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L’APSSP plaide en faveur de la mise en place d’une commission multisectorielle pour résoudre la crise

(TripFoumi Enfo) – Après plus d’un an d’une promesse de gouvernance apaisée et efficace faite par le Premier ministre de facto, Ariel Henry, et alliés, le pays est plongé dans une situation de crise généralisée qui risque de déboucher sur un éclatement social. Face à ce constat alarmant, l’Accord pour la Paix Sociale et la Stabilité Politique (APSSP) fixe sa position sur la conjoncture socio-politique et prône la mise en place d’une structure multisectorielle.

“Le cynisme des acteurs, manifesté par leur incapacité à trouver une solution concertée à la crise rend difficile le déroulement du processus vers la transition démocratique en Haïti”, déplorent les signataires dudit accord. Les protagonistes refusent de faire fi de leurs intérêts de clans pour emprunter la voie du dialogue, du consensus et de l’abnégation.

“La première année de règne du PM Henry est uniquement marquée par un système de séparation de postes, sans aucune responsabilité concrète, aux acteurs et entités politiques sans toutefois embrasser la crise dans sa dimension conjecturelle et structurelle ; ce qui devrait ouvrir la voie à un renouveau démocratique en Haïti”, dénote l’APSSP.

“Comme conséquence de cette politique antagonique aux intérêts de la nation, on assiste, ces derniers temps, à la dégradation accélérée de la situation du pays sur les plans social, économique et politique”, ajoute-t-il.

Sur le plan social, la quasi-totalité du territoire national est assiégée par des gangs qui imposent leurs lois à la population civile sous les yeux complices et passifs des autorités étatiques. Au cours des cinq (5) premiers mois de cette année, selon les statistiques disponibles, on a enregistré 782 homicides et 540 cas de kidnapping. Ces statistiques témoignent éloquemment, selon la récente note rendue publique, l’incapacité de l’État à remplir ses fonctions régaliennes.

Sur le plan économique, ayant été déjà terrassée par les années de turbulence qui ont marqué les quatre (4) années de Jovenel Moïse, l’économie est en récession, tous les indicateurs sont au rouge : la gourde ne cesse de se déprécier par rapport au dollar ; le taux d’inflation a atteint un niveau inédit (30.2%) affectant considérablement le quotidien de la population haïtienne, notamment les plus vulnérables.

Sur le plan politique, depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, l’effondrement des institutions de l’État poursuit sa course avec un rythme inquiétant. Aucun des trois (3) pouvoirs de l’État n’est constitué de façon convenable ; ce qui a donné lieu à un embroglio juridico-politique sans précédent. Ajouté à tout cela, après plus d’une année de tentatives de négociation, qui devait servir l’aurore à un modus operandi tant attendu par la population, les protagonistes font montre d’une absence totale d’humilité et de transcendance politique.

De surcroît, l’adresse à la nation par laquelle le Premier ministre de facto, Ariel Henry, a annoncé l’évolution à la hausse des prix des produits pétroliers conduit le pays directement vers le chaos. La population déjà décapitalisée par la mauvaise gouvernance politique et économique des dernières années, se trouvant en situation d’insécurité alimentaire, ne pourra en aucun cas résister à cette nouvelle offensive provocatrice du pouvoir en place.

Devant ce tableau sombre, les signataires de l’APSSP exigent la mise en place d’une commission multisectorielle devant conduire un dialogue interhaïtien pour un dénouement de la crise. Celle-ci doit etre composée de personnalités jouissant de bonne réputation telles que :

Delphine Gardere (Secteur privé des affaires) ;
Dr Jean Fils Aimé (Diaspora) ;
Me Gédéon Jean (Droits Humains) ;
Robenson Alphonse (Presse) ;
My Flesta Gourdet (Jeunesse) ;
Jean Poincy (Université) ;
Shybly Langloi (Religieux) ;

Cette dernière devra faciliter la réalisation d’un congrès national citoyen pour vider les contentieux entre les acteurs ; fixer les grandes lignes de la prochaine administration gouvernementale et procéder à la mise en place d’un gouvernement de consensus.

Ce gouvernement de consensus doit avoir une feuille de route claire, ayant entre autres :
1- Le renforcement de la capacité opérationnelle de la Police Nationale d’Haïti en dotant l’institution de ressources nécessaires afin de rétablir la sécurité ;
2- La mise en œuvre d’une politique sociale devant permettre aux plus vulnérables de faire face aux défis quotidiens ;
3- Le retrait de la décision du gouvernement d’augmenter à un rythme exponentiel le prix du carburant dans un contexte de crise économique et d’extrême pauvreté ;
4- L’initiation des démarches devant conduire au changement de la constitution en vue de repartir sur de nouvelles bases et éviter de potentiels conflits juridico-politique pouvant avoir une incidence directe sur les prochaines gouvernements ;
5- La mise en place des dispositifs devant conduire le pays vers les élections pour renouveler le personnel politique dans le respect des normes démocratiques ;
6- La réduction de 30% de certains frais et privilèges des hauts fonctionnaires de l’État ;
7- L’annulation de toutes franchises qui ne sont pas génératrices de richesse et d’emplois en quantité considérable ;
8- La réalisation de l’audit des institutions autonomes et celles chargées de percevoir des taxes et impôts pour l’État ;

Face au danger imminent, les acteurs politiques doivent faire preuve de patriotisme afin d’éviter au pays de sombrer dans le chaos total, le désespoir et la violence. En ce sens, le président du sénat, Joseph Lambert, le Premier ministre de facto, Ariel Henry, les signataires des accords du 11 septembre, de Montana et les autres protagonistes sont invités à sortir de leur logique clanique pour emprunter la voie du dialogue désintéressé et procéder enfin à la mise en commun des accords.

Les signataires de l’APSSP restent convaincus que le dialogue interhaïtien est la seule voie crédible à suivre pour sortir Haïti de cette crise infernale et éviter au pays de connaître une nouvelle humiliation par l’envoi d’une force étrangère sur le territoire national.

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