’a pas fait mention des États-Unis, vous l’aurez remarqué. Ne vous impatientez pas, car d’autres articles suivront.

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