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Éditorial | Et la mort et la mort et la mort, notre seule compagne ici

(TripFoumi Enfo) – Incertitude, un mot pour décrire l’avenir. Mal, un autre pour expliquer notre état d’âme. En Haïti, ce à quoi on assiste, pendant ces 10 dernières années, n’a rien à envier à un film d’horreur. Ici, même sur le lit de notre chambre, nous ne rions pas, mieux, nous ne pouvons nous le permettre : il fait un temps où la peur s’accapare de tout désir d’habiter ces 27, 750 km², le fruit du sang de nos ancêtres, eux, qui aimaient la vie, eux qui rêvaient d’avoir des fils et des filles libres dans un pays indépendant, eux qui, par conséquent, s’étaient battus jusqu’à leur dernier soupir pour que cela soit effectif.

En Haïti, la vie a un goût amer pour de nombreuses âmes, seulement parce qu’elles refusent l’indécence, le facile et l’ignoble ; un goût amer seulement parce qu’elles croient dans un pays où chacun doit jouir pleinement de ses droits. Ces âmes qui aiment et qui savent aimer leur patrie, parce que sensibles à une cause collective, se trouvent prises au piège des dirigeants incultes et cupides, fossoyeurs de la Nation et créateurs du désordre organisé et planifié en concertation avec des blancs haineux.

La mort. Ici, hélas, des criminels tuent impunément. Contraints d’abandonner leurs quartiers plongés dans un concert d’armes et dans un océan de sang, des citoyens dorment à même le sol sur des places publiques à la merci des caprices climatiques. En effet, ces gangs armés, outils entre les mains des éléments des secteurs politique et privé, se battent à coup de balles réelles pour le contrôle de territoire. Cette flambée de violence a déjà coûté la vie à bien de paisibles gens, à qui l’État doit sécurité et protection. C’est dommage ! Dans ce pays, la vie vaut trois fois rien.

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La mort. À côté de cette situation, des citoyens meurent quotidiennement, faute de soins de santé. Des hôpitaux dépourvus de tout et abandonnés par les médecins. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, des docteurs de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) ont grevé, s’il vous plaît, durant un mois, alors que des patients trépassent. Le rappeur D-fi du collectif Powèt Revòlte décrit ce centre de santé comme un véritable couloir menant à la mort, tant les services offerts sont moribonds et inefficients.

La mort. Par ailleurs, les accidents de la route constituent l’une des premières causes de mortalité en Haïti. Le dernier bilan de l’organisation STOP Accidents dénombre un total de 11 morts et 113 blessés sur un total de 31accidents de la circulation allant du 23 au 29 mai 2022. Les routes, en mauvais état, servent d’élément explicatif à cette situation. Un peu partout, la mort guette les citoyens haïtiens dont le seul péché est de rester dans leur pays où chacun devrait pouvoir jouir pleinement de ses droits.

« Je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays », écrivait l’éminent écrivain Jacques Stephen Alexis dans une lettre adressée au dictateur François Duvalier. Cette question reste entière et mérite plus que jamais d’être posée aujourd’hui vu la situation chaotique du pays qu’on peut décrire et expliquer de la manière que voici : et la mort et la mort et la mort, notre seule compagne ici !

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