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TripFoumi Exclusivité| Dépression, un grand problème de santé publique en Haïti

(TripFoumi Enfo)- Le climat d’insécurité et la situation socio-politique en Haïti ne restent pas sans conséquences sur la santé mentale de la population. Le stress que genère cette situation a causé pas mal de troubles mentaux chez de nombreuses personnes dans le pays. Ainsi, la dépression considérée comme une maladie mentale est devenue récurrente et s’est métamorphosée en un problème de santé publique. Malgré cela, les autorités sanitaires semblent ne pas être au courant de ce problème qui se développe à cause de la situation lamentable du pays. L’Unité de Santé Mentale chargée de gérer les maladies mentales au niveau du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) n’est pas encore intervenue pour voler au secours des déprimés.

Trouble dépressif, un problème de santé comme les autres

Très souvent, le stress est considéré comme une pathologie qui précède la dépression. Il est donc une réponse qui peut être normale du corps ou du mental dans une situation difficile. En ce sens, tout le monde peut être frappé par le stress. Quand celui-ci a trop duré ou que la personne affectée soit dépassée, il peut déboucher sur un trouble mental susceptible de provoquer plusieurs formes de maladies telles l’ulcère, la migraine, l’insomnie, l’affaiblissement du système immunitaire. Il peut provoquer également la dépression, l’anxiété, d’après le neuropsychiatre Wilbert Jacques.

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En référence à un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), mars 2022, le nombre de personnes atteintes de la dépression et de l’anxiété à travers le monde est en hausse, une personne sur quatre présente des troubles dépressifs, soit 25 % de la population mondiale. Dans ce rapport, l’OMS exprime la nécessité pour tous les pays d’accorder plus d’attention à la santé mentale de leur population. Les déprimés ont parfois cherché vainement du soutien en ligne. À cet effet, pour l’Organisation Mondiale de la Santé, il est urgent de mettre à la disposition des gens vulnérables des outils numériques fiables, efficaces et facilement accessibles.

Banalisation des maladies mentales en Haïti

Faisant référence à l’adage » l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », l’inapplication de ce dicton en Haïti constitue en quelque sorte le véritable problème de la banalisation des maladies mentales en Haïti, selon le docteur Wilbert Jacques, spécialiste en neuropsychiatrie.

Pour lui, l’unité de Santé mentale du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) comme instance publique chargée de gérer les maladies et à protéger la santé mentale de la population, n’assume pas ses responsabilités. Elle est quasi inexistante, l’impact de son travail n’est pas remarqué sur le terrain, alors que les problèmes s’enveniment.

La faiblesse de l’État et son désintérêt manifeste pour les questions relatives à la santé mentale représentent un élément expliquant l’état du système de soins en santé mentale, en Haïti. Pour les dix départements du pays, il n’y a que deux centres psychiatriques publics. L’hôpital Défilée de Beudet à la Croix-des-Bouquets et l’hôpital psychiatrique Mars & Kline à Port-au-Prince considéré comme un centre hospitalo-universitaire placé sous la responsabilité du MSPP. Ces deux centres, déjà insuffisants pour desservir toute une population, sont confrontés à des problèmes de personnels qualifiés et de matériels de travail. La population rurale n’a aucun centre de prise en charge pour les maladies mentales. Des gens qui ont des troubles mentaux dans les provinces sont obligés de se rendre à Port-au-Prince malgré les difficultés dues à l’insécurité ou de se tourner vers des pratiques magico-religieuses.

De plus, l’argent alloué par l’État au secteur reste très négligeable, selon un rapport du GRAHN en 2010, 1% du budget du MSPP est destiné à la santé mentale. En dépit de tous ces manquements, l’hôpital Mars & Kline de Port-au-Prince, chargé de former des médecins résidents en psychiatrie avait sursis à cette formation depuis les années 2018-2019, a affirmé le neuropsychiatre Wilbert Jacques qui avait suivi cette formation dans le centre entre 2013 et 2017.

La recrudescence des cas de dépression en Haïti

La dépression qui peut être également la résultante des séquelles de catastrophes naturelles, est un symptôme tout à fait normal dont quelqu’un qui a vécu une situation inhabituelle peut être affecté émotionnellement. Mais, quand la tristesse ou le changement d’humeur perdure, cela peut devenir une maladie, précise le neuropsychiatre. Et pendant ces dernières années, les cataclysmes n’avaient aucune pitié pour Haïti, passant du séisme du 12 janvier 2010, du cyclone Matthew en novembre 2018, du tremblement de terre du 14 août 2021 qui a durement frappé la péninsule Sud, bon nombre de personnes affectées ont subi le poids de la dépression. La prise en charge des sinistrés au niveau mental n’a pas été assurée par des institutions publiques. Les actions des Organisations Non Gouvernementales (ONG) œuvrant dans le domaine de la santé mentale n’étaient malheureusement pas satisfaisantes.

L’insécurité grandissante qui sévit dans le pays depuis quelque temps a de grands impacts sur la santé mentale des individus. Le stress auquel fait face les Haïtiens est déréglé. Cela a provoqué une sorte de désorganisation dans le fonctionnement du corps et du mental des gens. Répondre à leur responsabilité familiale et professionnelle devient une tâche très difficile pour les déprimés. La capacité d’adaptation des personnes frappées par la dépression est drastiquement réduite face à l’aggravation de la situation socio-politique et économique du pays, a constaté Dr Jacques.

De la part du neuropsychiatre, depuis cette situation d’insécurité qui perdure dans le pays, le nombre de personnes ayant des troubles psychiques avait augmenté. Dans sa clinique privée, il reçoit par semaine, en moyenne, trois patients déprimés par rapport à la situation du pays.

Propositions relatives à l’amélioration de cette situation

L’Organisation Mondiale de la Santé opte pour une nouvelle considération des troubles psychiques. Elle constate une discrimination des maladies mentales alors qu’une personne sur quatre à travers le monde a des problèmes de santé mentale.

Dans le cas d’Haïti qui ne dispose pas d’un système de prise en charge psychologique bien équipé, Dr Jacques qualifie d’une mauvaise décision la fermeture de l’unique spécialisation en psychiatrie en Haïti qui était chargée de former des spécialistes dans ce domaine.

Pour trouver une amélioration à cette situation, il est urgent, selon le Dr Jacques, que les autorités sanitaires du pays prennent des mesures visant à en entreprendre des cliniques mobiles de santé mentale avec des psychiatres, des psychologues et des travailleurs sociaux afin d’éviter et de prévenir des maladies mentales. Selon lui, la santé mentale devrait être une priorité comme les autres problèmes de santé puisqu’elle fait partie de la santé publique.

De ce fait, le neuropsychiatre propose une redynamisation de l’unité de santé mentale du MSPP en vue de répondre aux grands problèmes de troubles dépressifs auxquels fait face la population haïtienne, ces derniers temps.

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